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Le nouveau racisme en Israël – La persécution des immigrés africains en terre sainte

Depuis 2006, quelque 60.000 Africains sont arrivés en Israël en empruntant des pistes du désert du Sinaï, fuyant la pauvreté, les persécutions, les épurations ethniques ou les génocides. Puisque les camps de réfugiés en Afrique sont remplis et que l’Europe ferme ses portes aux demandeurs d’asile, Israël est devenu la meilleure option de remplacement, il est accessible par la voie des terres et il est présenté comme une démocratie développée. Mais, au lieu de leur fournir un havre sûr, Israël refuse à la fois de leur accorder le moindre avantage et leur refuse l’autorisation de travailler légalement pour subvenir à leurs besoins. Confrontés à la pauvreté et à l’exploitation, c’est un nouveau cauchemar qui les attendait.

Une vidéo de David Sheen et Max Blumenthal. Traduction des textes en français ci-dessous.


« Il n’est pas trop tard ! Nous pouvons entreprendre des actions demain ! Commencez par ramasser les infiltrants ! Nous n’avons pas besoin d’attendre la Cour suprême ! Ni d’attendre quoi que ce soit ! Qu’on les ramasse demain matin ! »

« Hors de chez moi, je ne vois que de la merde et du crachat, des psychopathes qui n’attendent que l’occasion de me tuer, on peut le voir dans leurs yeux ! Mais personne ne nous croit. ‘Vous êtes racistes !’ Nous sommes racistes parce que nous voulons sauvegarder nos vies et notre santé. Dans ce cas, je suis fière d’être raciste ! Et c’est notre droit, d’être racistes ! Si je suis raciste dans le but de préserver mon existence, j’en suis fière, dans ce cas ! »

Eli Yidhzi, Ministre de l’Intérieur (23 mai 2012)

Alors que les protestations faisaient rage dans les rues contre la présence de demandeurs d’asile en provenance d’Afrique, l’homme qui avait le pouvoir de statuer sur leur sort, le vice-Premier ministre Eli Yishai, réclamait leur expulsion : « S’ils me donnent tous les outils sans exception – et j’essaie de les avoir tous, et ce n’est pas facile –, en moins d’un an, il ne restera plus un seul infiltrant dans l’État d’Israël. »

Et quelques Israéliens isolés qui osaient protester, comme cette femme, se sont fait violemment prendre à partie :

Tu devrais avoir honte de toi-même ! Puisses-tu te faire violer ! Amen ! »
T’es mariée avec qui ? Avec un nègre ! Ouais ! T’as épousé un nègre ! Tous les deux, foutez le camp d’ici ! Dehors ! »
Elle n’a pas honte ! Tu devrais avoir honte de toi-même ! »
Retourne au Soudan et va sauver ton pays ! »
Je vais te foutre un piquet dans le cul ! Tu me dégoûtes ! »
Les infiltrants, retournez chez vous ! retournez chez vous ! »

Michael Ben-Ari, membre du Knesset de 2009 à 2013

Lors des rassemblements anti-africains que nous avons mentionnés, un personnage était partout, un membre de la Knesset appelé Michael Ben-Ari. En août 2012, nous l’avions interviewé dans son bureau à la Knesset :

« Ils ont un foyer là-bas ! Comment pouvez-vous appeler cela une expulsion ? Ils rentrent chez eux ! Chaque pays civilisé dans le monde ferait pareil ! Nous allons devenir un pays d’immigrés ! Mais il y a ceux qui sont hostiles à l’État et, de ce fait, ils veulent en faire un État des peuples du monde entier. Nous allons amener un million d’Africains, un demi-million de Philippines, deux à trois millions de Chinois et c’en sera terminé d’Israël ! »

Question. Pourquoi est-ce une menace s’il devait y avoir un autre million d’Africains ici ?

« C’est une menace parce que ce ne sera plus un État juif. Notre État, vous savez, notre pays est différent des autres pays. Notre pays est un État juif. Un État juif et démocratique. C’est un équilibre très délicat. Dans certains cas, les deux se contredisent. Si vous amenez un million d’Africains, l’État ne sera plus juif. Nous menons la guerre contre le phénomène de l’assimilation. Dans certaines parties du monde, il y a des taux d’assimilation de 70 à 80 pour 100. Cela signifie qu’Israël n’existera bientôt plus. Pour moi, Israël est très cher. »

« Jaffa aux Juifs ! »

Ben-Ari est bien connu pour diriger des marches nationalistes sur les quartiers arabes en Israël même, où il défie, intimide et menace les citoyens arabes.

