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Le Vatican reconnaît l’Etat de Palestine, comme 135 autres avant lui

Les médias ont fait grand cas de la décision du Vatican, qui vient officiellement de reconnaître l’Etat de Palestine. Dans un document, le Saint-Siège exprime son soutien à une solution de « la question palestinienne et du conflit entre Israéliens et Palestiniens dans le cadre de la formule de deux Etats », a précisé Mgr Antoine Camilleri, dans un entretien au quotidien du Vatican, l’Osservatore Romano. « Oui, c’est une reconnaissance de l’existence de l’Etat », a ajouté le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi.

Le pape François a reçu Mahmoud Abbas à l’occasion d’une cérémonie au cours de laquelle il a déclaré «saintes» quatre religieuses ayant vécu au XIXe siècle : deux Palestiniennes, une Française et une Italienne. Le pape a qualifié Mahmoud Abbas d’ «ange de la paix» – ce qui est quand même assez cocasse car pour l’immense majorité du peuple palestinien on peut sans doute dire bien des choses sur Abbas, mais certainement pas que c’est un ange ! – , et a joint le geste à la parole et lui a offert une médaille représentant cette figure qui «détruit l’esprit mauvais de la guerre».

On ne doit sans doute pas sous-estimer la portée symbolique de cette décision de la diplomatie papale, qui est sans aucun doute une défaite pour Israël, survenant au moment crucial où se met en place le gouvernement sans doute le plus réactionnaire que ce pays ait connu depuis 1948 (et il faut dire que la compétition, sous cet angle, est rude !).

Pourtant, le Vatican ne fait que suivre l’exemple de 135 Etats de par le monde qui ont pris la même décision : pratiquement toute l’Asie, pratiquement toute l’Afrique, pratiquement toute l’Amérique Latine ont déjà reonnu l’existence de l’Etat de Palestine, sans que cela suscite autant d’émotion dans nos médias occidentaux. Comme plupart des pays dans l’orbite américaine, la Belgique est une lamentable exception, dont le gouvernement attend officiellement « le moment opportun« .carte_reconnCe qui est singulier, c’est en outre que le Vatican se décide à poser ce geste, en précisant qu’il s’inscrit dans la perspective de la mytique « solution à deux Etats » au moment précis où celle-ci est officiellement enterrée par Israël (et il était temps, car le cadavre abandonné au soleil dégageait une odeur de plus en plus insupportable), et où par conséquent la faillite de Mahmoud Abbas en tant que « ange de la paix » est devenue patente.

Le patron de la micro-oligarchie palestinienne de Ramallah – aussi connue sous le sobriquet de « Autorité Palestinienne », assez dérisoire en ce qu’elle n’a pas de véritable autorité et qu’elle prend ses ordres ailleurs qu’auprès des Palestiniens – n’a cessé d’aller, comme l’écrivait déjà fort justement Michel Warschawski en 2008, « de compromis en compromission » en digne « successeur pétainiste » de  Yasser Arafat.

2008 c’est aussi le moment où a pris fin le mandat « démocratique » que Abbas tenait des urnes. Depuis lors il ne doit son poste, son titre, et les avantages qu’il en retire pour son clan, que de la protection que lui accordent les Etats-Unis, l’Union Européenne et surtout l’occupant israélien, pour le compte de qui il fait régner l’ordre et une sécurité relative en Cisjordanie (une sécurité pour Israël et les colons, s’entend. Les Palestiniens n’ayant pour leur part droit à rien de tel, ni en Cisjordanie ni à Gaza).

Donc, si on peut se réjouir de voir s’allonger de plus en plus la liste des Etats qui reconnaissent à l’Etat de Palestine un droit encore assez théorique à exister (ajoutera-t-on comme on le fait rituellement pour Israël, qui n’a jamais daigné définir les siennes, « dans des frontières sûres et reconnues » ?), il faut bien constater que cette reconnaissance grandissante a peu de prise sur la réalité du terrain, et que rien de sérieux n’est entrepris pour que l’impunité quasi-totale d’Israël prennent fin un jour.

Un jour situé de préférence avant que l’annexion de la Cisjordanie et la destruction de Gaza et de sa population soient totales.

La seule perspective – lointaine et aléatoire – de cet ordre réside actuellement en la Cour Pénale Internationale, qui a certes des pouvoirs mais pas celui de mettre fin à une occupation militaire qui va atteindre son 48ème anniversaire et moins encore une dépossession et une négation des droits nationaux qui a été infligée il y a 67 ans.

Israël a moins l’air de s’en inquiéter que des progrès constant de la campagne BDS à l’échelle mondiale. Serait-ce que BDS, dont les militants ne prennent pas d’ordres à Washington ou ailleurs, représente une menace plus sérieuse que la Cour Pénale Internationale pour l’état d’apartheid ?

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