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L’économie palestinienne flouée de +285 millions de dollars/an par Israël, selon la Banque Mondiale

Le quotidien israélien Haaretz rend compte d’un rapport publié dimanche par la Banque Mondiale, selon lequel les accords inégaux entre Israël et l’Autorité Palestinienne de Ramallah (AP) privent celle-ci de revenus de l’ordre de 285 millions de dollars par an. En cause notamment, des frais de manutention prohibitifs facturés par Israël (pour des transbordement de marchandises imposés par l’occupant “pour raisons de sécurité”), et des taxes mal réparties. Le déficit budgétaire de l’AP s’en trouve aggravé d’autant, ainsi que sa dépendance chronique vis-à-vis de l’étranger, dont découle une soumission politique devenue légendaire.

Steen Lau Jorgensen, directeur de la Banque Mondiale pour la zone de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza affirme que réduire cette perte de revenus permettrait de ramener le déficit budgétaire de l’AP pour 2016 sous la barre du milliard de dollars, et à moins de la moitié du montant qu’elle est actuellement dans l’incapacité de financer.

En vertu du « Protocole de Paris” de 1994 (découlant des “Accords d’Oslo”), qui ont établi une “union douanière” entre Israël et l’AP, Israël est supposé collecter au nom de l’administration palestinienne la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), les taxes à l’importation et d’autres taxes, et lui en reverser le montant mensuellement. Cet argent représente plus des deux tiers des revenus fiscaux totaux de l’AP.

A Palestinian boy walks amongst the rubble of a house which police said was destroyed in an Israeli air strike in Deir El-Balah in the central Gaza Strip July 14, 2014. Israel appeared to hold off on a threatened escalation of its week-old Gaza Strip barrage on Monday despite balking at Western calls for a ceasefire with an equally defiant Hamas. The Gaza Health Ministry said at least 166 Palestinians - among them about 138 civilians, including 30 children - have died during six days of warfare, and more than 1,000 wounded. Israel says its offensive is intended to halt rocket fire at its cities from the Gaza Strip. REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa (GAZA - Tags: POLITICS CIVIL UNREST)

Un jeune palestinien ère dans les ruines d’une maison détruite par une frappe aérienne israélienne à Deir El-Balah (centre de la Bande de Gaza) le 14 juillet 2014. – REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

Cet accord n’a cependant jamais été complètement mis en application, et en outre le gouvernement israélien a régulièrement exercé un chantage en suspendant les versements quand des attitudes de l’AP lui déplaisaient, ou en guise de représailles. Mais même quand Israël paie à l’AP ce qui lui est dû en vertu des accords, la Banque Mondiale constate que le compte n’y est pas. Selon Haaretz, “les recettes manquantes, écrit la Banque mondiale, consistent essentiellement en taxes sur le commerce bilatéral mal réparties entre Israël et l’Autorité palestinienne et en une sous-estimation des importations palestiniennes en provenance des pays tiers”.

En d’autres termes, on est en présence d’accords foncièrement inégaux – “négociés” entre occupant et occupés, le premier étant au surplus appuyés par la puissance des États-Unis et conseillé par les experts financiers anglo-saxons les plus “pointus” – mais en plus ils ne sont pas loyalement appliqués : Israël se sert au passage. Pourquoi se gêner ?

Ce rapport de la Banque Mondiale, précise le quotidien israélien, sera présente mardi à Bruxelles lors d’une réunion du “Comité de Liaison Ad Hoc” des États donateurs. Cette réunion a été convoquée en raison de l’impossibilité dans laquelle l’Autorité Palestinienne de Ramallah est actuellement de boucler son budget 2016.

Le rapport de la Banque Mondiale précise encore que le l’estimation de 285 millions de dollars de revenus “perdus” n’inclut pas les taxes qu’Israël collecte dans la “zone C” de Cisjordanie, c’est-à-dire les 61% de la superficie du territoire occupé qui restent toujours sous contrôle israélien total.

Les auteurs du rapport préconisent la reprise des travaux du “Comité économique conjoint” israélo-palestinien, qui avait été créé pour piloter la mise en œuvre du “Protocole de Paris” et résoudre les problèmes qu’elle soulève. Ils estiment que cela pourrait significativement améliorer la “coopération économique bilatérale”.

Ils soulignent particulièrement l’importance du tarif prohibitif appliqué par Israël pour des “frais de manutention” [1] : ces montants facturés à l’AP représentent pratiquement un tiers des recettes de l’administration israélienne des douanes et de la TVA, dépendant du Ministère des Finances. Ces tarifs, estime la Banque Mondiale, doivent être revus.

