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L’eau, enjeu et instrument de l’apartheid

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Le contrôle des territoires occupés par Israël vise principalement à contrôler l’eau et les autres ressources de ces territoires.  Israël contrôle toute l’eau de la Cisjordanie, y compris les aquifères situés dans le sous-sol palestinien et, actuellement, 83% de l’eau palestinienne est drainée vers Israël ou utilisée dans les colonies, ce qui est illégal, selon la droit international.

Alors que les Palestiniens manquent cruellement d’eau, la colonie israélienne d’Ariel est agrémentée de gazons bien arrosés,  d’un bassin de natation et de piscines. Un bassin de natation est mystérieusement "apparu" dans la colonie de Beit El (Cisjordanie) cet été. La source qui l'alimente a été "découverte" par des étudiants...  Les experts en hyydrographie jugent la chose impossible : peu de pluie et beaucoup de pompages ne permettent pas l'éclosion de nouvelles sources. Mais l'armée et les services des eaux refusent de faire une enquête... Voir cet article de Haaretz

Alors que les Palestiniens manquent cruellement d’eau, la colonie israélienne d’Ariel est agrémentée de gazons bien arrosés, d’un bassin de natation et de piscines. Un bassin de natation est mystérieusement « apparu » dans la colonie de Beit El (Cisjordanie) cet été. La source qui l’alimente a été « découverte » par des étu­diants… Les experts en hydrographie jugent la chose impossible : peu de pluie et beaucoup de pompages ne permettent pas l’éclo­sion de nouvelles sources. Mais l’armée et les services des eaux refusent de faire une enquête… Voir cet article de Haaretz

Ceci amène les Palestiniens à subir des coupures et pénuries incessantes, ce qui rend plus pénibles encore les conditions de vie de toute la population.  La politique israélienne de distribution d’eau est hautement discriminatoire – c’est l’un des aspects évidents de la politique d’apartheid généralisé imposée par Israël aux Palestiniens [1].

Le contrôle total par Israël de la Cisjordanie

Amnesty International a répertorié de nombreux cas dans lesquels l’armée israélienne utilise les zones militaires fermées pour limiter l’accès des Palestiniens  à l’eau et d’autres cas où, en guise de punition collective, elle coupe tout accès à l’eau pour les populations locales.[2]

  • L’Ordonnance militaire n° 92, établie le 15 août 1967, accordait à l’armée israélienne un droit de décision absolu dans toutes les questions relatives à l’eau dans les Territoires palestiniens occupés (TPO).
  • L’Ordonnance militaire n° 158, du 19 novembre 1967, dispose que les Palestiniens ne peuvent construire la moindre installation d’eau sans avoir obtenu au préalable un permis de l’armée israélienne et que toute installation d’eau ou accès à l’eau bâtis sans permis seront confisqués.
  • L’Ordonnance militaire n° 291, du 19 décembre 1968, annulait tous les arrangements relatifs aux terres et à l’eau qui existaient avant l’occupation par Israël de la Cisjordanie.[3][5]

Ces ordonnances militaires israéliennes et d’autres restent en vigueur aujourd’hui dans les TPO et ne s’appliquent qu’aux Palestiniens.  Elles ne s’appliquent pas aux colons israéliens dans les TPO, lesquels colons sont soumis à la législation civile israélienne.

L’apartheid israélien de l’eau dans les Territoires occupés

De l’eau disponible dans les aquifères de Cisjordanie, 73% est acheminée vers l’État d’Israël. À l’intérieur des frontières de la Cisjordanie, 300.000 colons juifs illégaux utilisent 10% de l’eau alors que 2,5 millions de Palestiniens n’ont accès qu’à 17% seulement de leur propre eau.

Alors que 10 à 14% du PIB de la Palestine est agricole, 90% des Palestiniens doivent s’appuyer sur des méthodes de cultures tributaires des eaux  de précipitation. L’agriculture d’Israël ne représente que 3 % du PIB israélien, mais Israël irrigue plus de 50 % des terres cultivées.

