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Le viol n’est pas seulement permis, il est essentiel à la guerre, selon un Rabbin militaire

Yoss Gurvitz

Répondant à une question d’un lecteur inquiet à propos de la position de la Torah sur le viol en temps de guerre, le colonel Eyal Qarim, du Rabbinat militaire, écrivait, voici neuf ans – et sans uniforme – que « les interdits pour des questions de moralité » étaient levés, en temps de guerre.

Est-il permis à un soldat juif de violer une femme goy en temps de guerre ? Cette question – qui s’appuie sur la mitzvah biblique ou Eshet Yefat Toar (une femme avenante) – fut soulevée voici neuf ans par le rabbin (hébreu) Eyal Qarim.

La personne qui posait la question semblait inquiète et ennuyée et elle voulait savoir si la mitzvah (acte religieux) datant de l’âge du fer était applicable aux soldats des FDI [1] d’aujourd’hui.

Des soldats de la brigade Kfir de l'armée israélienne prient enveloppés dans des châles et portant un phylactère sur le front, Kochav Hayarden, février 2010.

Des soldats de la brigade Kfir de l’armée israélienne prient enveloppés dans des châles et portant un phylactère sur le front, Kochav Hayarden, février 2010.

A la suite de commentaires doutant que le viol fût le point de la réponse du rabbin, je reproduis ici la question telle qu’on la lui a posée :

Est-il permis de nos jours à un soldat des FDI [1], par exemple, de violer des filles au cours d’un combat, ou ce genre de chose est-il interdit ?

Le rabbin Qarim a répondu ce qui suit :

« Les guerres d’Israël […] sont des guerres mitzvah, ce en quoi elles diffèrent du reste des guerres que se livrent les nations entre elles. Puisque, en son essence, une guerre n’est pas une question individuelle, mais que ce sont plutôt des nations qui font généralement la guerre, il existe des cas dans lesquels la personnalité de l’individu est « gommée » au bénéfice de l’ensemble. Et vice versa : parfois, vous risquez une importante unité pour le sauvetage d’un seul individu, quand la chose est essentielle à des fins morales. L’une des valeurs importantes, et même d’une importance cruciale, pendant une guerre consiste à conserver les facultés de combat de l’armée  […].

Comme, en temps de guerre, l’interdiction de risquer votre vie au profit des autres est supprimée, il en va de même pour les interdictions concernant la moralité et le cacherout (code alimentaire juif). Du vin touché par des goyim (gentils), dont la consommation est interdite en temps de paix, est permise en temps de guerre, afin de conserver le bon esprit des combattants. La consommation d’aliments interdits est autorisée en temps de guerre (et certains disent : même quand de la nourriture kasher est disponible), afin de conserver l’état de forme des combattants, et ce, même si ces nourritures sont interdites en temps de paix.

Et, exactement de la même façon, la guerre lève certains interdits sur le plan des relations sexuelles, même si fraterniser avec une femme goy est une question très grave, la chose était permise en temps de guerre (selon certains termes spécifiques) compte tenu des situations de privation endurées par les combattants. Et, puisque le succès global de la guerre est notre but, la Torah a permis aux individus de satisfaire le besoin malsain, dans les conditions susmentionnées, dans le but du succès général de la guerre. »

Diable. Ici, nous sommes dans un nid de frelons ! Primo, selon Qarim, le viol de prisonnières n’est pas seulement permis, il est aussi essentiel à la guerre, et le succès de cette dernière repose sur ces viols.

Même Gengis Khan, qui, selon la tradition, disait que la meilleure chose au monde était d’« écraser vos ennemis, de les voir tomber à vos pieds, de prendre leurs chevaux et leurs biens et d’entendre se lamenter leurs femmes. C’est ce qu’il y a de meilleur », même lui, qui excellait dans le viol, ne voyait pas la chose essentielle de la guerre, mais tout simplement comme une issue satisfaisante. De même, Staline rejeta des doléances à propos de viols perpétrés massivement par l’Armée rouge en disant qu’« un soldat a ses besoins », mais il ne considérait pas la chose comme un élément essentiel de la vie militaire.

Qarim est donc apparu avec une nouvelle doctrine militaire, en remplacement de celle de Napoléon : une armée fonctionne grâce au phallus. Selon une telle logique, peut-être les FDI devraient-elle désigner pour chaque unité non seulement un officier d’intendance mais une officière « femme consentante », afin de garantir qu’aucun soldat ne soit laissé dans l’insatisfaction.

Un autre problème, c’est que Qarim invoque ici les excuses habituelles de ceux qui parlent de « moralité juive » : il prétend que la guerre est un conflit entre nations, non entre individus, et que l’individu n’a aucune importance en cours de guerre. La femme violée n’est pas une femme, n’est pas une personne, elle n’a pas de sentiments et si elle éprouve de la douleur, c’est une chose sans importance : elle n’est ni une femme ni une personne, rien qu’un individu d’une tribu ennemie dont la malchance consiste à avoir été capturée.

