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Le ministre israélien des “Affaires stratégiques” et de la propagande compare BDS au nazisme

Le Ministre israélien des “Affaires stratégiques” et de la propagande, l’inénarrable Gilad Erdan, a déclaré mardi que la campagne BDS – Boycott, Désinvestissements, Sanctions – ne représente “aucune menace” pour l’économie israélienne.  «D’un point de vue économique, le soi-disant mouvement BDS est un échec», a déclaré Erdan, devant une assemblée d’investisseurs appartenant aux “Chrétiens évangéliques” à Tel Aviv 1.

«Les investissements directs étrangers en Israël continuent d’augmenter, notre “rating” de crédit est à son plus haut niveau, nous avons plus de startups par habitant que tout autre pays et, le mois dernier, nous avons eu un nombre record de touristes», a-t-il ajouté, sans juger bon d’expliquer pourquoi dans ces conditions il dirige une véritable machine de guerre anti-BDS qui engloutit des dizaines de millions de dollars pour lutter contre un adversaire selon lui négligeable, et a recours aux méthodes les plus condamnables.

En 1933, le American Jewish Congress avait lancé un appel au boycott des produits en provenance d’Allemagne, où le régime nazi se livrait à des persécutions contre les Juifs.

Dans le même souffle, Erdan a poursuivi en comparant ceux qui soutiennent la campagne BDS à ceux qui pratiquaient le boycott des commerces juifs dans l’Allemagne nazie avec l’intention d’exterminer tous les Juifs. «Tout comme le parti nazi appelait au boycott des entreprises juives comme une première étape dans leurs plans pour éliminer le peuple juif, la campagne du BDS appelle au boycott de l’État juif comme moyen de l’effacer de la carte», affirme Erdan, avec la subtilité historique caractéristique des propagandistes sionistes.

Pour mémoire, BDS exige d’Israël le respect le droit international, des décisions du Conseil de sécurité de l’ONU et des principes universels des droits humains. Erdan proclame donc, en substance et si on le comprend bien, que l’existence même d’Israël serait incompatible avec le respect des règles de base de la civilisation… 

Les mouvements juifs aux États-Unis proclamaient même avoir “déclaré la guerre” à l’Allemagne…

Erdan, a rapporté Haaretz, a ensuite cité «Mein Kampf» : « Comme l’a expliqué Adolf Hitler dans son livre, si vous répétez un grand mensonge assez longtemps, les gens en finiront par y croire. Le grand mensonge que Hitler a répété était que les Juifs étaient responsables de tous les problèmes de l’Allemagne. Le grand mensonge que le mouvement BDS répète est que l’Etat juif est responsable de tous les problèmes du Moyen-Orient, voire de tous les pays du monde ». Et il n’a évidemment donné aucun exemple d’une pareille affirmation émanant de BDS, et pour cause puisque son affirmation est elle-même un mensonge absolu, qu’il répète et répète encore, observant donc à la lettre les recettes hitlériennes en matière de propagande.

Gilad Erdan a encore expliqué à son auditoire que les seules victimes du boycott sont … les Palestiniens, qui risquent de perdre leur emploi dans ce qu’il a qualifié de “zones industrielles conjointes israélo-palestiniennes”, qu’il décrit comme “des ilôts de coexistence” (dans lesquelles des entreprises appartenant à des Israéliens ont besoin d’une main-d’œuvre bon marché).

Ce pseudo-argument est bien connu. Les propagandistes israéliens ne se privent pas de souligner que des entreprises israéliennes « créent de l’emploi » en Cisjordanie et « participent au développement de l’économie palestinienne ». L’affirmation est, à 90%, mensongère.

Globalement, l’occupation israé­lienne est organisée pour limiter étroite­ment le développement de l’économie palestinienne afin qu’elle n’entre en aucune manière en concurrence avec les entreprises israéliennes, pour qui les territoires occupés constituent un marché captif important.