Israël empoche l’argent des cotisations
sociales des travailleurs palestiniens

Le rapport de la Banque Mondiale soulève un autre problème : Israël continue à retenir un montant cumulé de 669 millions de dollars, revenant sans discussion possible aux Palestiniens. Cette somme comprend des cotisations de pension acquittées par des travailleurs palestiniens occupés en Israël et leurs employeurs, ainsi que d’autres retenues sur les salaires de ces travailleurs au titre de l’assurance pour soins de santé et d’autres avantages similaires.

Les cotisations pour les retraites sont supposées être versées dans un fonds de pension spécifique, mais celui-ci n’a pas encore été mis en place par l’AP. La combinaison entre les défaillances de la gestion de l’AP et la rétention délibérée de fonds de diverses natures par Israël entraîne une situation – relève la Banque Mondiale – dans laquelle des dizaines de milliers de Palestiniens ne reçoivent pas les avantages sociaux auxquels ils ont droit.

Qui plus est, l’économie palestinienne ne connaît pas en Cisjordanie une croissance suffisante pour permettre d’augmenter le niveau de vie moyen et de réduire le taux de chômage. En dépit du fait que la récession enregistrée en 2014 a été surmontée, le taux de croissance de 3,5% enregistré en 2015, est insuffisant en regard de la croissance démographique palestinienne.

En ce qui concerne Gaza, les auteurs du rapport estiment qu’on ne peut pas espérer que l’économie se rétablisse complètement des conséquences de l’agression israélienne de 2014 [2] avant 2018. Les travaux de reconstruction sont toujours entravés par le fait que les aides promises par les donateurs étrangers n’arrive qu’au compte-gouttes (à ce jour, à peine 40% des montants promis lors de la conférence du Caire ont été effectivement versés). A ce rythme, estime Steen Lau Jorgensen, la totalité de l’aide promise ne sera pas arrivée avant le cinquième anniversaire de la fin de l’agression israélienne [2][3].

La lassitude de la population de Gaza est facile à comprendre, ajoute Steen Lau Jorgensen, si on tient compte du fait que 20 mois après la fin des hostilités, seulement 9% des maisons détruites ont été reconstruites et que seulement 45% de celles qui avaient été endommagées ont été réparées. (Voir l’article « A Gaza, des dizaines de milliers de civils survivent dans des conditions précaires depuis l’agression de 2014 »). Plus de 14.800 familles demeurent sans abri et n’ont aucun endroit où aller puisque la Bande de Gaza reste soumise à un blocus total par Israël.


[1] pour les importations et les exportations de marchandises, Israël impose que les marchandises soient déchargées des camions palestiniens et rechargées dans des camions israélien, ou l’inverse. Les cargaisons sont évidemment inspectées par la police des frontières israélienne, ce qui entraîne des délais parfois considérables (on devine la mauvaise volonté dont les forces de l’occupant sont capables). Officiellement, ces transbordements très pénalisant pour l’économie palestinienne car ils augmentent considérablement les coûts et ralentissent la circulation des marchandises (voire, dans le cas des produits périssables, entraînent parfois leur destruction) sont évidemment justifiés par des considération “de sécurité” (pour Israël, puisqu’il est entendu une fois pour toutes que seule importe la sécurité des Israéliens, les Palestiniens n’y ayant par définition aucun droit). – NDLR
[2] bien évidemment, la Banque Mondiale n’utilise pas ces termes, mais parle au contraire de “guerre entre Israël et le Hamas”, ce qui est radicalement trompeur. Pour qu’on puisse parler de ”guerre” il faudrait qu’il existe entre les protagonistes une commune mesure de puissance militaire, ce qui n’est évidemment pas le cas quand une des plus puissantes armées du monde occidental pilonne pendant 51 jours les zones d’habitation, les écoles et les hôpitaux, et n’a en face d’elle que des forces dépourvues d’armements lourds, d’artillerie, d’aviation, de marine et de tout l’arsenal ultra-moderne dont les États-Unis dotent généreusement Israël, en lui assurant année après année une aide militaire de l’ordre de 3 milliards de dollars (en forte hausse) – NDLR
[3] La lenteur du versement effectif de l’aide internationale n’est pas seule en cause : Israël interdit toujours l’importation de certains matériaux sans lesquels l’effort de reconstruction ne peut pas être mené à bien. – NDLR

Source :  Jack Khoury dans Haaretz – “World Bank: Raw Deal With Israel Costs Palestinians $285 Million in Annual Revenue” –  Traduction et adaptation : Luc Delval

 

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