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Le principal groupe de pression israélien bénéficie d’une augmentation substantielle de son budget

David Cronin

Un important groupe de pression pro-israélien installé à Bruxelles a vu son budget multiplié par cinq ces toutes dernières années.

L’Association juive européenne est passée de plus en plus à l’avant-plan dans ses efforts en vue de contrer l’appel palestinien au boycott, au désinvestissement et aux sanctions (BDS). L’une de ses priorités de campagne consiste à tenter de convaincre les partis politiques de ce qu’ils devraient publier des déclarations politiques rejetant le mouvement BDS comme antisémite.

L’association dispose d’une caisse de guerre bien remplie.

Le dernier budget annuel qu’elle a déclaré s’élevait à 8,5 millions de USD. Soit cinq fois le chiffre de 1,7 million renseigné la fois précédente par l’association.

J’ai demandé à Menachem Margolin, responsable de l’Association juive européenne, de m’expliquer cette augmentation. Je lui ai également demandé combien son groupe recevait de la part du gouvernement israélien.

Margolin m’a répondu que « puisque nous ne pouvons réellement vous considérer comme un chaud partisan » de son organisation, « nous ne répondrons pas à vos questions et nous ne vous fournirons pas la moindre information » à son propos.

Le budget de 8,5 millions de USD est celui qui a été déclaré par l’organisation pour l’exercice comptable de 2016. Elle n’a toujours pas rentré de chiffres ultérieurs dans le registre des lobbys établi par les administrateurs de l’Union européenne.

La dernière entrée de ce genre effectuée par l’association cite des « dons » comme sources de la totalité de son financement, sans entrer plus loin dans les détails. Un coup d’œil dans le registre des lobbys de l’UE indique que l’Association juive européenne est aujourd’hui le groupe de pression de plus prospère à avoir son quartier général à Bruxelles.

L’augmentation de budget dont a bénéficié l’association reflète la façon dont Israël et ses partisans dépensent de plus en plus afin d’essayer de combattre les activistes BDS. Fin 2017, il a été rapporté que 72 millions de USD avaient été répertoriés à cet effet, et les fonds venaient à la fois de l’État israélien et de donateurs privés.

Deux poids et deux mesures

Les efforts en vue de combattre le mouvement BDS ont été supervisés par Gilad Erdan, le ministre israélien des Affaires stratégiques. Il a prévenu les activistes qui s’emploient en faveur du boycott d’Israël qu’ils auraient à en payer le « prix », lequel n’a pas été spécifié.

Un documentaire réalisé par Al Jazeera – et censuré sous les pressions du lobby israélien – montrait comment le ministère des Affaires stratégiques rassemblait des données sur les activistes de la solidarité avec la Palestine, et un passage de ce documentaire montrait même une action entreprise contre certains de ces activistes. Dans un rapport récent, le ministère a traité de « terroristes en costume » un certain nombre de Palestiniens qui se sont exprimés pour réclamer la justice et l’égalité pour leur peuple.

En 2017, l’Association juive européenne a accueilli à Bruxelles Gilad Erdan, ministre israélien des Affaires stratégiques. (Photo : Association juive européenne)

L’Association juive européenne a été en contact direct avec Erdan. Des photographies publiées sur le site de l’association montrent que cette dernière a accueilli Erdan lors d’une visite qu’il a effectuée à Bruxelles en 2017.

De plus, l’association a organisé des événements en collaboration avec le gouvernement israélien.

À l’instar de nombreux autres lobbyistes, Menachem Margolin s’est servi de deux poids et deux mesures. Dans le même temps qu’il accuse le mouvement BDS d’antisémitisme – même si celui-ci s’oppose avec véhémence au sectarisme racial et religieux – Margolin a prôné un engagement avec des antisémites confirmés.

L’an dernier, il a prétendu qu’Israël devrait collaborer avec des partis européens d’extrême droite si ces derniers participaient à un gouvernement. Il a déclaré officiellement qu’Israël devrait être prêt à envisager comment le Parti autrichien de la Liberté veut installer des camps de concentration pour réfugiés ou comment le parti polonais Droit et Justice a nié ce qui s’est réellement passé durant l’Holocauste une fois que ses dirigeants les plus en vue ont été trimballés un peu partout dans des véhicules ministériels.

Victimes de calomnies

Je fais partie des activistes que Margolin a noircis.

En janvier, l’Association juive européenne a sorti une déclaration prétendant que mon blog sur The Electronic Intifada « glorifiait » les actions du Hamas. Quand j’ai mis Margolin au défi de fournir des preuves d’une telle glorification, il a déclaré : « Tout le monde peut commettre des erreurs et obtenir des informations erronées. »

Bien qu’il ait reconnu – du moins implicitement – avoir fait de fausses déclarations à mon sujet, Margolin n’a toujours pas rétracté ses propos.

Il a fait savoir qu’il ne serait disposé à le faire que si je condamnais le Hamas. C’est une condition déraisonnable.

Prétendre que les Palestiniens ont le droit de résister au système d’apartheid mis en place par Israël – comme je l’ai fait maintes et maintes fois – n’est pas du tout la même chose que de glorifier les actions d’une organisation en particulier.

Margolin a constitué un certain nombre d’organisations pro-israéliennes à Bruxelles. Certaines – dont le Projet Joseph et le Centre culturel européen – sont particulièrement discrètes et il s’avère qu’elles n’ont publié pratiquement aucune information sur leurs activités. Margolin opère à partir d’un immeuble situé à un jet de pierre des principales institutions de l’UE.

L’Association juive européenne n’est pas le seul groupe pro-israélien à avoir vu son budget s’accroître substantiellement.

L’AJC Transatlantic Institute – la branche bruxelloise du Comité juif américain – a à sa disposition environ 1 million de USD par an. C’est plus que trois fois le budget déclaré par l’institut en 2010.

David Harris, un personnage en vue du Comité juif américain, avait expliqué en 2004 comment le lobby pro-israélien accordait plus d’attention à l’Union européenne du fait que le bloc prenait de plus en plus d’expansion. « Nous devons être là, de la même façon que nous devons être aux Nations unies », avait déclaré Harris.

Israël et ses partisans investissent manifestement de fortes sommes pour essayer d’influencer l’UE et de contrecarrer le mouvement BDS. Alors qu’ils peuvent connaître des succès à court terme, ils pourraient se rendre compte en dernier recours que tout cet argent n’aura été que de l’argent gaspillé.

Les tactiques de BDS s’appuient sur le pouvoir des gens s’il s’avère qu’elles mènent au succès. Du fait que la conscientisation publique autour de la Palestine ne cesse de croître, il semble qu’il y ait vraiment peu de danger que les gens ordinaires aillent brusquement s’amouracher d’Israël, qu’importe ce que ce dernier dépense à Bruxelles, Genève, New York ou Washington.


Publié le 22/2/2019  sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

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