Les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza sont confrontés à de constantes et insupportables pénuries d’eau. Ces pénuries ont provoqué un désastre colossal dans la santé publique : augmentation impressionnante des cas de déshydratation, d’affections digestives, d’infections amibiennes et de diarrhée. Les enfants sont particulièrement vulnérables. Sans des quantités adéquates d’eau, les gens ne peuvent nettoyer convenablement leurs ustensiles, bouteilles, citernes et réservoirs.[13]

Les colonies israéliennes [en Cisjordanie] bénéficient d’une alimentation permanente en eau douce. Elles disposent de bassins de natation communautaires, de jardins d’agrément et de larges espaces de verdure. Dans le même temps, 140 communautés palestiniennes n’ont pas du tout d’eau courante.

Les Palestiniens disposent de 83 mètres cubes d’eau par personne et par an, contre 333 mètres cubes pour les Israéliens. Cela signifie que chaque israélien consomme autant d’eau que quatre Palestiniens.

Depuis son occupation de la Cisjordanie en 1967, Israël a refusé à ses habitants palestiniens l’accès aux eaux du Jourdain, en leur interdisant tout accès physique aux rives du fleuve. Israël consomme la grande majorité de l’eau du fleuve bien que 3% seulement de son cours se situe à l’intérieur des frontières d’avant 1967.

Une pompe hydraulique et un puits du quartier de Zaytoun (Gaza City) détruits lors d’une attaque israélienne en janvier 2009.

Via son « Aqueduc national« , Israël détourne actuellement du Jourdain un quart de sa consommation  totale d’eau.
Les Palestiniens disposaient de plus d’eau par personne avant l’invasion et l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza en 1967 qu’ils n’en ont  aujourd’hui.

Israël ne permet pas que les Palestiniens forent de nouveaux puits et il a confisqué de nombreux puits à son propre usage. Israël a limité par des quotas sévères l’eau qui peut être tirée des puits existants par les Palestiniens.

Quand le débit de l’eau est bas durant les mois d’été, la compagnie israélienne des eaux Mekorot ferme les vannes des conduites qui alimentent des villes et des villages palestiniens de façon à ne pas affecter la fourniture d’eau aux Israéliens. Cela signifie que les colons israéliens illégaux peuvent remplir leurs bassins de natation et piscines et arroser leurs pelouses, alors que les Palestiniens qui vivent tout à côté – et sur les terres  desquels se trouvent les colonies de peuplement – n’ont pas assez d’eau pour boire et cuisiner.

Israël revend souvent aux Palestiniens l’eau qu’il s’approprie en Cisjordanie, et ce, à des prix prohibitifs, puisque les Palestiniens paient l’eau quatre fois plus cher que les Israéliens.

Au cours de la guerre de 1967, quelque 140 puits palestiniens de la vallée du Jourdain furent détruits pour détourner l’eau vers l’Aqueduc national israélien. Entre 1967 et 1996, les Palestiniens ne purent construire que 13 puits, soit moins que le nombre de puits qui tarirent durant la même période en raison du refus d’Israël d’approfondir ou de rétablir des puits existants.

La bande de Gaza compte principalement sur des puits qui sont de plus en plus infiltrés par de l’eau saline du fait qu’avant qu’Israël ne se désengage unilatéralement en 2005, les colonies israéliennes pompaient l’eau phréatique à outrance. Des spécialistes de l’ONU estime que Gaza n’aura plus d’eau potable d’ici une quinzaine d’années.(1)(4)(5)

Le droit international

« Et quand je parle de l’importance de la sécurité d’Israël, il ne s’agit pas d’un concept abstrait… Cela signifie qu’une ménagère de Tel-Aviv peut ouvrir son robinet et que de l’eau y coulera et qu’elle n’aura pas été coupée suite à une décision qui aura placé le contrôle de nos ressources en eau en de mauvaises mains. »
Benjamin Netanyahou, 17 mai 1998
(cité par Amnesty International)(1)

La Quatrième Convention de Genève impose des obligations à une puissance occupante, en ce qui concerne les habitants du territoire occupé, qui ont droit à une protection spéciale et à un traitement humain.

