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Le nouveau conseiller à la sécurité nationale de Trump prêchait pour une “solution à 3 États” [+MàJ]

Le président des États-Unis a annoncé sur Twitter le limogeage de son conseiller à la sécurité nationale, H. R. McMaster, et son remplacement par John Bolton, qui fut ambassadeur aux Nations Unies durant la présidence de George W. Bush, partisan d’une ligne diplomatique dure et belliqueuse (partisan notamment de la guerre contre la Corée du Nord).

Bolton, qui fut un critique virulent de l’administration Obama, a jadis écrit à propos du conflit israélo-palestinien que “la solution à deux États est morte”, et il préconisait que la Bande de Gaza soit annexée à l’Égypte et que la Cisjordanie soit annexée par la Jordanie. Il a aussi, au fil du temps, multiplié les propos agressifs envers l’Iran. Comme Trump, il avait soutenu l’invasion de l’Irak en 2003. 

Le processus de paix au Moyen-Orient a longtemps besoin de clarté et d’une dose de concret, et Trump l’a fait en prenant la décision de transférer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem”, avait tweeté Bolton après la décision de Trump .

Pour des raisons empiriques, la solution à deux États est morte”, a déclaré J. Bolton au site d’extrême-droite Breitbart lors de la tentative de l’administration Obama de relancer les pourparlers de paix entre Israël et les Palestiniens. Il se prononçait pour une “solution à trois États” dans laquelle la Bande de Gaza serait donnée à l’Égypte, et la Cisjordanie reviendrait à la Jordanie.

«Aussi longtemps que l’objectif diplomatique de Washington sera la “solution à deux Etats” la contradiction fondamentale entre cette aspiration et la réalité sur le terrain fera en sorte qu’elle ne se réalise jamais», écrivait-il. «La seule logique qui sous-tend la demande d’un Etat palestinien est l’impératif politique des adversaires d’Israël d’affaiblir et d’encercler l’Etat juif».

[MàJ] La “Jewish Telegraphic Agency” (JTA) rappelle (avec le renfort de l’agence Reuters) que John Bolton a été l’artisan, alors qu’il était l’assistant du Secrétaire d’État sous la présidence de George H.W. Bush (le père de l’autre), du vote en 1991 par l’A.G. de l’ONU par lequel elle a annulé sa précédente résolution de 1975 qui qualifiait le sionisme de racisme. Cela se situait dans une période de chaos en Europe, résultant de l’effondrement de l’URSS, et Bolton avait exercé un chantage : les pays qui ne voteraient pas pour annuler la résolution de 1975 ne pourraient plus espérer aucune aide économique des États-Unis. […]

JTA trappelle que les organisations pro-israéliennes aux États-Unis approuvent rarement un candidat qui a besoin de la confirmation du Sénat 1, et que l’AIPAC ne le fait jamais. Mais le rôle de Bolton dans l’annulation de la résolution de l’ONU qualifiant le sionisme de racisme en fait peut-être l’exception la plus remarquable à cette règle.

La Conférence des présidents des principales organisations juives américaines a discrètement encouragé ses membres à appuyer la nomination de Bolton. “John Bolton fut un représentant important et très efficace des États-Unis aux Nations Unies et a toujours été un ardent défenseur sur les questions qui intéressent la communauté pro-israélienne”, a déclaré Josh Block, porte-parole de l’AIPAC à l’époque.

LES DERNIERS DOUTES SONT LEVÉS :
LA PLACE D’ISRAËL DANS LE MONDE EST À L’EXTRÊME-DROITE (Haaretz)

Dans Haaretz, Chemi Shalev commente ainsi la nomination de John Bolton :

«Israël espère que Bolton remettra ses ennemis à leur place, tandis que le monde est plutôt affolé aujourd’hui par une tension et l’imminence d’une guerre. Israël voit Bolton comme Gary Cooper dans “Le train sifflera trois fois”, venu pour descendre les méchants, mais pour la majeure partie du monde, il est le Dr Folamour 2 avec une bouffée d’Apocalypse Now 3 . Mieux que toute autre chose, les festivités qui dans la coalition de Benjamin Netanyahou on éclaté en l’honneur de la nomination de Bolton soulignent la place d’Israël à l’extrême droite de l’éventail politique mondial.

Bolton a des liens anciens et profonds avec de nombreux politiciens et officiels israéliens. Bolton est un «vrai ami», a déclaré la ministre de la justice Ayelet Shaked, qui compte qu’il soutien­dra incondition­nellement les rêves et les délires de son camp, contrairement aux nudniks 4 comme Barack Obama et aux Européens qui osent suggérer de temps en temps une cure de désintoxication. Netanyahou peut être satisfait, mais il devrait être plus prudent : la nomination de Bolton rendra plus difficile pour lui de résister aux demandes de ses partenaires de coalition en se retranchant derrière l’excuse que les États-Unis s’y opposent. La nomination de Bolton renforce le bloc évangélique-messianique de droite dans les deux pays, auquel Netanyahou se raconte encore à lui-même qu’il n’appartient pas.»

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Notes   [ + ]

1. La nomination de Bolton ne requiert aucune approbation par le Sénat, car la fonction de Conseiller à la sécurité nationale est un poste relevant uniquement de la Maison Blanche – NDLR
2. Personnage du film éponyme de Stanley Kubrick, sorti en 1964 en pleine “guerre froide” – NDLR
3. Film de Francis Ford Coppola, consacré à la guerre du Vietnam, sorti en 1979 – NDLR
4. Personne ennuyeuse ou nuisible, en argot US – NDLR