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Le Mossad pourrait-il entraîner ouvertement des milices juives dans les pays européens ?

La lecture de la notice que Wikipedia consacre au Mossad vous a peut-être donné à penser qu’il s’agit d’une des branches des services spéciaux de l’État d’Israël ? Vous n’y êtes pas du tout !

Le Mossad, de son vrai nom « 

      Ha-Mosad le-Modi'in u-le-Tafkidim Meyuhadim
 » est un service secret au service des juifs du monde entier !  A qui, soit dit en passant, on n’a pas demandé leur avis.  Vous êtes Belge, ou Français ET juif (le cas échéant athée, et pourquoi pas non-sioniste, voire anti-sioniste ?)… Et bien sachez que vous avez un service secret bien à vous, rien qu’à vous.

Et, dans Haaretz, Yossi Melman (un spécialiste des affaires militaires et des services de renseignement) explique pourquoi c’est ainsi, et surtout pourquoi il ne faut rien y changer. D’aucuns, explique-t-il, ont plaidé pour la suppression de deux services dépendant du Mossad qui ont été créés d’une part pour “superviser l’immigration en provenance de la Diaspora” et d’autre part pour “protéger les Juifs dans le monde”, mais il n’en sera rien.

« Depuis le 11 septembre 2001, des tentatives d’attentat ont été dirigées sur des synagogues à Istanbul et dans l’île de Djerba en Tunisie, sur des institutions juives et des biens au Maroc, et sur un certain nombre de centres communau­taires aux États-Unis, y compris à New York – et ce n’est qu’une liste partielle des incidents les plus graves et les mieux connus », écrit-il. « Les services de renseignement israéliens se sont toujours considérés comme responsables, non seulement pour la sécurité des citoyens israéliens, mais aussi pour celle des communautés juives à l’étranger. Cette doctrine du “service secret du peuple juif” remonte à la création du Mossad Le’Aliyah Bet, une branche de la Haganah clandestine qui introduisait [en Palestine] des immigrants illégaux juifs au nez et à la barbe des autorités mandataires britanniques [1], et est restée en vigueur après la création de l’État [d’Israël] ».

« Les deux unités ont été désignés comme les successeurs du Mossad Le’Aliyah Bet, qui a été dissous en 1952. La plus secrète des deux était l’unité du Mossad Bitzur, chargée de superviser l’immigration de Juifs en provenance de pays où leur vie était en danger ainsi que la protection des communautés juives de la Diaspora. L’autre, Nativ, a encouragé l’immigration [des juifs] de l’Union soviétique et d’Europe, et après la chute du rideau de fer a été chargée de délivrer les visas d’immigration, de la création de centres culturels et du suivi de toutes les manifestations de l’antisémitisme.

Au fil des ans, les deux unités ont reçu une aide des organisations de défense juive, en particulier l’American Jewish Joint Distribution Committee. La relation entre l’organisation américaine et la communauté du renseignement en Israël avait commencé avant même la création de l’Etat [d’Israël] (…) »

Yossi Melman se garde bien de rappeler qu’à l’époque où se développait une intense campagne de propagande contre l’U.R.S.S. pour qu’elle autorise l’émigration de « ses » juifs, l’essentiel des efforts d’Israël et des organisations sionistes était consacré à ce que surtout ils n’émigrent pas vers les pays où ils souhaitaient pour la plupart aller, mais qu’ils soient envoyés, bon gré mal gré, en Israël et nulle par ailleurs.

Dans « La Revue Nouvelle » de janvier 1981, sous le titre «Israël, terre d’asile ou dépotoir ? » [2] Marcel Liebman écrivait :

« A la fin du mois d’octobre dernier [1980], une conférence consacrée au sort des Juifs soviétiques se tenait à Copenhague où fut, une fois encore, discuté le problème des dropouts. Les dropout (littéralement : “les déchets”) ce sont ce nombre croissant de Juifs qui quittent l’union soviétique et qui, malgré les accords conclus, refusent de se rendre en Israël.  Il n’est pas inutile de revenir sur la conférence réunie dans la capitale danoise. Ni de relever une résolution qui y fut votée et qui présente le départ de Juifs soviétiques vers des pays autre qu’Israël comme contraire à la “justification morale unique du droit des Juifs à quitter l’Union Soviétique”.

