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Le refus israélien de laisser entrer un ministre sud-africain est un coup de pouce à la campagne de boycott

Le refus israélien de laisser entrer en Cisjordanie un ministre du gouvernement sud-africain a déclenché tout un tapage diplomatique et a donné un sacré coup de pouce à la campagne de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

Le Dr Blade Nzimande, ministre sud-africain de l'Enseignement supérieur

Le Dr Blade Nzimande, ministre sud-africain de l’Enseignement supérieur

Peu de temps avant que Blade Nzimande, ministre sud-africain de l’Enseignement supérieur, ne doive diriger une délégation censée visiter l’Université de Birzeit, près de Ramallah, et discuter de la coopération académique avec l’Autorité palestinienne, l’ambassade d’Israël à Pretoria a refusé de lui accorder un visa.

« Le gouvernement israélien essaie par tous les moyens de cacher les atrocités qu’il fait subir au peuple palestinien et de réduire le plus possible le nombre de personnes pouvant se rendre compte réellement de ce qui se passe sur le terrain », a expliqué Nzimande jeudi sur Independent Media, un site sud-africain.

Un porte-parole du ministère sud-africain de l’Enseignement supérieur a déclaré qu‘Israël avait refusé d’accorder un visa à Nzimande parce qu’il était « l’un des ministres les plus critiques et les plus entendus à l’encontre d’Israël ».
L’incident a créé un « grave problème diplomatique », a ajouté le porte-parole.

Le boycott académique

En réponse, Nzimande invite instamment toutes les universités et collèges sud-africains à rompre leurs liens avec les institutions académiques israéliennes, rapporte Independent Media.

Israël essaie de « subvertir la liberté académique, ce qui ne peut être toléré », a ajouté Nzimande.

Ces quelques dernières années, le gouvernement sud-africain, le Congrès national africain (ANC) au pouvoir et son partenaire le Parti communiste sud-africain (dont Nzimande est secrétaire général) ont intensifié leurs pressions sur Israël.

En 2012, l’ANC a adopté l’appel palestinien aux BDS en tant que politique officielle.
Le gouvernement a également décidé que les produits des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, qui sont illégaux aux yeux des lois internationales, devraient être étiquetés comme originaires des « territoires occupés par Israël » et non plus « Made in Israel ».

Le vice-ministre des Relations internationales, Ebrahim Ebrahim, a également dissuadé les Sud-Africains de se rendre en Israël « en raison des traitements et des mesures infligés par Israël au peuple palestinien ».

Dernièrement, plusieurs hauts responsables du gouvernement, dont Nzimande, ont exprimé publiquement leur soutien à la campagne contre le géant de la distribution Woolworths du fait qu’il vend des produits originaires d’Israël.

« Pire que l’apartheid sud-africain »

Le soutien de Nzimande à la lutte palestinienne n’est pas seulement enraciné dans les expériences communes aux Sud-Africains de couleur et aux Palestiniens résistant à leurs colonisateurs. En 2002, lors de la seconde Intifada, le ministre a été témoin de près de l’impact de l’occupation sur les Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

« À bien des égards, j’ai ressenti que l’apartheid israélien était pire que l’apartheid sud-africain », a rappelé Nzimande au cours d’un forum public en août dernier, lors de l’agression israélienne contre Gaza qui a tué plus de 2 200 Palestiniens.

S’exprimant en compagnie de l’historien israélien Ilan Pappe et du vétéran sud-africain de l’anti-apartheid, Farid Esack, Nzimande a ajouté : « Nous sommes outrés, en tant que Parti communiste sud-africain et en particulier en tant que gouvernement, par la véhémente campagne menée en permanence par l’État d’Israël contre le peuple palestinien qui a manifestement été massacré en raison du crime consistant à réclamer le retour dans ses terres ainsi que son autodétermination. »

Nzimande a également réclamé instamment que l’Afrique du Sud rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv et qu’elle expulse l’envoyé d‘Israël à Pretoria.

Pendant ce temps, une large coalition sud-africaine pour la Palestine, rassemblant des partis politiques, des syndicats, des groupements de solidarité, des associations d’étudiants et des organisations de croyants, continue à promouvoir le boycott, le désinvestissement et les sanctions.

La résiliation par une vingtaine de sociétés sud-africaines des contrats avec G4S, qui tire des profits immoraux de son rôle dans les prisons et la sécurité d‘Israël, et des violations des droits de l’homme, constitue leur succès le plus récent.

L’appel adressé par Nzimande aux universités sud-africaines pour qu’elles rompent leurs liens avec les institutions académiques israéliennes donnera certainement un important coup de pouce à la campagne.

Vidéo : Le Dr Blade Nzimande sur la Palestine (en anglais)


Publié sur The Electronic Intifadah, le 25 avril 2015. Traduction pour ce site : JM Flémal.

adrinieuwhofAdri Nieuwhof est une avocate des Droits de l’Homme, installée en Suisse et collaboratice de l’Electronic Intifadah. Vous trouverez d’autres articles du même auteur sur ce site.

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