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Le Mouvement des jeunes Palestiniens à propos de la lutte des Palestiniens au Liban

En bas de l’article : vidéo du rassemblement à Bruxelles le 31/7/2019

 

Nous, du Mouvement des jeunes Palestiniens, sommes solidaires avec les réfugiés palestiniens du Liban qui manifestent pour leur droit à vivre et à travailler dans la dignité ! Depuis le 17 juillet 2019, les réfugiés palestiniens descendent dans les rues pour manifester contre la répression du ministère libanais du Travail visant à « limiter la main-d’œuvre étrangère ». En effet, ce ministère a interdit à tous les réfugiés palestiniens et syriens de travailler sans permis de travail. Il a ordonné aux autorités d’effectuer de descentes dans les magasins, boutiques, usines, ateliers et zonings industriels afin de faire en sorte qu’on n’y trouve pas ce qu’on appelle des « travailleurs étrangers illégaux ».

Rassemblement le 31 juillet à Bruxelles, organisé par la Communauté palestinienne, en soutien aux réfugiés palestiniens en lutte au Liban pour leurs droits (Photo : Mahmoud Alsaadi)

La décision récente du ministère fait partie de l’attaque en cours contre la dignité fondamentale et le gagne-pain des travailleurs palestiniens. Depuis plus de 70 ans, le gouvernement libanais marginalise et harcèle les réfugiés palestiniens au Liban. Les lois préexistantes interdisaient déjà aux Palestiniens les emplois dans certains secteurs. Aujourd’hui, cette politique va coûter aux Palestiniens et aux Syriens des millions de livres libanaises afin qu’ils puissent obtenir un permis de travail. Ces attaques contre l’indépendance économique des réfugiés palestiniens complètent des agendas encouragés par les Etats-Unis, tel le « deal du siècle ». En imposant aux étrangers l’obtention d’un permis de travail, cette loi tente de réduire le statut des Palestiniens de « réfugiés » à « étrangers » et ce, dans le contexte élargi des tentatives en vue de faire disparaître les Palestiniens en tant que groupe de réfugiés aux droits incontestables. Cette répression fait partie d’une attaque systématique en cours contre la volonté politique des réfugiés palestiniens de se mobiliser pour leurs droits civils et nationaux, au sein desquels le Droit au Retour occupe une position centrale.

Toutefois, les Palestiniens des camps du Liban ont refusé d’accepter ces conditions. Les travailleurs palestiniens de Rashidieh, Bourj El Shamali, Bourj Al Barajneh, Beddawi, Ein El Hilweh, et autres camps de réfugiés ont répondu en lançant une grève générale. En se mettant en grève, les Palestiniens ont repris leur force de travail et ont fermé leurs marchés, se privant ainsi de leur seule source de revenu pour envoyer un message et faire comprendre clairement l’importance de leur contribution à l’économie libanaise. Leurs soulèvements populaires reflètent l’état permanent de racisme et de harcèlement auquel ils sont confrontés au Liban. Leurs grèves démontrent leur résilience et leur détermination face aux attaques incessantes contre leur dignité et leur gagne-pain. En tant que jeunes Palestiniens en exil, nous applaudissons à leurs efforts et nous réaffirmons leurs revendications en faveur du droit au travail, de la fin de la discrimination et de la garantie de leur statut légal.

Nous ne pouvons isoler l’expérience palestinienne au Liban de celle des Syriens et des émigrés réfugiés et travailleurs au Liban et dans le monde. Le ministère a prétendu que la mesure visait les travailleurs syriens mais elle s’est étendue aux Palestiniens, du fait que leurs lieux et circonstances de travail au Liban sont indissociablement liés. Les Syriens qui se sont réfugiés au Liban depuis les soulèvements de 2011, se voient interdire de travailler au Liban sans permis de travail. Ils sont confrontés à l’exploitation salariale, à un environnement de travail déplorable et à la menace constante d’être expulsés et renvoyés en Syrie. Nous ne pouvons soutenir l’aspiration palestinienne au droit au travail et à une vie dans la dignité sans appuyer l’aspiration des Syriens aux mêmes conditions légitimes, car les deux peuples ont l’un et l’autre les cibles et les boucs émissaires des mesures répressives de l’Etat libanais.

Mustapha Awad à l’action le 31 juillet à Bruxelles (Photo : Mahmoud Alsaadi)

Nous ne pouvons ignorer les conditions abusives et l’exploitation que les travailleurs immigrés, qu’ils soient d’Ethiopie ou des Philippines, du Népal ou du Sri Lanka, subissent au Liban, tout en vivant dans la crainte de la déportation. Ces expériences et ces mesures mettent en évidence l’interconnexion entre les réfugiés et les immigrés et leurs luttes pour la sécurité, un salaire décent et l’accès à un emploi équitable et à une existence digne.

Nous rejetons la décision du gouvernement libanais et nous demandons que son ministère du Travail restaure et affirme les droits des travailleurs palestiniens, syriens et de tous les autres travailleurs réfugiés et immigrés. Nous appelons à l’unité avec le peuple libanais dans une lutte commune pour vivre dans la dignité et dans l’autodétermination. En tant que jeunes Palestiniens aux Etats-Unis, nous rejetons le « deal du siècle » et tous les efforts américains pour nous refuser notre Droit au Retour. Comme nos frères et sœurs palestiniens et syriens au Liban et dans le monde, nous restons fermement déterminés à retourner un jour dans notre patrie. Les grèves au Liban et l’actuelle Grande Marche du Retour ne font que confirmer ce que nous savons déjà – que notre lutte est une lutte pour le Retour et que notre Retour en Palestine sera dirigé à partir des camps.

Nous répétons cet appel aux gens en Palestine occupée, dans les nations arabes, en Europe et dans le monde entier afin qu’ils se mobilisent pour soutenir les revendications des Palestiniens au Liban. A ceux qui vivent aux Etats-Unis, nous demandons d’exercer des pressions sur l’ambassade et les consulats du Liban en leur adressant des appels téléphoniques, des lettres et en organisant des actions publiques afin d’exprimer votre indignation et de réclamer le retrait de cette décision injuste.

Jusqu’au Retour et à la Libération,

Le Mouvement des jeunes Palestiniens


Publié le 24/7/2019  sur Palestinian Youth Movement
Traduction : Jean-Marie Flémal

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