Extraordinaire argumentation de la part d’organisations – l’Agence Juive par exemple, annexe de l’État d’Israël – qui ont toujours présenté le droit des Juifs d’Union Soviétique à émigrer comme un cas particulier des droits de l’Homme et les obstacles dressés par les autorités comme une violation de ces mêmes droits. “Let my people go !”. C’est sous ce slogan pathétique qu’on a mobilisé l’opinion mondiale. Or, la résolution votée à Copenhague reconnaît qu’il y a, dans cette affaire, non pas un droit à la libre circulation, mais un devoir à un certain type d’émigration, celle quasi-obligatoirement dirigée vers Israël. Que devient la liberté dans tout cela ?

La question est d’autant plus pertinente que les autorités israéliennes ont multiplié ces derniers temps les interventions auprès du gouvernement américain pour l’inciter à empêcher l’entrée aux États-Unis de Juifs en provenance d’U.R.S.S. M. Begin [3] a fait une série de démarches personnelles dans ce sens, et une vive pression a été exercée sur les organisations de solidarité judéo-américaines comme le Joint et l’Hias. Ce qu’on leur demande, c’est de contribuer à la canalisation des réfugiés juifs soviétiques vers Israël. (…)

[Les émigrés juifs] qui persistent dans leur refus de se rendre en Israël seront, selon l’aveu d’un hebdomadaire sioniste bruxelllois “abandonnés sans aucune aide des organisations internationales juives”. » [4]

Or, la grande majorité – 75% environ selon une étude citée par Marcel Liebman – des juifs d’U.R.S.S. candidats au départ ne souhaitaient pas aller en Israël, préférant de loin les États-Unis, et plus encore “un sondage d’opinion montrait que 75% des juifs venant d’URSS et qui vivent aujourd’hui aux États-Unis auraient choisi de rester en Union Soviétique si leur seul lieu d’émigration possible avait été Israël ”.

Voilà, écrivait fort justement Marcel Liebman, « un démenti vivant de la prétention idéologique des sionistes lorsqu’ils présentent leur mouvement comme la preuve de la volonté d’émancipation nationale du peuple juif. Car voilà des masses importantes de juifs qui, lorsqu’ils peuvent quitter le pays où ils vivent, ne souhaitent nullement se rendre dans la patrie qu’on leur propose et vers laquelle on les pousse, mais préfèrent rejoindre le “paradis américain”».

Les branches Mossad Bitzur et Nativ du Mossad avaient donc pour mission non pas tant ou en tous cas pas seulement, comme l’écrit Yossi Melman, d’assurer la protection de communautés juives de la diaspora en butte à des persécutions – réelles ou fantasmées à des fins de propagande – que de contraindre autant que possible les juifs attirés par des perspectives de vie plus confortable à émigrer vers Israël, qu’ils le veuillent ou non.

Mais, doit admettre Yossi Melman, il y a eu dans l’histoire récente, un changement spectaculaire : rares sont encore les pays qui mettent encore des entraves au départ des juifs qui y vivent. Et – oh surprise ! – on constate que dans leur très grande majorité ceux-ci n’émigrent pas (et quand ils le font, ce n’est toujours pas en majorité vers Israël).

De sorte, que – écrit-il –  Bitzur et Nativ ont au cours des dernières années eu bien du mal à déterminer en quoi consiste leur mission, et que d’aucuns, jusque dans les hautes sphères israéliennes, ont préconisé leur dissolution.

Mais selon Yossi Melman, la branche Nativ a un “ange gardien” : Avigdor Lieberman, qui s’en sert comme instrument de propagande pro-immigration dans les pays qui composent aujourd’hui la “Communauté des États Indépendants” (sur le territoire de l’ex-URSS).

Quant à la branche Bitzur, les nouvelles menaces terroristes lui procurent à point nommé une cure de jouvence, et les projets ne manquent pas : il s’agirait par exemple d’organiser dans des pays comme la France ou la Russie des “cours d’auto-défense” comme – écrit Yossi Melman – Israël le fit dans les années 1950 “pour protéger les Juifs du Maroc, de Tunisie et d’Alger et dans les années 1960 en Amérique du Sud (principalement en Argentine et au Paraguay)”. Mais l’auteur admet que cette idée se heurte à quelques problèmes, car elle pourrait être vue par les pays concernés comme “une ingérence dans leur affaires internes”.

Des milices juives existent déjà, notamment en France, où sévit en toute impunité la soi-disant “Ligue de Défense Juive (LDJ)” ou le “BETAR”, qui se livrent régulièrement à des agressions, parfois jusqu’à l’intérieur même des Palais de Justice, comme le rapporte le site de la CAPJPO-Euro-Palestine , et à des intimidations contre les militants de la cause palestinienne.

