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Le ministre argentin des Affaires étrangères vivement critiqué en Israël… parce qu’il est juif

Selon la presse israélienne, le Ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman envisage d’ajourner la visite officielle en Israël que devait faire dans une semaine le ministre des Affaires étrangères de l’Argentine, Hector Timmerman.

Israël exige en effet des explication du gouvernement de Buenos Aires à propos de « révélations » d’un journal argentin, selon lequel un marché serait en cours de négociation avec l’Iran, aux termes duquel l’Argentine accepterait de « passer l’éponge » à propos de deux attentats à la bombe commis en 1992 et 1994, l’un contre un bâtiment de l’ambassade d’Israël et l’autre contre un centre communautaire juif. En échange, l’Argentine et l’Iran développeraient des échanges commerciaux plus importants qu’actuellement. Peut-être pas très reluisant sur le plan moral, mais de la « real politique » très classique en somme…

Jusqu’ici, le gouvernement de Buenos Aires et le ministre Hector Timmerman se refusent à tout commentaire.

Rien de franchement anormal dans l’irritation manifestée du côté israélien : dans la mesure où un bâtiment de son ambassade en Argentine avait été la cible d’un attentat, on peut admettre qu’Israël  se sente concerné et manifeste son mécontentement devant l’idée que la supposée implication de l’Iran dans cet attentat soit passée par « pertes et profits« .

Mais – pourquoi n’est-on pas surpris ? – on rappelle en Israël que « Timmerman est le premier ministre argentin des Affaires étrangères de l’histoire qui soit juif…« .

Le Jerusalem Post ajoute: « Timermman est le fils de Jacobo Timmerman, journaliste juif emprisonné et torturé durant la “Sale guerre”, en Argentine, de 1976 à 1983. Après sa libération, en 1979, Timmerman s’est installé en Israël, où il est devenu un redoutable critique de gauche. Il est reparti en Argentine en 1984 ».

Autrement dit, sa judéité rendrait le « deal » qui serait envisagé avec Téhéran plus indéfendable encore (sinon pourquoi en faire mention ?), et puisqu’il est « de gauche » et qu’en plus il a quitté Israël après y avoir vécu, c’est un traitre.

Autrement dit encore, sa judéité devrait conduire ce ministre de la République d’Argentine à agir autrement que s’il était catholique ou luthérien, ou baptiste ou athée, et à donner la priorité à ce qu’Israël considère comme convenable, conforme à ses intérêts, ou « bon pour les Juifs »…

Un ministre argentin appartenant à la communauté juive de son pays aurait donc vis-à-vis d’Israël un devoir de loyauté qui ne s’imposerait pas à un autre. Et le gouvernement israélien compterait donc, de la part d’un ministre étranger qui se trouve être juif, sur une “compréhension” particulière pour les intérêts israéliens, qui dans l’esprit du gouvernement de Tel Aviv se confondent évidemment avec ceux des Juifs dans leur ensemble.

Quiconque suggèrerait que les options politiques défendues par Hector Timmerman, ou par tout autre homme politique juif en Argentine ou ailleurs, sont peu ou prou dictées par d’autres intérêts que ceux du pays dont il est le représentant, et du peuple dont il tient son mandat, et qu’il est en fait, si peu que ce soit, au service d’intérêts israélien et/ou juifs, se ferait évidemment immédiatement traiter d’antisémite.

Et peut-être, probablement, serait-ce pour une fois à bon droit.

Mais Israël semble, en revanche, considérer avoir le droit d’attendre d’un juif appartenant à un gouvernement étranger qu’il se conforme en priorité à ce que, selon la conception très particulière qu’on s’en fait à Tel Aviv, devrait lui dicter son appartenance religieuse ou ethnique. Et cela ne suscitera aucune réprobation diplomatique particulière.

Mais, après tout, n’est-on pas habitué à ce qu’Israël ait tous les droits ? Y compris de défendre des conceptions typiquement antisémites, mais à rebours. Comme un gant qu’on a retourné : c’est toujours un gant; la boutade qui veut qu’un philosémite soit un antisémite qui aime les juifs trouve à la faveur de cet incident diplomatique une illustration assez frappante.

L.D.

 

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