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Le secteur agricole durement frappé par le blocus de Gaza

Rami Al Meghari

Des officiels des Nations Unies estiment que les quatre années de blocage d’Israël sur la bande de Gaza ont généré des pertes atteignant 280 millions de dollars dans le domaine agricole.

Selon Philip Lazerini, chef du bureau de l’ONU pour la coordination des affaires humanitaires dans les territoires occupés, le secteur agricole est « au bord de l’effondrement ».

« Le blocage ne laisse pas passer assez de matériel pour que les fermiers puissent subvenir à leurs propres besoins. Les fermiers doivent utiliser des équipements rouillés, ou doivent les réparer. Les bergers sont à court de médicaments pour traiter leurs animaux », témoigne Lazerini.

Les fermiers de Gaza ont centré leur production sur les cultures essentielles : tomates, concombres, patates, pastèques. Mais obtenir des graines et des engrais est difficile.

Suleiman Eid, fermier depuis plus de 40 ans dans le village d’Alzawayda dans la bande de Gaza, fait part de la difficulté à obtenir des fertilisants découlant de l’interdiction israélienne.

Ceux qui proviennent d’Egypte ne sont « pas suffisants ou de mauvaise qualité », affirme le fermier, et de nombreux produits chimiques nécessaires aux cultures sont indisponibles.

Les fermiers de Gaza jouent un rôle crucial dans l’alimentation des 1,5 millions d’habitants de la bande côtière. Ils exportent aussi : des fraises et des fleurs, entre autres. Mais le blocus a fait chuter le nombre de fleurs exportées annuellement de 32 millions à 700.000 depuis sa mise en place.

Autre secteur vital à Gaza : la pêche. Elle constitue une importante source de protéines pour les familles. Les accords d’Oslo de 1993 laissaient aux pêcheurs la possibilité de s’éloigner des côtes de Gaza jusqu’à 12 miles nautiques. Maintenant, les navires ne peuvent pas se rendre à plus de 2 ou 3 miles nautiques du bord, contraints de pêcher dans des zones où les ressources en poisson déclinent.

« La pêche souffre de beaucoup de restrictions, d’autant plus que tous les pêcheurs travaillent dans le même zone» déplore Maher Aldana, pêcheur de la ville côtière de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

Sous la pression internationale, Israël a récemment assoupli le blocage à la suite de l’attaque meurtrière sur le convoi d’aide qui se dirigeait vers Gaza.

Raed Fattouh, officiel de l’Autorité Palestinienne en charge de la coordination de l’entrée de biens dans la bande de Gaza, confirme qu’Israël a récemment autorisé l’entrée à Gaza de convois contenant des graines et des outils de pêche.

« Actuellement, les Israéliens autorisent 600 différents articles, contre 130 auparavant », témoigne-t-il, tout en soulignant la pénurie de matériaux bruts, notamment de ciment, encore frappés d’interdiction. Selon lui, d’autres biens, devraient bientôt être autorisés : appareils électroniques, sauce tomate, chocolats, chips, jouets pour enfants. Des convois de ciment et d’acier seront utilisés pour les projets de construction de l’ONU.

Jamal Alkhudari, membre du Parlement de Gaza et chef du comité populaire pour briser le blocus israélien, déplore que 350 biens soient toujours interdits à Gaza. Pour lui, il s’agit d’une « preuve substantielle » que le blocus est toujours là. L’assouplissement de celui-ci ? Une manœuvre, selon  Alkhudari, qui permet de « relâcher la pression internationale d’un côté, et de légitimer le blocus de l’autre .»
Selon le ministère de l’Agriculture du Hamas, 12.000 pêcheurs sont actuellement sans emploi, et plus de 400 bateaux de pêche ne sont plus utilisés.


Rami Al Meghari est un journaliste palestinien qui correspond depuis Gaza avec de nombreux journaux en anglais et en arabe.

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