On a vu récemment à l’ULB que les milieux sionistes belges ont eux aussi leurs “gros bras” notamment au sein d’un auto-proclamé “Bureau Exécutif de Surveillance Communautaire”, qui n’hésitent pas à menacer physiquement des journalistes et à proférer publiquement insultes et menaces de mort.

Faut-il par ailleurs rappeler le sanglant palmarès des tueurs du Mossad (on en trouvera ICI un abrégé) ?

Faut-il encore rappeler aussi que de nombreux intellectuels israéliens dénoncent, avec une angoisse chaque jour croissante devant la multiplication des initiatives liberticides et de plus en plus ouvertement racistes, la dérive de la soi-disant démocratie israélienne vers le fascisme (plus ou moins “soft” pour les juifs) ? Dans n’importe quel pays d’Europe, une bonne moitié des ministres du cabinet Netanyahou seraient unanimement qualifiés de fascistes, chacun le sait bien.

L’idée que le Mossad – qui leur assureraient entraînement para-militaire et financement – pourrait intervenir ouverte­ment dans la création et l’entretien de milices juives en Europe et ailleurs est donc dans l’air, en Israël et certainement dans ses innombrables officines.

A moins bien sûr qu’il ne s’agisse que de l’apparition publique fortuite, à la faveur d’un débat interne à Israël, d’un lien déjà bien établi, que les autorités des pays européens ont jusqu’ici préféré feindre d’ignorer. 

Faut-il rappeler que les milices privées sont interdites en Belgique ?

EN FRANCE, EN 1990 DEJA, UNE MILICE SUBVENTIONNEE PAR ISRAEL :  « … le premier qui dit un mot de travers, on cogne … »


Betar milice par Ali_La_Pointe


[1] Dès leur arrivée au pouvoir, en janvier 1933, les nazis ont mis en œuvre une politique visant à éliminer toute présence juive du Reich. Mais par “élimination” il fallait entendre émigration, volontaire ou forcée (et accompagnée de la confiscation de la totalité ou quasi-totalité des biens), et le régime hitlérien a clairement favorisé l’émigration des juifs allemands vers la Palestine (alors sous mandat britannique) de préférence à toute autre destination. Une politique qui s’est poursuivie jusqu’après le début de la deuxième guerre mondiale.
Une collaboration s’est établie dès 1933 entre les organisations sionistes allemandes et le régime nazi, qui avaient donc des intérêts convergents (quoique l’Allemagne nazie était opposée à la création d’un état juif, où que ce soit). L’occupant britannique ayant mis des restrictions à l’immigration juive en Palestine (qu’il a cependant, si on considère l’ensemble de la période du mandat britannique sur la Palestine, fortement favorisée), l’Allemagne nazie et le mouvement sioniste international ont activement coopéré pour les contourner.
Dans son ouvrage « Zionism and Anti-semitism in Nazi Germany » (Cambidge University Press – 2010), Francis R. Nicosia écrit (p. 272) : « Mossad agents were assigned to Berlin and Vienna in 1938 with instructions to establish a working relationship with the SD (Sicherheitsdienst) and the Gestapo in order to facilitate movement of Jews from central Europe to Palestine. Their task included coordinating transports from Greater Germany (mainly from Austria), selecting Jews willing to leave via the illegal route, and generally cooperating with the Nazi authorities without whom there could be no movement of Jews, legal or illegal, from Germany to Palestine (…) The SD and Gestapo had been generally receptive to the Mossad’s plans and initiatives from the beginning. (…) In 1939, the SD continued to pressure the Mossad to move larger number of Jews from the Reich, with Heydrich demanding that 400 Jews per week be prepared and sent off from Berlin alone ».
Francis R. Nicosia
note aussi (p. 264) que « it seems clear in much of his correspondence with the Foreign Ministry and other state agencies in 1939 and 1940 thaht the SS was still focused on emigration as the solution to the so-called Jewish question within the borders of the Greater German reich ».
[2] demandez à Souhail Chichah s’il oserait aujourd’hui utiliser un pareil titre…  Marcel Liebman, il est vrai, avait été obligé bien avant cela de faire protéger sa famille par la gendarmerie, dans le quartier tranquille d’Auderghem où il résidait, à la suite de menaces de mort sionistes.
[3] Menahem Begin, terroriste de l’Irgoun (il avait personnellement supervisé l’attentat contre l’Hôtel King David à Jérusalem, le 22 juillet 1946 – bilan : 91 morts, tous des civils – et était également un des responsable du massacre de la population civile de Deir Yassin), devenu premier ministre israélien à l’époque.
[4] Texte reproduit dans le recueil “Figures de l’antisémitisme” (p.195-197), publié aux Ed. Aden (sous la direction de Jean Vogel).

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