En outre, Qarim déclare que le viol en temps de guerre est immoral s’il est commis par une tribu rivale – mais toutes les guerres juives sont, par définition, des guerres mitzvah. Si le viol d’êtres sans défense fait partie composante de la « moralité juive », il n’est guère malaisé d’en conclure que cette moralité juive est inférieure à tous les systèmes moraux modernes. Il vaut également la peine de faire remarquer que la « moralité juive » est un sous-produit du romantisme de sang et de fer propre à l’Allemagne.

Et il y a encore un troisième problème. C’est qu’en essence, Qarim affirme que rien ne peut être interdit, en temps de guerre, si c’est fait « pour le succès global ».

Nous savons que tuer des combattants armés est permis (après tout, il s’agit de l’essence de la guerre) et nous apprenons maintenant que, en Son saint Nom, le viol des femmes est également permis.  Et alors, nous devons nous demander s’il est également permis, par souci de la victoire, de tuer également des gens désarmés. Des enfants, par exemple, dont nous avons de bonnes raisons de penser qu’ils chercheront un jour à se venger de la mort de leurs pères et frères et des tortures subies par leurs mères et sœurs.

Le célèbre ouvrage « Torat Ha’Melekh » (Est-il permis de tuer des non-Juifs et quand ?) répondait par l’affirmative ; il serait intéressant de savoir ce qu’en pense Qarim et s’il estime qu’il y a des choses qu’un soldat juif ne peut pas faire pour garantir la victoire.

Mais le problème réel, ici, c’est qu’Eyal Qarim est un colonel des FDI [1] et qu’il est officier supérieur du Rabbinat militaire, c’est-à-dire qu’il occupe une fonction très importante dans l’appareil décisionnel religieux des FDI. Nous avons adressé les questions suivantes au porte-parole des FDI :

  1. Le viol de femme en temps de guerre est-il concevable selon de Code éthique des FDI ?
  2. Si non, pourquoi un rabbin militaire de premier plan fait-il sa promotion ?
  3. Si non, les FDI ont-elles l’intention de mettre un terme aux états de service du colonel Qarim, ou de porter des accusations contre lui ?
  4. Comment le porte-parole des FDI a-t-il l’intention de traiter des dégâts anticipés subis par l’image de marque des FDI sur la scène internationale, suite aux avis tranchés du colonel Qarim ?

Franchement, je n’attendais pas de réponse mais, à ma grande surprise, un officier très en colère  de la Nouvelle unité médiatique porte-parole des FDI m’a téléphoné. Sa réponse officielle était que Qarim n’était pas officier d’active quand il avait rédigé cet avis, et, qu’en outre, ma question témoignait d’un « manque de respect vis-à-vis des FDI, de l’État d’Israël et de la religion juive » et que, partant, son unité ne répondrait plus à mes questions.

Je lui dis qu’en tant que citoyen israélien, je considérais le colonel Qarim comme une bombe à retardement allumée, qui allait éclater au visage des FDI si un soldat devait violer une femme ennemie : ce serait immédiatement perçu comme une politique officielle. Je lui dis que cela s’était déjà produit dans le passé. Il nia la chose avec véhémence et ne voulut même plus écouter.

Je pense que le fait que Qarim a dit ça à une autre époque – dans le temps, il avait été l’officier religieux d’une unité d’assaut, l’unité de commandos – n’a pas d’importance. Ce qui est important, c’est que le rabbinat militaire a choisi de rappeler un officier qui a rédigé un tel avis à propos du service actif. Pendant un bref moment, Qarim avait été perçu comme candidat au poste de rabbin militaire en chef. Tel est le visage des FDI en 2012, et tel est le visage des rabbins qu’elles choisissent d’utiliser. Il existe certainement des rabbins plus humains que Qarim mais, quoi qu’il en soit, ce n’est pas le genre de rabbins qui sont mis en avant.


[1] FDI = “Forces de défense d’Israël”. Il s’agit d’une appellation à vocation “publicitaire” usitée en Israël et dans la presse anglo-saxonne, que nous respectons dans le cadre d’une traduction. Elle vise cependant, sans que les auteurs qui l’utilisent en aient en général conscience, à donner de l’armée israélienne une perception respectable de force purement défensive (il y a longtemps que plus aucun pays n’a un “ministre de la guerre”, ils ont tous été remplacés par un “ministre de la défense” qui fait exactement la même chose). On préfèrera, dans le cadre qui nous occupe, parler chaque fois que possible de “l’armée d’occupation”. – NDLR

Yoss Gurvitz est journaliste, bloggeur et photographe

L’article a été publié le 28 mars 2012 sur le site +972.
Traduction : JM Flémal.

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