Dans l'actu

Le sabotage de l’enseignement, une autre technique de conquête sioniste à Jérusalem

Nous avons fait écho, il y a peu, à la mésaventure d’un journaliste de Haaretz, qui avait été arbitrairement retenu pour contrôle d’identité approfondi, au motif qu’il avait osé faire une remarque à un soldat qui avait purement et simplement fermé le checkpoint de Qalandyah pour pour déguster tranquillement sa pizza, prolongeant ainsi l’attente déjà longue et pénible de centaines de Palestiniens,.

Il ne s’agissait évidemment pas de nous apitoyer sur le sort – pas bien terrible, d’ailleurs – d’un journaliste victime des agissements de son propre camp, mais de mettre en évidence par ce biais l’arbitraire qui s’impose chaque instant de chaque jour aux Palestiniens, qui, eux, n’ont pas même la possibilité de protester (ou alors à leurs risques et périls).

Mais, dans cet article, un passage devait aussi retenir particulièrement l’attention :

Il règne un bruit infernal de klaxons, de cris des soldats qui hurlent dans des haut-parleurs crachotants. Des gosses qui cherchent à gagner quelques sous proposent des CD’s piratés ou de laver les vitres des voitures dont la file interminable s’allonge sous le soleil…

Le sort des gosses – palestiniens, bien évidemment – dont il est question, est un problème grave qui mérite qu’on y revienne. Un article de Mel Frykberg (The Electronic Intifada) nous en fournit l’occasion :

Checkpoint de Qalandyah , Jérusalem- Est occupée – Un garçon palestinien, maigre, de dix ans à peine, se faufile entre les sacs poubelles et les files de voitures qui convergent au checkpoint de Qalandiya entre Ramallah et Jérusalem.

Il supplie les conducteurs de bus de le laisser monter pour qu’il puisse vendre son chewing gum, un moyen de survie pour lui. Personne ne lui en achète, on lui ordonne de descendre, il s’exécute, au bord des larmes. Au risque de perdre un bras ou une jambe ou même la vie, il se glisse d’une voiture à l’autre, suppliant les conducteurs agacés de lui acheter quelque chose.

Chaque jour, on peut voir ainsi des douzaines de jeunes Palestiniens à d’autres checkpoints ou intersections de Jérusalem Est – ou fouillant les tas d’ordures omniprésents à la recherche de choses qu’ils pourraient ensuite essayer de vendre aux passants et aux automobilistes.

En raison de la pauvreté endémique qui sévit dans Jérusalem-Est occupée, ainsi que dans le reste de la Cisjordanie occupée, des centaines d’enfants palestiniens sont envoyés dans les rues par leurs parents qui vivent sous le seuil de pauvreté, dans l’espoir qu’ils réussiront à grapiller quelques dollars qui aideraient les familles à survivre.

Ces enfants devraient être à l’école à préparer leur avenir, mais la politique éducative d’Israël, établissant une discrimination entre la Jérusalem-Ouest juive et la Jérusalem-Est palestinienne, éloigne ces jeunes de l’école- quand ils ont eu la chance, ce qui n’est pas toujours le cas, d’avoir pu y être inscrits.

Jamal Zahalka, membre de la Knesset (Parlement israélien), a fait remarquer il y a quelques mois que « le budget de l’éducation pour les enfants palestiniens à Jérusalem-Est, est pire que n’importe où dans les Territoires occupés, Gaza, ou dans les camps de réfugiés du Liban, de Jordanie ou de Syrie.»

Plus de cinq mille enfants palestiniens de Jérusalem-Est ne vont pas du tout à l’école. Le taux d’abandon des études pour les écoliers palestiniens à Jérusalem-Est s’élève à 50%, quand il avoisine les 12% seulement pour les écoliers juifs.

