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Le profit avant tout : l’industrie alimentaire israélienne a dissimulé des produits avariés

Vous aviez besoin d’un dernier encouragement avant de vous décider à boycotter les produits israéliens de consommation courante ?  Ce site regorge d’informations sur les motifs altruistes d’adhérer à BDS, inutile d’y revenir ici une fois de plus (mais on le fera très bientôt, promis !).

Mais voilà que le quotidien Haaretz y ajoute un motif égoïste : il attire l’attention sur le fait que l’industrie agro-alimentaire israélienne a fait preuve d’un dédain coupable pour la santé des consommateurs, en manquant de la plus élémentaire rigueur et surtout de la plus élémentaire honnêteté. Évidemment, comme toujours, les coupables assurent que cela appartient au passé. Libre a chacun de les croire. Ou pas.

Rien qu’au cours des deux semaines écoulées, signale Haaretz, il y a eu pas moins de 11 alertes obligeant des producteurs israéliens à retirer en catastrophe leurs produits du marché, après des révélations indiquant que ces produits étaient contaminés par des substances toxiques ou des bactéries dangereuses. Et tout indique que les producteurs israéliens le savaient depuis parfois bien longtemps, et ont tout fait pour que le public et les pouvoirs publics ne l’apprennent pas !

Il est dans la nature des entreprises de faire les choses discrètement. Les producteurs d’aliments espèrent souvent que le rappel de leurs produits pourra se faire en silence, sans attirer l’attention et sans susciter une publicité négative. Et souvent cela marche”, a expliqué à Haaretz un cadre de l’industrie agro-alimentaire sous couvert d’anonymat.

La dernière en date des entreprises israéliennes touchées par des problèmes sanitaires a été Rushdi Food Industries, qui a été contrainte mercredi d’avouer qu’une contamination par des salmonella était suspectée dans certains de ses produits, après une inspection réalisée par le Ministère de la Santé qui a mis en évidence des méthodes de production inadaptées.

Haaretz estime que “la vague de rappels de produits au cours de la première semaine d’août a mis en évidence l’échec de l’industrie alimentaire israélienne en ce qui concerne l’émission en temps voulu des alertes concernant les problèmes survenant avec ses produits, tels que des contaminations, la présence de matériaux étrangers, les erreurs d’emballage ou de production, les anomalies de goût…”.

Si les 11 rappels de produits ordonnés en deux semaines représentent l’étendue réelle du problème, cela signifie que l’industrie alimentaires israélienne devrait en faire en moyenne 150 par an. Mais jusqu’à ce que des problèmes de réglementation inadaptée et de manque de considération pour les droits du public soient rendus publics à la faveur de l’attitude adoptée par la filiale israélienne d’Unilever quand des salmonelles ont été découvertes dans ses cornflakes de la marque Telma,  il n’y avait pas plus de 2 à 3 rappels de produits par mois (donc environ un quart de ce à quoi on pourrait s’attendre).

Les producteurs israéliens ont tenu secrètes des contaminations bactériennes de certains produits, pour préserver leurs profits. (image d’illustration, les produits représentés ne sont pas concernés)

Unilever a suscité l’inquiétude dans le public quand on a appris que la firme avait gardé le secret à propos du problème constaté avec ses cornflakes et certaines autres variétés de céréales : les marchandises avariées ont été stockées dans un entrepôt pendant au moins deux semaines après  que le problème ait été découvert, et elles n’ont pas été détruites. C’est ainsi qu’un lot a été livré à un super-marché par erreur et mis en vente !

Certains industriels ont cru pouvoir mettre en cause la chaleur du mois d’août, qui aurait favorisé la prolifération bactérienne. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’il fait chaud en août en Israël, et en 2014 et 2015 il n’y avait eu que trois rappels de produits, en août 2013 il y en avait eu trois et en 2012 deux seulement.

Il faudrait donc en conclure que, à chaleur égale, les bactéries proliféraient moins dans le passé… ou que les industriels de l’agro-alimentaire israélien ne se gênent pas pour écouler leurs produits même quand ils présentent un risque pour la santé des consommateurs, du moment qu’ils parviennent à le faire discrètement ? Ce qui était le plus souvent le cas jusqu’à présent.

Dans le temps, on se serait dit ‘je me demande si le produit que je vend n’est pas contaminé, mais avant d’en informer le ministère de la Santé je vais faire un autre test’”, explique le cadre anonyme de l’industrie déjà cité plus haut. “Aujourd’hui, si je crains un risque sanitaire, j’informe les autorités d’abord et je fais les tests complé­men­taires après”. C’est une explication qui se veut rassurante…

Les règlements israéliens, de fait, n’obligent pas les producteurs à informer les autorités sanitaires aussi longtemps que le produit n’a pas quitté l’usine. Unilever n’avait pas violé les lois en vigueur, car l’entreprise ignorait apparemment qu’une partie des produits avariés avait été livrée à un revendeur par erreur. Mais elle avait créé les conditions de cette erreur.

La conséquence de cette affaire, ou plutôt de sa révélation au public, fut que les ventes de céréales d’Unilever ont plongé de 60%, alors qu’on n’a rapporté aucun cas d’intoxication par la bactérie que les produits mis en vente par erreur pourraient avoir contenu. La leçon a été retenue par l’ensemble du secteur, qui – explique Haaretz – va désormais au-delà de ce qu’exige la réglementation et redouble de précautions. Certains, dans le secteur alimentaire, parlent d’une forme d’hystérie.

Mais jusqu’ici c’est clairement l’excès inverse qui était la règle : “Si vous constatez qu’il y a un problème avec un produit qui a déjà été mis en vente dans les magasins, vous vous dites que vous n’allez pas en parler au Ministère de la Santé, parce que si vous le faites la situation vous échappe, vous perdez le contrôle”, a encore expliqué le profes­sionnel interrogé par Haaretz.

Il se peut que le Ministère de la Santé décide soudainement qu’il veut inspecter la totalité de vos installations. En plus, si j’informe le Ministère de la Santé je suis bien obligé de faire un communiqué officiel, et cela peut causer de sérieux problèmes pour la marque, surtout s’il s’agit d’une entreprises bien connue parce qu’alors les médias vont en parler. Il vaut mieux garder tout cela dans la famille et s’il le faut dédommager les consommateurs”.

Évidemment, ce brave homme n’aborde pas la question des exportations : quelle attitude adoptent les industriels israéliens s’il s’avère que leurs produits avariés sont sur le marché européen, par exemple ?

Compte tenu de tout ce que l’on sait des mœurs israéliennes, on peut aussi se demander si les consommateurs des territoires occupés – qui constituent un important marché captif pour l’industrie israélienne – n’ont pas été les destinataires “privilégiés” de produits à la salubrité douteuse.


L’article de Haaretz signé par Adi Dovrat-Meseritz ce 18 août sous le titre “Food Makers in Israel Kept Tainted Products Secret” a fourni la base de ces informations, traduites et adaptées par Luc Delval

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