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Le parlement israélien adopte une loi pour accélérer les démolitions : 50.000 maisons palestiniennes potentiellement menacées

Dans le jargon orwellien dont le pouvoir israélien s’est fait une spécialité, les maisons palestiniennes ou les pauvres abris de tôles et de toile qui abritent les familles de Bédouins dont fréquemment qualifiés de “structures illégales”.

Le parlement israélien a voté mercredi une loi destinée à renforcer les mesures contre “les constructions non autorisées”, c’est-à-dire à peu près tout ce que les Palestiniens peuvent ériger sur leur propre sol, puisque “l’État juif” leur refuse systématiquement les permis de bâtir qu’ils sollicitent et qu’il leur fait payer très cher.

Cette loi, adoptée par 44 voix contre 33, était portée par le Ministre de la Justice (!!), et bien entendu on n’y lit pas qu’elle vise spécifiquement la population arabe, mais en pratique personne n’est dupe, ce sont bien les communautés palestiniennes qui sont visées au premier chef.

Cette loi, baptisée “Loi Kaminitz”, porte de deux à trois ans d’emprisonnement la peine maximum encourue par quiconque construit sans permis, et elle réduit la liberté d’appréciation des juges dans les dossiers de ce type, tout en accroissant les pouvoirs du Ministère des Finances.

La loi n’entrera en application que dans six mois et ne s’appliquera pas aux constructions qui ont plus de deux ans.

Démolition de “structures illégales” dans la communauté palestinienne de Kafr Kana (Israël), en 2015. (Ph. Rami Shllush)

De manière assez inhabituelle, après le vote le Premier ministre Benjamin Netanyahou est monté à la tribune du parlement pour se réjouir bruyamment de l’adoption de ce texte, afin de souligner la volonté de son gouvernement d’agir plus brutalement encore à l’encontre des Palestiniens d’Israël, tout en affirmant qu’aucun gouvernement n’a jamais consenti autant d’efforts en leur faveur. Et comme le député Jamal Zahalka, élu de la “Joint List” arabe, protestait, il a été expulsé de force de l’hémicycle.

Au cours de la discussion du projet, un représentant du Likoud (le parti de Netanyahou) s’en était pris aux élus arabes à la Knesset, en affirmant qu’ils avaient choisi de “défendre ceux qui violent la loi [sur les constructions] au lieu de coopérer à l’avancement du texte”, parce que – disait-il – “leur fonction est à l’évidence de défendre les délinquants. Apparemment, dans leurs milieux, la délinquance est sanctifiée. Je n’ai pas vu un seul maire juif venir devant la commission [de la Knesset] pour prendre la défense des constructions illégales”.

Pour la bonne raison dans doute que les Juifs obtiennent en règle générale les permis qu’ils sollicitent, alors qu’ils sont refusés aux Arabes, ou du moins qu’il faut souvent plus de dix ans pour les obtenir, de sorte que les Palestiniens d’Israël n’ont d’autre choix que de construire sans permis. Ce qu’évidemment aucun membre du Likoud n’admettra jamais…

Le député Esawi Freige (Meretz, gauche) a d’ailleurs accusé les élus du Likoud et des partis de la coalition d’extrême-droite au pouvoir de “considérer le public arabe comme un punching ball”.

Selon lui, la nouvelle loi pourrait conduire à la démolition forcée de 50.000 maisons palestiniennes “illégales” dans les localités arabes d’Israël. Mais le député Benny Begin (Likoud) l’a accusé “d’exagérer”. Le chiffre de 50.000 émane pourtant d’un rapport de l’administration.

Avant l’adoption de cette loi, les autorités faisaient raser en moyenne 160 bâtiments par an, et émettaient 700 ordres de stopper des travaux de construction ou ordres de démolition.