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Le meurtre présumé par vengeance d’un adolescent palestinien suit une intense campagne d’incitation

Après des journées d’incitation incessante à la « vengeance » par les dirigeants israéliens et des foules israéliennes prêtes au lynchage criant « Mort aux Arabes », on craint que le pire ne se soit produit.

Le profond chagrin de la famille de Muhammad Abu Khudair, à Shuafat, Jérusalem, le 2 juillet 2014. Son corps brûlé a été retrouvé quelques heures après son enlèvement. (Saeed Qaq / APA images)

Le profond chagrin de la famille de Muhammad Abu Khudair, à Shuafat, Jérusalem, le 2 juillet 2014. Son corps brûlé a été retrouvé quelques heures après son enlèvement. (Saeed Qaq / APA images)

Alors qu’il se rendait à la prière de l’aube ce matin, à Jérusalem Est occupée, Muhammad Abu Khudair, 16 ans, a été kidnappé, a rapporté sa famille. Son corps affreusement brûlé a été retrouvé plus tard par la police dans une zone boisée et affirmativement identifié.

La police israélienne soupçonne que le crime pourrait avoir été commis en guise de représailles pour les meurtres des trois ados israéliens dont les corps ont été retrouvés lundi, en Cisjordanie occupée.

La radio de l’armée israélienne déclare que les médias israéliens sont sous le coup d’une obligation de silence leur interdisant de livrer des détails de l’enquête.

Pourtant, l’incitation à la violence contre les Palestiniens continue à se manifester chez les soldats, les hommes politiques et le public d’Israël.

Dans cette vidéo, la dernière de toute une série, on peut voir un groupe d’Israéliens parcourir les rues de Tel-Aviv, mardi soir, tout en chantant une chanson reprenant les paroles : « Donnez aux FDI [l’armée israélienne] la possibilité de vaincre et de baiser les Arabes » et « Je hais tous les Arabes ».

Manifestation raciste à Tel Aviv le 1er juillet 2014
Tal Sagie, l’abonnée de Facebook qui a posté la vidéo, a écrit que cette vision l’avait choquée et que la violence ne nourrissait que plus de violence encore. « Nous ne pouvons cesser de crier ‘Mort aux Arabes’ et nous demander pourquoi l’autre camp nous hait », a écrit Sagie.

On soupçonne un meurtre par vengeance

La cousine de Muhammad Abu Khudair a déclaré que « le jeune de 16 ans a été enlevé en pleine rue après avoir quitté sa maison dans le quartier arabe de Shuafat, à Jérusalem, pour se rendre à la prière du matin avec des amis », a rapporté Reuters.

« Quelqu’un s’est précipité dans la maison pour dire qu’un des garçons avait été traîné dans une camionnette blanche, de sorte que la mère (de Muhammad) a appelé la police », a déclaré Naïma, la cousine, aux gens de Reuters.

Quand la nouvelle s’est répandue dans le quartier, tôt le mercredi matin, avant même que les médias n’aient commencé à parler de l’enlèvement, des Palestiniens se sont rassemblés dans les rues de Shuafat.

L’abonné d’Instagram, Zalameh, a filmé sur vidéo l’instant où la mosquée locale a annoncé que Muhammad avait été kidnappé.

Toute la journée du mercredi, les forces d’occupation israéliennes ont lancé des gaz lacrymogènes et tiré des balles enrobées de caoutchouc sur les résidents de Shuafat qui protestaient contre l’assassinat.

Zalameh a continué à poster des images et des vidéos sur Instagram et sur son compte Twitter @BDS4Justice.

Le métro léger (illégal) de Jérusalem, installé pour les colons comme instrument de la colonisation de Jérusalem, est en feu

Condamnation par les États-Unis

« Les États-Unis condamnent dans les termes les plus véhéments l’enlèvement et le meurtre méprisables et insensés de Muhammad Hussein Abu Khdeir. Il est révoltant d’imaginer qu’un garçon innocent de 17 ans soit enlevé dans la rue et qu’on lui dérobe la vie à lui et à sa famille. Il n’y a pas de mots pour exprimer de façon adéquate nos condoléances au peuple palestinien »
, a déclaré le département d’État (= ministère américain des Affaires étrangères).

Il est extrêmement rare que les États-Unis critiquent un acte de violence contre les Palestiniens. Peut-être les États-Unis ont-ils estimé qu’il était un peu plus facile de le faire du fait que, jusqu’à présent du moins, les identités des coupables demeurent encore inconnues.

La déclaration devrait être perçue comme un signe que les États-Unis comprennent que l’extrémisme d’Israël pousse le pays vers un gouffre et qu’il convient de faire quelque chose – ne serait-ce que verbalement – pour « calmer » la situation.

Les dirigeants américains tiendront la région à l’œil et la dernière chose que chacun désire, c’est qu’un déchaînement de la part d‘Israël ne vienne ajouter aux catastrophes en Irak et en Syrie.

