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Le Secrétaire-Général de l’ONU considère la “solution à un État” comme la seule issue démocratique… mais impossible

Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a expliqué il y a quelques jours sur la chaîne d’information CNN qu’il “croit fermement” qu’une “solution à un État” pour les Palestiniens et les Israéliens est “théoriquement possible si c’est la solution démocratique”.

A ses yeux, “tout autre situation serait une terrible violation des droits humains […] ou mettrait en question la nature démocratique de l’État d’Israël”. L’expression “autre situation” utilisée par Guterres est une allusion transparente à la réalité actuelle d’apartheid, dans laquelle une ethnocratie juive-israélienne impose sa loi à des millions de Palestiniens, privés de leurs droits les plus fondamentaux.

Cette situation d’apartheid a été méthodiquement décrite dans un rapport commandité par l’ONU publié en mars 2017. Mais à l’époque Guterres lui-même s’était empressé de retirer ce rapport, sous la pression des États-Unis.  Rima Khalaf, qui était à la tête de l’agence des Nations-Unies qui avait produit le rapport, avait démissionné pour protester contre la lâcheté politique du Secrétaire Général de l’ONU.

Il n’en reste pas moins que le soudain hommage de Guterres à la “solution à un État” constitue une brèche exceptionnelle dans le consensus de fer qui règne parmi les élites politiques internationales, qui voudrait une dénonciation rituelle de la “solution à un seul État” et un engagement tout aussi mécanique en faveur d’une “solution à deux États” dont elles ont pourtant amplement démontré qu’elle est impossible à atteindre 1.

Dans une “solution à un seul État”, les Palestiniens et les Israéliens auraient les mêmes droits politiques dans un seul pays doté d’une constitution démocratique moderne. La solution exigerait des politiques de décolonisation pour réparer et restituer les effets des décennies de vol, d’expulsions et de discrimination économique et sociale perpétrés par Israël contre le peuple palestinien autochtone.

Après son bref écart verbal, Guterres est rapidement revenu à la ligne officielle : “Je ne crois pas qu’Israël puisse l’accepter”, a-t-il dit à propos de la “solution à un État”.  «Je crois donc fermement à la solution à deux États», a-t-il encore ajouté. “Et pour moi, le plus important est de rassembler les Israéliens et les Palestiniens pour en discuter”.

Guterres n’a pas été en mesure de proposer un quelconque plan réaliste pour y parvenir après 25 ans d’échec complet du soi-disant «processus de paix» inauguré par les accords d’Oslo de 1993 et ​​la colonisation effrénée des terres palestiniennes par Israël.

M. Guterres n’a pas non plus expliqué pourquoi les préférences d’Israël devaient être une préoccupation prépondérante quand il s’agit des droits humains, politiques et civils inaliénables et du droit à l’autodétermination longtemps refusé au peuple palestinien. Les Sud-Africains blancs se sont également opposés dans leur grande majorité à la fin de la suprématie blanche et à l’adoption d’une démocratie non raciale, mais cela n’était pas considéré comme une raison valable de soutenir l’apartheid sur-africain. Les Sud-Africains blancs ont changé de position en raison de la résistance interne, de la pression extérieure et du boycott.

Certes, le démantèlement négocié pacifiquement de l’apartheid israélien serait le résultat optimal, mais Israël ne devrait pour autant avoir aucune option pour conserver un système d’apartheid, ce que serait la «solution à deux États» dans le cadre de tous les plans présentés ou approuvés jusqu’ici par élites politiques internationales, ou “acceptables” pour Israël.

Toutes ces propositions “à deux États” visent à préserver Israël comme un «État juif» en séparant physiquement et politiquement la population palestinienne, car Israël les considère comme une «menace démographique» pour la domination israélo-juive.

Cela nécessiterait d’abroger le droit de retour pour des millions de réfugiés palestiniens  pour l’unique raison qu’ils ne sont pas juifs, reconnaissant le «droit» d’Israël à un État juif raciste et confinant les Palestiniens dans un mini-État sur des fragments de la Palestine historique, sous contrôle israélien à tous égards similaire aux bantoustans de l’Apartheid en Afrique du Sud.

De telles «solutions» grotesques sont considérées comme du bon sens politique par les élites internationales, et parées de la rhétorique sur la «paix», elles constituent un engagement à préserver la suprématie juive israélienne et l’apartheid à perpétuité.

Cet engagement a été une nouvelle fois mis en évidence jeudi dernier lorsque huit gouver­nements de l’Union européenne ont publié une déclaration conjointe en prévision d’une discussion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation en Palestine.

Les gouvernements européens ont exhorté les autorités d’occupation israéliennes à «reconsidérer leur décision» de démolir Khan al-Ahmar, un village palestinien en Cisjordanie occupée, qui doit faire face à une destruction imminente pour faire place à de nouvelles colonies exclusivement juives.

Comme souligné à plusieurs reprises, les conséquences d’une démolition de cette communauté et le déplacement de ses résidents, y compris des enfants, seraient très graves et menaceraient gravement la viabilité de la solution à deux Etats et compromettraient les perspectives de paix” ont affirmé avec le plus grand sérieux l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Pologne et la France.

Dans l’histoire il n’y a aucun exemple où Israël a tenu compte de ce genre de demandes polies et il n’y a aucune raison de croire qu’il témoignera plus de respect pour cette dernière déclaration inoffensive. Les dirigeants de l’Union Européenne ne l’ignorent pas et restent donc bel et bien, tout en multipliant les proclamations de grands et beaux principes, engagée activement dans la préservation de l’apartheid israélien.


D’après un article de Ali Abunimah publié sur Electronic Intifada le 20 septembre 2018.

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Notes   [ + ]

1. Outre le fait que la formule elle-même est un concentré de mensonges, puisqu’il ne s’agirait en fait ni d’une “solution” ni réellement de deux États dignes de ce nom – NDLR