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Le système de permis ou comment rendre la vie impossible aux Palestiniens

L’occupation en Palestine, ce n’est pas uniquement la force militaire, les checkpoints, les arrestations… Elle consiste aussi à rendre la vie des Palestiniens impossible en imposant un système de permis, d’autorisations pour effectuer toutes les choses essentielles de la vie.

Il y a ainsi 101 permis différents (!) qui « règlent » la vie des Palestiniens et sont devenus de plus en plus fastidieux au fil des années.

Le permis le plus fréquent est celui qui est nécessaire pour pouvoir travailler en Israël ou dans une colonie israélienne en Cisjordanie.

Il y a des permis médicaux : différents selon qu’on soit conducteur d’ambulance ou médecin, différents pour les Palestiniens vivant d’un côté du Mur ou de l’autre. Il faut un permis pour accompagner un patient à l’hôpital, mais un autre permis si cela se fait avec une ambulance.

Le permis pour assister à un mariage en Israël est différent de celui nécessaire pour un mariage en Cisjordanie.

Il faut une autre sorte de permis pour se rendre à un enterrement ou pour se rendre à un tribunal, différent pour la Cisjordanie ou pour Israël.

Pour les agriculteurs, la situation est encore plus compliqué depuis l’existence du Mur. En construisant le Mur, Israël a mordu sur les terres palestiniennes. Et il y a des zones qui se trouvent ainsi entre la frontière israélienne et le Mur. Il faut un permis à l’agriculteur palestinien pour qu’il puisse se rendre sur ses propres terres, si celles-ci se trouvent du mauvais côté du Mur. Mais le permis est différent si l’agriculteur réside sur sa terre coincée entre le mur et la frontière israélienne ou si sa ferme se trouve de l’autre côté du Mur.

Il faut un permis spécial pour les Palestiniens qui veulent aller prier sur le Haram al-Sharif   (Mont du Temple) le vendredi : il est différent pour ceux qui travaillent dans les mosquées et pour les personnes qui y vont uniquement pour prier.

Bref, il n’y a aucune liberté de circulation. Les Palestiniens ne savent pas organiser leur vie d’un jour à l’autre, parce que pour tout, il faut ces foutus permis.

Et ils doivent répondre en permanence à des exigences changeantes, ou entendre qu’un permis n’est pas accordé, sans savoir la raison du refus (N’ont-ils pas l’âge requis ? Se trouvent-ils sur une liste noire ? Ont-ils un membre de la famille en prison ? – 40 % des hommes palestiniens se sont retrouvés un jour en prison…) Tout cela coûte du temps et de l’argent.

Les services des Nations Unies, qui font un travail en Cisjordanie, qui en fait devrait être fait par la puissance occupante, estiment qu’ils perdent 20% de leur temps avec les demandes de permis, le temps d’attente, les demandes renouvelées, la réponse aux problèmes…

Et il faut savoir également que les services secrets israéliens, le Shin Bet (qui ne doit fournir aucune justification au parlement) utilisent le système de permis pour faire des pressions sur des gens pour collaborer, comme on peut le lire ici.

Tu reçois ton autorisation – pour voyager à l’étranger pour ton boulot, pour aller à un hôpital pour un traitement chimio contre le cancer, pour avoir de l’aide pour ton enfant handicapé, pour pouvoir assister à l’enterrement de ton père – si tu veux bien donner un peu d’info au Shin Beth. Par exemple, pour leur dire si tu connais quelqu’un dans ton quartier qui a des armes, ou qui est membre de quel organisation politique…

Une fois cette info donnée, tu es coincée parce qu’alors le Shin Beth dira qu’il fera savoir que tu as collaboré… Alors, pour beaucoup de gens, il n’y a que deux choix : continuer de collaborer ou laisser tomber le permis, même s’il est vital.


 

Traduction libre d’après un article d’Anja Meulenbelt

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