Mais la déclaration confère également à Israël un crédit immérité, en faisant remarquer que « le Premier ministre a invité avec emphase tous les camps ‘à ne pas se charger eux-mêmes de faire la loi’ ».

Elle ne mentionne toutefois pas le rôle principal de Netanyahu en personne, ainsi que des autres ministres du gouvernement, dans l’incitation et la promotion de l’atmosphère de vengeance et de mesures de châtiments collectifs contre les Palestiniens.

En ciblant tous les Palestiniens au cours des semaines qui ont suivi l’enlèvement des ados israéliens, le gouvernement israélien sert de modèle principal à toutes les bandes de lyncheurs potentiels.

En raison de l’impunité systématique dont bénéficient les Israéliens qui commettent des crimes contre les Palestiniens, il y a peu de chance de voir les autorités israéliennes se livrer à une enquête crédible et impartiale.

Du fait qu’Israël est une force d’occupation, les Palestiniens n’ont aucune confiance en la police, et il est à craindre grandement qu’Israël dissimulera les faits compromettants à propos du crime.

« Je ne m’attends à aucun résultat », a déclaré le père de Muhammad, Hussein Abu Khudair, 48 ans, à l’adresse du The New York Times après avoir passé des heures en compagnie des enquêteurs.

Il a déclaré au journal qu’on ne lui avait pas permis de voir le corps de son fils, apparemment parce qu’il avait été brûlé. Mais l’identification a été réalisée en utilisant des échantillons d’ADN.

Rappelons qu’après que des snipers israéliens avaient tué de sang froid deux adolescents palestiniens le 15 mai, un acte horrible capté sur vidéo, le département d’État avait également demandé qu’Israël menât une enquête.

Plus d’un mois et demi après, Israël continue à protéger les coupables de ces crimes sans que les États-Unis n’y trouvent à redire.

Quand la réponse se limite à de simples mots de condamnation de la part des États-Unis et des autres gouvernements, c’est un signal clair à Israël qu’il peut continuer à tuer et à protéger les coupables en toute impunité.

L’incitation

Ecrivant dans Haaretz, le commentateur israélien a déduit une association entre les foules israéliennes scandant « Mort aux Arabes » et attaquant des Palestiniens dans les rues de Jérusalem, et ce que les Juifs ont vécu en Allemagne nazie.

Évitant soigneusement de dire qu’il ne tirait par une « parallèle » avec l‘Holocauste, Shalev déclare : « Je suis juif et il y a des scènes de l’Holocauste qui sont profondément gravées dans mon esprit, même si je ne vivais pas à l’époque. » Les scènes à Jérusalem m’ont amené ces images à l’esprit, écrit-il. Et d’ajouter :

« Mais ne vous y trompez pas : les bandes de voyous juifs organisant des chasses à l’homme contre les Arabes ne sont pas une aberration. Il ne s’agissait pas chez eux d’un débordement isolé de rage incontrôlable suite à la découverte des corps des trois étudiants kidnappés. Leur haine enflammée n’existe pas dans un vide : c’est une présence permanente, grandissant de jour en jour, regroupant des sections de plus en plus larges de la société israélienne, nourries dans un environnement public de ressentiment, d’insularité et de victimisation, favorisée et alimentée par les hommes politiques et les spécialistes – certains sont cyniques, d’autres sont sincères – qui ont fini par être dégoûtés de la démocratie et de ses points faibles et qui aspirent à un Israël, pour dire les choses clairement, sous forme d’un seul État, une seule nation et, en fin de compte, avec un seul chef. »

Deux exemples dérangeants ont été mis en exergue par la blogueuse israélienne Elizabeth Tsurkov.

Faisant allusion à un récit de la Bible, Noam Perel, directeur de World Bnei Akiva, un mouvement de jeunesse sioniste et colon à Hébron, a invité Israël à massacrer des centaines de Palestiniens.

« Maintenant, il est temps de passer à la folie », a écrit l’homme politique israélien Uri Bank le 30 juin, dans un message sur Facebook.

Bank, secrétaire général de la faction au sein du Parlement israélien du Habeyit Hayehudi (Parti de la patrie juive), a invité Israël à annexer la Cisjordanie occupée, à exécuter tous les Palestiniens détenus pour meurtre dans les prisons israéliennes et à déporter les familles de « terroristes » vers Gaza.

Cette incitation se poursuit sans relâche, sur Facebook, entre autres sur une page intitulée « Le peuple d’Israël réclame vengeance ».

Cette page et d’autres encore avec les mêmes noms ou des noms similaires contient un flux constant d’images postées par des soldats israéliens d’eux-mêmes ou de leurs armes en même temps que des signes écrits à la main réclamant du sang et incitant à la violence.

Dans l'image ci-dessus, les balles forment le mot « vengeance ».

Dans l’image ci-dessus, les balles forment le mot « vengeance ».

La blogueuse Elizabeth Tsurkov a collecté ici d’autres ce ces images dérangeantes.


Publié sur The Electronic Intifadah le 2 juillet 2014.

abunimahAli Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifadaet auteur du livre « One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse »

On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah

 

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