Rassemblement anti-africain à Tel-Aviv, 10 décembre 2012.

Lors de la fête de la Hanoucca, Ben-Ari dirigeait un rassemblement à Lewinsky Park, un espace public dans la banlieue sud de Tel-Aviv, qui est devenu le refuge de nombreux Africains à qui on a refusé des permis de travail et la possibilité d’avoir un logement.

« Nous le dirons à tous les hypocrites ici : Vous voulez aider les Africains ? Allez en Afrique ! Vous voulez leur donner à manger ? Donnez-leur à manger en Afrique. C’est le seul État juif que nous ayons ! »

Rassemblement anti-africain à Tel-Aviv, 23 mai 2012

Plus tôt cette année, lors d’un rassemblement anti-africain à Tel-Aviv auquel participaient des milliers de personnes, Ben-Ari a été rejoint par un autre membre du parti Likoud au pouvoir ainsi que par d’autres figures politiques connus.

Le chef de file de la coalition, Yariv Levin
: « Ici, ce n’est ni l’Érythrée ni le Soudan, C’est chez nous, c’est notre pays ! »
Le vice-ministre de la Défense Danny Danon
: « Mais la chose la plus importante, c’est de chasser les infiltrants du pays et de protéger Israël en tant qu’État juif ! »
La présidente de la Commission de l’Intérieur Miri Regev : « Mes amis, aujourd’hui, à la Knesset, j’ai dit : ‘Les Soudanais, sont un cancer dans notre corps !’»

Emeute raciale anti-africaine à Tel-Aviv, le 23 mai 2012.

Quelques minutes après la manifestation, un millier d’Israéliens se sont lancés dans un raid, attaquant des maisons et des commerces africains, insultant tout Africain qu’ils trouvaient dans la rue. Voici un extrait d’une prise de vue réalisée par l’un des participants au raid, un partisan de Michael Ben-Ari.

Quelques jours plus tard, Yulia Shmuelov-Berkowitz, à l’époque législatrice du parti centriste d’opposition Kadima, lançait un appel pour que les Israéliens défendant les Africains soient jetés en prison en compagnie des demandeurs d’asile.

« Je les enverrais (les Israéliens qui aident les Africains) dans les mêmes camps que ceux que nous construisons actuellement pour eux (pour les Africains). Qu’on les fasse travailler là-bas ! »

Le conseiller de la ville de Tel-Aviv, Benjamin Babayof
: « Ils dégagent de mauvaises odeurs et sont susceptibles de provoquer toutes sortes de maladies. »

Vice-ministre de la Défense Dany Danon
: « Un Etat ennemi d’infiltration s’est établi en Israël. »

L’ancien ministre de l’Intérieur Eli Yishai
: « Ils chassent les citoyens israéliens. »

Selon  la coalition israélienne contre le racisme, les incidents d’incitations racistes de la part de personnages publics israéliens ont doublé en 2012. Dans de nombreux cas, les cibles de leurs invectives n’étaient pas les Palestiniens, mais les immigrés africains.

L’édit rabbinique interdisant de louer à des non-Juifs (1er décembre 2010).

Figures de proue parmi ceux qui ciblent la présence des Africains en Israël, il y a un noyau de quelques centaines de rabbins nommés par l’État, dont certaines des principales autorités religieuses d’Israël, qui ont publié une lettre interdisant aux Juifs de louer des appartements aux demandeurs d’asile africains et à tous les autres non-Juifs.

« Chassez tous les habitants du pays et détruisez toutes leurs statues et détruisez toutes leurs images et détruisez tous leurs autels. »

Voici le rabbin que nous avons filmé, l’un parmi les nombreux autres qui font la promotion de l’édit religieux.

À Sderot, le rabbin Ariel Bareli. 19 mars 2013.

« Nous avons lancé un mouvement ici pour convaincre les gens de ne pas leur louer des appartements. Nous avons fait pression sur les gens de diverses façons, nous avons parlé aux gens dans notre communauté et nous avons effectué des patrouilles, pour essayer de leur rendre les choses plus difficiles. »

Rassemblement pour les droits des réfugiés africains à Tel-Aviv. 10 juin 2012.