Priver la population locale de ses ressources en eau constitue une violation flagrante de cette convention.
Selon de nombreux traités (8) et lois internationales, il est illégal qu’Israël exproprie les Territoires palestiniens occupés de son eau et destine celle-ci à l’usage de ses propres citoyens et il est doublement illégal de le faire au profit des colons illégaux israéliens.

Les colonies sont elles-mêmes illégales, au regard du droit international (article 49 de la 4e Convention de Genève).

Israël viole le droit international pour les punitions collectives qu’il inflige, entre autres, en détruisant des infrastructures hydrographiques et le stockage de l’eau. Selon le droit international, il est illégal de distribuer l’eau de façon discriminatoire.

Selon le droit international également, Israël est redevable aux Palestiniens de réparations pour l’usage passé et présent de leurs ressources en eau. Ces réparations devraient comprendre des intérêts en raison de l’énorme manque à gagner de l’agriculture palestinienne.[2][8][9]

Exemples de violence de la part des colons

« Israël doit se maintenir en Cisjordanie afin de s’assurer que les robinets de Tel-Aviv ne soient pas privés d’eau. »

(Rafael Eitan, chef d’état-major de l’armée israélienne de 1978 à 1998 et, par la suite, ministre de l’Agriculture et de l’Environnement) (cité dans Lonergan et Brooks, 2004).

Dans le village de Madama, à 50 km au nord de Jérusalem, des colons de la colonie de Yizhar ont régulièrement vandalisé la seule source d’eau des  villageois. Ils ont versé du béton dedans, ont saboté les conduites de raccordement et ont même déversé des langes de bébé et autres déchets des plus douteux dans la source afin d’en rendre l’eau impropre à la consommation.

Trois villageois ont été agressés par les colons alors qu’ils tentaient de réparer le point d’eau.[7]  Des agressions permanentes de la part des colons dans la communauté cisjordanienne de Yanoun, située à proximité de la colonie d’Itamar, ont atteint leur paroxysme en octobre 2002 quand des colons masqués ont attaqué le village avec des chiens et ont provoqué d’importants dégâts au réseau de distribution d’eau, à plusieurs réservoirs de toiture et à la source locale, qui est la principale ressource en eau de la communauté.[10]

carte eau_2011L’eau et le mur

De nombreux puits et sources parmi les plus importants de Cisjordanie sont situés juste à l’est de la Ligne verte séparant Israël de la Palestine.

Israël a construit le mur non seulement pour annexer des terres, mais aussi pour annexer un grand nombre de ces puits, afin de détourner leur eau  vers Israël et vers les colonies illégales de Cisjordanie. Le mur est non seulement un mur de l’apartheid, mais également un mur de l’eau. Certaines des plus grosses colonies israéliennes (telles celles d’Ariel et de Qedumin) sont construites à la verticale de l’aquifère de la montagne occidentale, au beau milieu des districts agricoles du Nord de la Cisjordanie. C’est exactement là que le mur coupe au plus profond du territoire palestinien et ce, pour entourer et annexer cette source d’eau vitale.

La construction du mur a fait que le village de Falamya, dans le district de Qalqiliya, a perdu sa principale source d’eau. À Jayyous, un village à proximité de Falamya, les sept puits ont été annexés ou détruits par le mur de l’apartheid.

En Cisjordanie, quelque 50 puits d’eau phréatique et plus de 200 citernes ont été détruits ou isolés de leurs propriétaires par le mur.

Cette eau était utilisée pour couvrir les besoins domestiques et agricoles par plus de 122.000 personnes. Pour construire le mur, 25 puits et citernes ainsi que 35.000 mètres de canalisations d’eau ont également été détruits

En 2003, les pertes encourues par les agriculteurs palestiniens en raison du détournement des ressources d’eau par le mur, ont été les suivantes :

  • 2.200 tonnes d’huile d’olive,
  • 50.000 tonnes de fruits,
  • 100.000 tonnes de légumes.(12)

Dans la région de Qalqiliya, le mur obstrue de nombreux canaux de dérivation qui empêchent l’eau de provoquer des inondations. Lors des fortes pluies de février 2005, les soldats israéliens ont refusé d’ouvrir les canalisations de drainage à Qalqiliya, et il s’en est suivi d’importants dégâts aux récoltes et aux habitations en raison des inondations. Le mur a également provoqué de graves inondations à Zubaba et dans d’autres villages.

