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Le plan anti-BDS vu par un commentateur israélien : “un gaspillage indigne et ridicule de temps et de fonds publics

C’est peu dire que le plan des ministres israéliens de l’Intérieur, Arye Dery, et de l’Intérieur et des “Affaires stratégiques”, Gilad Erdan, visant d’une part à expulser ou empêcher d’entrer dans les territoires contrôlés par Israël les militants du mouvement BDS et d’autre part à faire “qu’en 2025 plus personne dans le monde ne mette en question le droit d’Israël d’exister et ne considère Israël comme un état paria” n’est pas accueilli avec un enthousiasme débordant par ceux-là mêmes à qui il était supposé plaire.

Exemple : le commentaire de David Rosenberg dans Haaretz, qui illustre magistralement la contradiction fonda­men­tale qui traverse tout le discours officiel israélien sur BDS, consistant à prétendre simultanément que le boycott est “une menace stratégique majeure” – comment, sinon, leur sempiternel chantage à l’accusation d’antisémitisme pourrait-il avoir une quelconque portée ? – et à affirmer qu’il n’a aucun effet concret (comme le patron de Sodastream qui prétend que s’il a quitté la Cisjordanie cela n’a rien à voir avec BDS).

Rosenberg relève tout d’abord que, selon les dires de la directrice du “Ministère des Affaires stratégiques”  Sima Vaknin, la première tâche de la “task force” que son ministre se vante d’avoir mise en place sera de mettre toute une série de ministères et d’administration d’accord sur le contenu d’une “nouvelle narration” qu’il s’agira ensuite de substituer à celle qui a cours actuellement. C’est ainsi, dit-il, que les neuf premiers mois, si ce n’est les neuf premières années, seront consommées, et entretemps le ministre Erdan sera probablement passé à autre chose, après quoi un.e autre ministre lui succèdera, qui voudra bien entendu imposer son propre plan, donner une meilleure définition de la “délégitimation”,  fixer des objectifs plus ambitieux, un calendrier plus audacieux…

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Et pendant que Erdan met en place ce plan de génie, il met son autre chapeau et  s’entend avec son collègue Dery pour expulser de Cisjordanie les militants de BDS ou pour les empêcher d’y entrer.

On ne voit pas bien en quoi expulser des militants de la Cisjordanie va frapper un grand coup contre BDS, puisque ce mouvement, par nature, agit hors d’Israël, déploie sa propagande sur les campus, dans les syndicats et les organisations religieuses,etc…” écrit Rosenberg. “On peut donc seulement supposer que la cible réelle d’Erdan ce n’est pas BDS mais les électeurs du Likoud, que la pensée que des ennemis d’Israël sont réexpédiés vers Londres ou San Francisco réconfortera.

Et il poursuit : “C’était la seule raison de faire de la publicité à ce plan idiot – et qui est encore plus stupide si il est rendu public, car cela fournit des munitions à ceux qui critiquent Israël et qui disent que la liberté d’expression y est supprimée.

La logique du gouvernement israélien dans cette affaire – s’il y en a une – échappe complètement à David Rosenberg, pour qui la seule menace réelle pour Israël – qui est très dépendant du commerce international – serait un boycott par les gouvernement étrangers et les entreprises. Rien de tel, selon lui, ne se profile à l’horizon.

Aussi déplaisant que ce soit de voir des paquets de jeunes gens moralisateurs dans la vingtaine, qui adoptent des résolutions pour condamner Israël en tant qu’État d’apartheid, cela ne deviendra un problème que quand un groupe d’administrateurs sexagénaires votera pour exclure les holdings israéliennes du portefeuille d’actions de leur université [1]. Aucun d’eux ne l’a fait”, affirme-t-il. 

Il s’étonne donc que la directrice du Ministère des “Affaires stratégiques” accorde apparemment tant d’attention à “ce qui se passe sur les campus et dans quelques autres endroits où Israël est persona non grata”, dans la mesure où selon lui “BDS retient beaucoup l’attention mais a peu de conséquences”.

Pourquoi diable le combat qui se déroule sur les campus et “d’autres bastions politiques des gauchistes” a-t-il capturé toute l’attention du gouvernement israélien ?  “[Le gouvernement] veut aller se coltiner avec les militants de base, les affronter dans une guerre en ligne et déterrer de la saleté pour la jeter sur eux. Tout cela est un gaspillage indigne et ridicule de temps et de fonds publics”, conclut-il en espérant que le gouvernement israélien laisse ce boulot à des groupes privés qui savent mieux y faire.

Étonnamment, Rosenberg ne relève pas que Sima Vaknin a mis l’accent, devant les députés, sur le caractère secret, clandestin, “sous les radars”, de la majeure partie de ce que font ses services, notamment à l’étranger.

 L.D.          


[1] manifestement Rosenberg fait référence à la situation aux États-Unis, où les université détiennent souvent d’importants portefeuilles d’actions.

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