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Le Tour d’Italie 2018 démarrera à Jérusalem-Est occupée

Toujours en quête d’un nouveau coup d’éclat publicitaire, l’organisation du Tour d’Italie a choisi Jérusalem-Est occupée comme site du prologue de 2018. Suivront encore deux étapes en Israël avant que le Giro ne se poursuive en Italie même. Le passage en Israël s’est également vu attribuer un thème : la paix.

Le logo officiel du Giro

L’annonce officielle n’aura lieu que le 18 septembre, mais le site internet britannique Cyclingnews le sait déjà : L’an prochain, le Giro d’Italia débutera par un prologue à Jérusalem-Est occupée, lequel sera suivi de deux étapes en Israël. Comme d’habitude, le prologue consistera en une épreuve contre la montre, qui emmènera les coureurs à travers la Vieille Ville de Jérusalem.

Qu’est-ce qui inspire donc l’organisation d’un grand tour cycliste pour qu’elle s’acoquine avec une puissance occupante et fasse courir son prologue dans le foyer brûlant par excellence de la question israélo-palestinienne et où, tout récemment, la situation était encore particulièrement enflammée ? Et sous le thème de la « paix », encore ? Ludo van Klooster, spécialiste du Giro qui exerce sa profession de journaliste sportif en Italie même, le sait bien : C’est l’argent. « Le Giro doit être plus grandiose et un peu plus dingue encore », écrit-il dans de Volkskrant. Et plus ce sera fou, plus il attirera l’attention et de recettes pour la TV.

Blanchiment… en rose

Depuis des années, la ligue vélocipédique israélienne met tout en œuvre pour attirer le Giro en Israël, mentionne encore le journal. Le site Cyclingnews sait également pourquoi : Israël ne néglige aucun moyen de se faire passer pour un pays « normal », qui ne pèche pas ni par l’occupation ni par de graves violations du droit et des résolutions de l’ONU. Un prologue à Jérusalem-Est n’est rien d’autre qu’une « manœuvre politique », ajoute le site :

« Le départ à Jérusalem constituerait un gros coup de pub politique pour le pays, qui tente ainsi de proposer une image de  »vie normale » dans l’Israël de tous les jours. »

L’organisation du Giro collaborera volontiers à la « normalisation » de l’occupation telle que la souhaite Israël, du moins s’il y a assez d’argent en contrepartie, et donnera de la sorte un nouveau sens au concept de pinkwashing (blanchiment en rose). Ce terme est traditionnellement utilisé pour la manifestation LGBT annuelle via laquelle Israël essaie de se faire passer pour un pays tolérant et très attaché à la liberté, mais il est également d’application dans le cas présent, puisque le rose est la couleur de maillot du leader du Giro et en même temps le principal symbole du tour.

La politique israélienne consistant à attirer de grands événements sportifs dans le pays ne porte pas toujours les fruits escomptés. Au début de cette année, six des onze joueurs vedettes de la National Football League américaine invitée en Israël ont décliné cet « honneur ». Ils ne voulaient pas « se laisser manipuler ».

Dans ce cas, signale De Volkskrant, on peut se demander ce que va faire l’équipe – Bahrain-Merida – de la coqueluche du public italien, Vincenzo Nibali. Bahrain-Merida a été fondée conjointement par (un groupe d’hommes d’affaires de) Bahreïn, un pays qui ne reconnaît pas Israël, et par le fabricant de cycles Merida, de Taïwan. L’équipe acceptera-t-elle de courir en Israël, et à Jérusalem-Est occupée en particulier ?

Les Palestiniens tenus à l’écart

À aucun des médias hollandais qui ont publié l’information, il n’est venu l’idée de demander leur avis aux Palestiniens concernant le prologue organisé sur leur territoire par l’occupant israélien. L’Algemeen Dagblad, De Telegraaf, la NOS et la plupart des grands médias ont même fait savoir que le tour allait débuter « en Israël ».(1) Ici aussi, il s’agit d’une forme de pinkwashing.

Une exception positive, toutefois : de Volkskrant. En première instance, le journal avait mentionné lui aussi que le prologue allait se dérouler « en Israël », mais il avait bien vite publié un correctif à cette information :

« Dans une première version du présent article, on pouvait lire que les trois premières étapes du Giro de l’an prochain seraient courues en territoire israélien. Cela n’est pas exact, deux de ces étapes seront courues sur le territoire israélien et la première, le prologue, sur le territoire palestinien. »


Publié le 9/8/2017 sur The Rights Forum
Traduction : Jean-Marie Flémal

(1) C’est également le cas en Belgique, voir cet article publié sur le site de la RTBF

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