Dans les conditions « créées » par le siège imposé par les forces d’occupation israéliennes, les civils des territoires occupés souffrent d’un  manque d’accès aux ressources nécessaires pour assurer leurs besoins quotidiens et leur état de santé.

Les Forces de défense israéliennes (FDI) [autrement et plus clairement dit : l’armée d’occupation] détruisent régulièrement les accès palestiniens à l’eau. La photo ci-contre montre des réservoirs  de toiture pris pour cible par un sniper au camp de réfugiés d’Aida, en 2001 [1][14].

« Il n’y a pas d’eau au village, de sorte que nous sommes obligés d’en ramener de bien loin et c’est cher. J’ai neuf enfants. Nous dépensons beaucoup d’argent en eau et nous devons nous contenter de très peu, uniquement pour boire et cuisiner et je n’ai pas assez d’argent pour les autres besoins. Il nous faut plus d’eau pour la toilette, la lessive, le nettoyage de la maison. Je ne puis faire tout cela aussi souvent qu’il le faudrait. Nous n’en avons pas les moyens. C’est un combat quotidien. » (Témoignage d’Iman Jabar, un résident du village d’al-‘Aqaba, dont la maison est sous le coup d’un ordre de démolition, recueilli par Amnesty International)(1)


Sources et notes :
[1] http://www.poica.org/editor/case_studies/view.php?recordID=2239
[2] Amnesty International 2009 Report on water in OPT (rapport sur la situation de l’eau dans les TPO)
http://www.amnesty.org/en/library/asset/MDE15/027/2009/en/e9892ce4-7fba-469b-96b9-c1e1084c620c/mde150272009en.pdf
[3] Lien pour la carte : http://mapsomething.com/demo/waterusage/hydrology.php
[4] If Americans Only Knew (Si seulement les Américains savaient…) :  www.ifamericansknew.org/cur_sit/water.html
[5] Palestine Monitor fact sheet (rapport des faits) :   http://www.palestinemonitor.org/spip/spip.php?article14
[6] www.palestinecenter.org
[7] http://www.Oxfam.org, (novembre 2003)
[8] Les lois internationales applicables : Les droits de l’homme internationaux relatifs aux problèmes discutés dans ce rapport comprennent un certain nombre de traités sur les droits de l’homme sont Israël est l’un des signataires, notamment la Charte internationale sur les droits économiques, sociaux et culturels (CIDESC), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (CIDCP), la Convention internationale sur l’élimination de toutes formes de discrimination raciale, la Convention des Nations unies sur les droits de l’enfant.
[9] L’article 1(2) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dit ceci : « Pour atteindre leurs fins, tous les peuples peuvent disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles, sans préjudice des obligations qui découlent de la coopération économique internationale, fondée sur le principe de l’intérêt mutuel, et du droit international. »  
[10] « Incursions & Destruction », Palestinian Hydrology Group: The Water and Sanitation Hygiene Monitoring Project (WaSH MP) (Groupe palestinien d’hydrologie : projet de contrôle de l’eau et de l’hygiène de la santé) http://www.globalpolicy.org
[11] teeksaphoto.org skipschiel.wordpress.com
[12] http://www.globalpolicy.org
[13] B’Tselem, 1998.
[14] Dans le film de Simone Bitton « Rachel« , un soldat israélien qui fut en poste à la frontière sud de la Bande de Gaza, à proximité de Rafah, explique comme si c’était la chose la plus naturelle du monde que la nuit les soldats de garde s’amusaient à tirer dans les citernes sur les toits des maisons palestiniennes qui se trouvaient en lisière de la « route Philadelphie » (large bande de terrain longeant la frontière égyptienne sur laquelle l’armée d’occupation avait rasé toutes les maisons) parce que dans leurs lunette de visée nocturne le spectacle de l’eau chaude qui dévalait du toit des maisons était « amusant ». Le fait que cette eau était la seule source d’approvisionnement pour les famille habitant les maisons ne l’avait apparemment même pas effleuré…] – NDLR

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