Le taux de ceux qui décrochent du système scolaire, ainsi que le niveau de pauvreté des Palestiniens à Jérusalem-Est sont effrayants, a déclaré Orly Noy, du groupe israélien Ir Amim (Peace for Peoples), à IPS (Interpress Service) « L’état d’abandon du système d’éducation à Jérusalem-Est prépare une catastrophe. », ajoute Tali Nir, avocat de l’Association pour les Droits Civiles en Israël (ACRI)

Les deux organisations israéliennes pour les droits humains ont accusé l’administration israélienne de discrimination, dans un rapport intitulé « L’échec scolaire  – L’état du système éducatif à Jérusalem-Est. »

Ils montrent dans leur rapport qu’il manque aux élèves palestiniens mille salles de classe.

D’après la législation israélienne relative à l’éducation, l’État doit assurer une éducation égale pour tous les habitants de la ville.

Jerusalem_classroom_jews

A la scolarité de ces élèves, l’État israélien consacrera l’équivalent de 420 € par an…

Le gouvernement israélien a dépensé en moyenne 2.300 NIS (nouveau Shekels), soit  environ 420 Euros pour chaque enfant juif à l’école élémentaire durant l’année 2008-2009. En comparaison, il n’a été attribué à chaque enfant palestinien que 577 NIS (105 €).

D’après le rapport, seulement 30 salles de classe ont été construites ces dernières années, en dépit des promesses faites devant la Cour de Justice d’en bâtir 644 d’ici 2011.Les groupes défenseurs des Droits, accusent dans ce même rapport, le gouvernement israélien de forcer les écoliers palestiniens à étudier dans des conditions impropres.

Jerusalem_palestinians_boys

… tandis que ces enfants palestiniens, s’ils arrivent sains et saufs jusqu’à l’école et y trouvent une place, ne bénéficieront que d’un budget annuel de 105 €

Des milliers d’élèves palestiniens sont entassés dans des salles de classe surchargées, des lieux souvent sous-équipés. La moitié des classes environ (647 sur un total de 1398) ne répondent pas aux normes et un quart offrent des « conditions impropres » selon le rapport.

L’état des classes, selon les responsables du rapport, oblige souvent des milliers de scolaires à étudier dans des bâtiments loués, dépourvus de ventilation, de bibliothèques, de laboratoires et de cours de récréation. Il faut des heures en général aux enfants palestiniens pour aller et revenir de l’école, étant donné qu’il leur faut passer les checkpoints israéliens, de plus les dépenses consacrées aux transports, dans des véhicules au confort sommaire, sont élevées.

En mai 2001, la Haute Cour israélienne a jugé que le ministère de l’éducation israélien et la municipalité de Jérusalem devaient assurer l’enseignement de chaque enfant palestinien de la ville.

Pourtant, 40.000 enfants palestiniens à Jérusalem-Est sont forcés de fréquenter des écoles privées pour obtenir un enseignement décent. Seulement 39.523 sur les 82.250 élèves palestiniens, représentant 48,05% des enfants, vont dans les écoles publiques.

Les organisations islamiques à Jérusalem Est assurent l’éducation pour environ 8% des enfants palestiniens, et l’Agence pour les Réfugiés Palestiniens (UNRWA) fait également sa part.

« Beaucoup d’élèves sont obligés de se tourner vers les écoles privées, mais les milliers qui ne peuvent se le permettre restent à la maison », ajoutent les auteurs du rapport.

« Nous n’arrêtons pas de poursuivre la municipalité et le ministère de l’éducation sur ce sujet, l’État demande ensuite à l’administration de revoir la situation. En même temps l’État répond en fabriquant des excuses, disant qu’il y a beaucoup d’obstacles à surmonter. Ce n’est pas la première fois que des décisions de la Cour de Justice sont volontairement ignorées par l’administration » précise Noy à IPS.

En attendant, tandis que les bureaucrates de l’administration judiciaire, continuent, imperturbables, de produire de la paperasse, les enfants de la rue palestinienne continueront à passer à travers les mailles du filet, espérant un avenir meilleur qui en fait s’annonce particulièrement sombre.

« Il s’agit là d’un cycle qui s’auto-alimente, qui finit par saper les bases de la société civile palestinienne, et qui donc n’aide pas à construire une communauté stable et forte » dit Noy.

Print Friendly, PDF & Email