Décrire cela comme une menace existentielle, signifie de fait que les Africains en Israël ne posent aucune menace connue pour la sécurité du pays. Aucun d’entre eux ne s’est engagé dans des actes de terrorisme contre Israël et très peu, voire pas du tout, ont défendu des opinions hostiles à Israël. La plupart sont désireux de contribuer à la prospérité et au bien-être du pays. Dans ce cas, pourquoi les diabolise-t-on ? Et pourquoi le gouvernement est-il si empressé à vouloir les déporter ?

Rassemblement pour les droits des réfugiés africains à Tel-Aviv. 14 octobre 2012.

Le Premier ministre Netanyahu a fait une mise en garde précédemment, disant que si le taux de citoyens arabes en Israël dépassait 30 % de la population générale, Israël pourrait devenir un État binational et qu’il perdrait son caractère juif. Avec des dizaines de milliers d’immigrés africains non juifs vivant en Israël déjà en 2010, le Premier ministre Netanyahu a mis en garde contre le fait que cela augmentait la menace imminente contre le caractère juif de l’État.

« Nous sommes parvenus à mettre un terme à l’entrée des infiltrants d’Afrique en Israël quand nous étions sous la menace de l’arrivée de centaines de milliers d’entre eux. Ce mois-ci, pas un seul infiltrant n’est entrée dans les villes d’Israël. Depuis plusieurs mois, aujourd’hui, nous réalisons ce résultat. Ce mois-ci, nous achèverons la construction de la clôture le long de la frontière du Sinaï. Et maintenant, nous passons à la seconde phase. C’est la phase du renvoie des infiltrants qui sont déjà ici. »


Vote à la Knesset de la Loi contre l’infiltration. 10 janvier 2012.

La Knesset a déjà amendé la Loi sur l’infiltration approuvée en 1954 et qui empêchait les réfugiés palestiniens de retourner dans leur propriété. Sous la nouvelle loi de prévention de l’infiltration, les immigrés non juifs peuvent être arrêtés à vue et détenus en prison sans jugement pendant trois ans et plus, avant d’être déportés.

Prison de Saharonim, désert du Néguev, Israël.

Pour détenir les immigrés et les demandeurs d’asile avant de les déporter, le gouvernement israélien a construit des « centres d’hébergement » dans le désert du Néguev. Des vues du centre révèlent qu’en fait, il s’agira de la plus grande prison de ce genre jamais vue dans un pays industrialisé. Actuellement, quelque 2000 Africains croupissent dans ce centre de détention, dans ce que les groupes des droits de l’homme décrivent comme des conditions en dessous des normes. La prise de vue que nous montrons en dehors de la prison montre les très grandes dimensions de l’endroit. Jamais le public normal n’a pu voir au complet l’intérieur du camp de détention.

Rassemblement anti-africain à Tel-Aviv. 21 décembre 2012.

Tant que le gouvernement israélien ne sera pas à même de résoudre la crise, le chaos se poursuivra dans les rues. La veille de Noël, l’an dernier, nous avons suivi une foule d’ultranationalistes qui marchaient vers le sud de Tel-Aviv, réclamant l’expulsion des Africains non juifs.

« Sortez de mon pays ! Les Soudanais au Soudan ! Rentrez chez vous ! Sortez de mon pays ! Retournez au Soudan ! C’est mon pays ! C’est chez moi, ici ! Je suis né ici ! Allez-vous-en d’ici ! »

Après la marche, les ultranationalistes se sont rassemblés au quartier général du puissant parti israélien de Michael Ben-Ari. Et c’est alors que nous avons été reconnus : nous étions des journalistes de gauche.

« C’est celui-ci ! Il faut arrêter sa caméra. Rappelons-nous de quoi il a l’air, parce que, parfois, lors des protestations, ils se ressemblent tous. Qui est-il ? Il est de la gauche radicale. Et pourquoi est-il planté là comme un idiot ? En fait, il a fini de filmer ? Pourquoi restes-tu planté là comme un idiot avec ta tronche d’imbécile ? »

Max Blumenthal.
« Goliath. Life and Loathing in Greater Israel » (Goliath. La vie et l’horreur dans le Grand Israël) (son dernier ouvrage, publié seulement en anglais)


Vidéo : David Sheen & Max Blumenthal.
Musique : extraits de « White Dog », par Ennio Morricone.

Transcription et traduction : Plate-forme Charleroi-Palestine

 

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