Mais dès qu’il s’agit de BDS, c’est fou la sollicitude que des Israéliens sont capables de manifester pour le sort des pauvres Palestiniens qu’ils occupent militaire­ment, oppriment quotidiennement, sur qui leurs soldats n’hésitent pas à ouvrir le feu au moindre prétexte (et parfois sans prétexte) et qu’ils emprisonnent par milliers depuis des décennies !

Si des entreprises israélien­nes « créent de l’emploi », c’est essentiellement pour exploiter, et même surexploiter, une main d’œuvre bon marché et privée de la majorité des droits des travailleurs dans les sociétés développées. Mieux : les emplo­yeurs israéliens peuvent compter sur la police israélienne pour empêcher les travailleurs palestiniens de s’organiser pour défendre leurs droits élé­mentaires (Haaretz – 15 sept. 2014 : “Israel Police used to help Jewish employers to break strikes in West Bank”). Les « meneurs » palestiniens se voient tout simplement interdire d’entrer dans les zones industrielles et ne peuvent plus travailler du tout.

Dans bien des cas aussi, les entreprises israéliennes s’implantent en Cisjordanie pour échapper aux contraintes de la législation de protection de l’environnement en vigueur en Israël. Et elles ne se privent pas de polluer (parfois très gravement) la nature, de saccager les paysages, de nuire à la santé de la population locale, du moment que le profit est au rendez-vous.

Quant aux conséquences néfastes pour les travailleurs de la campagne BDS, il est vrai qu’elles peuvent exister à court terme, mais il faut se souvenir qu’aucun mouvement d’émancipation – qu’il s’agisse d’émancipation sociale ou d’émancipation nationale et de lutte contre le colonialisme – ne s’est jamais imposé sans comporter pour ceux qui le mènent des sacrifices, souvent douloureux, parfois sanglants. Que l’on songe aux luttes pour le Suffrage Universel dans les pays européens, y compris la Belgique au XIXème siècle.

Le combat des Palestiniens ne fait pas exception, mais on voit bien qu’en dépit de toutes les épreuves subies, depuis des dizaines d’années, ils ne sont pas prêts à se résigner, à se soumettre sans résister à la domination et à l’oppression israéliennes.

Le boycott est la forme de soutien la plus concrète que chacun d’entre nous peut, sans beaucoup d’efforts, apporter au peuple palestinien. C’est très important des points de vue symbolique, économique, politique et moral. Et c’est une forme d’action 100% non-violente.

Par ailleurs, le boycott des produits israéliens a lieu aussi à l’intérieur de la Palestine occupée, et il provoque une forte augmentation de la demande pour certains produits d’entreprises palestiniennes. Celles-ci pourront donc, à terme, compenser les éventuelles pertes d’emploi découlant de BDS, et le développement de l’économie locale ne peut qu’être profitable à la population palestinienne.

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Notes   [ + ]

1. Les dirigeants israéliens ont pour les “Chrétiens évangéliques” une affection toute particulière et en apparence réciproque, car ils figurent parmi les plus fervents partisans de Donald Trump. Des groupes de “Chrétiens évangéliques” venus principalement des États-Unis sont toujours plus nombreux à collaborer à la vie et au travail des colonies juives dans les territoires palestiniens occupés de Cisjordanie, qu’ils désignent – comme les autorités d’Israël – par le nom biblique de «Judée-Samarie». Ils entendent rester sur place pour témoigner de la grande prophétie biblique annonçant le retour de tous les Juifs en terre d’Israël, qui selon eux a commencé avec la proclamation d’ indépendance d’Israël en 1948, et préfigurant le retour du Messie, Jésus-Christ, et l’établissement du Royaume de Dieu sur Terre pendant mille ans. La paix, professent-ils, ne s’établira dans la région que quand tous les Juifs… se seront convertis au christianisme. Assez curieusement (?), les dirigeants israéliens ne voient aucune trace d’antisémitisme dans cet empressement à faire partir tous les Juifs du sol des États-Unis et à les convertir au christianisme… – NDLR