L'actu

Le Vlaams Belang accueilli à bras ouverts en Israël

Boycotté par les Juifs en Belgique, accueilli par un
vice-ministre Likoud  en Israël

L’homme fort de l’appareil du Likoud affirme que le parti flamingant n’est pas antisémite et blâme Haaretz pour « incitation »

Article publié sur Haaretz le 30 mars 2014

La semaine dernière, Ofir Akunis, un vice-ministre du bureau du Premier ministre israélien, a rencontré une délégation d’un parti d’extrême droite belge, boycotté par l’ambassade d’Israël et la communauté juive de Belgique. Le chef de la délégation du Vlaams Belang était Filip Dewinter, un membre éminent du parti raciste, qui compte dans ses rangs nombre d’éléments antisémites et dont les opinions lui ont valu le sobriquet de « Jean-Marie Le Pen belge », révèlent des sources du ministère israélien des Affaires étrangères.

Akunis avec des membres du Vlaams Belang (page officielle d’Israël, sur Facebook)

Akunis avec des membres du Vlaams Belang (page officielle d’Israël, sur Facebook). A gauche (!), on reconnaît Filip Dewinter.

Akunis s’est vanté de cette rencontre sur sa page Facebook, écrivant dans un post accompagné d’une photo qu’il allait « continuer à être un porte-parole d’Israël. Sans s’excuser ni éprouver la moindre gêne à ce propos. »

La rencontre était organisée par le haut responsable du Conseil régional de Samarie, Gershon Mesika, et son adjoint Yossi Dagan. Ces dernières années, Mesika, un activiste du Likoud en provenance du « camp national » du parti, a recruté de nombreux colons en tant que membres du Likoud, dans un effort de faire glisser encore plus le parti vers la droite. De nombreux membres du Likoud à la Knesset disent en privé que, s’ils ne coopèrent pas avec Medika, ils risquent d’être laissés de côté lors des élections primaires du parti.

Mesika et Dagan ont introduit les membres du Vlaams Belang auprès d’hommes politiques israéliens et de certains médias traditionnels en tant que délégation du Parlement belge qui soutient les colonies en Cisjordanie et est opposée au boycott l’Israël. En fait, la plupart des visiteurs siègent au Parlement flamand et leur soutien très voyant à Israël provient surtout de leur désir de gagner quelque légitimité aux yeux de la communauté juive de leur pays.

En 2010, Mesika et Dagan ont fait venir en Israël le chef du parti d’extrême droite autrichien (l’antisémite Parti de la Liberté), Heinz-Christian Strache, le successeur de Jorg Haider.

Le Vlaams Belang est un parti séparatiste qui soutient l’indépendance de la Flandre vis-à-vis de la Belgique. Sa plate-forme met en garde contre « l’islamisation de l’Europe », réclame des restrictions sur le plan de l’immigration et exige l’adoption d’une identité et d’une culture  flamandes comme critère de résidence. Il demande aussi que soit accordée l’amnistie aux collaborateurs flamands des nazis de même que la révision des lois contre le racisme et la négation de l’Holocauste, sur base de la liberté d’expression. Nombre de hauts responsables du parti ont un long passé d’identification à l’Allemagne nazie et à la négation de l’Holocauste.

Un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères à Jérusalem a fait remarquer que l’ambassade d’Israël à Bruxelles et la communauté juive de Belgique avaient placé un « cordon sanitaire » autour du Vlaams Belang, ajoutant que la majorité des partis politiques belges adoptent une position similaire et que le statut de paria de ce parti est la raison pour laquelle il n’a jamais participé au gouvernement national.

« C’est un parti nationaliste populiste avec des éléments racistes et antisémites, caractéristiques de l’extrême droite européenne », a affirmé le fonctionnaire.

Le consultant médiatique d’Akunis, Shai Haik, a déclaré dans une réponse qu’Akunis avait donné son accord à la requête de Mesika lui demandant de rencontrer la délégation et d’expliquer la position d’Israël. « Les propos des membres du Parlement tels qu’ils sont repris dans l’article n’ont pas été soumis à l’attention du vice-ministre avant la rencontre et il n’en a donc pas été fait état durant cette même rencontre. Il [Akunis] condamne avec véhémence toutes expressions de racisme et de soutien à des mouvements fascistes », a affirmé Haik.

Dans une déclaration séparée, le Conseil régional de Samarie a prétendu que le Vlaams Belang était accusé à tort d’antisémitisme, et a ajouté qu’il était très amical envers Israël et la communauté juive. La déclaration a accusé les éléments gauchistes en Israël de tenter de dénigrer le parti, a fait remarquer également que la famille de Mesika était constituée de survivants de l’Holocauste et que deux de ses frères avaient été assassinés dans les camps nazis de la mort, et elle a profondément déploré la participation de Haaretz à la tentative de souiller la réputation de ses rivaux politiques. Le Conseil a dit en outre qu’il envisageait une action en justice contre le journal pour avoir violé les lois contre la diffamation.


Traduction : JM Flémal

Print Friendly, PDF & Email