L'actu

Le lobby sioniste à l’œuvre en Belgique

Le 21 février a eu lieu le jugement dans  le procès contre des manifestants pour la Palestine à Anvers. Un jeune Palestinien a été condamné pour un prétendu « antisémitisme ». Un collaborateur d’UNIA estime, dans un mail interne, que « le dossier est vide« . Lorsque Michael Freilich de « Joods Actueel », le lobby sioniste d’Anvers, l’apprend, il lance une attaque en règle contre UNIA.

Il vise en particulier une collaboratrice, Rachida Lamrabet, artiste, auteur et juriste à UNIA.

« UNIA emploie beaucoup de gens avec un profil prononcé de gauche et anti-israélien », déclare Michael Freilich, rédacteur en chef de « Joods Actueel » .

« À diverses reprises, une juriste de l’organisation, Madame Rachida Lamrabet, a déjà signé des pétitions contre Israël. Elle soutient ainsi le boycott d’Israël et accuse l’État juif d’apartheid. On ne peut quand même pas qualifier une telle personne de neutre et, quand celle-ci doit évaluer des questions traitant d’antisémitisme, on comprend alors très bien pourquoi les associations juives n’y attachent aucune foi. »

Les pressions sionistes ont commencé. Et également celles de la N-VA en la personne de Zuhal Demir, secrétaire en charge de l’Égalité des Chances. Et elles aboutissent. Rachida est licenciée pour s’être exprimée lors d’un entretien avec le journal Knack sur l’interdiction de la burka.

Plus de 250 universitaires et artistes ont déjà protesté contre cette atteinte à la liberté d’expression et ont demandé à UNIA de revenir sur sa décision.

Mais « Joods Actueel », de son côté, jubile :

« En même temps que l’annonce du licenciement par UNIA de Rachida Lamrabet, nous publions ci-dessous le courriel que nous avions adressé le 31 janvier dernier à la directrice d’UNIA, Els Keytsman.

« Si Madame Lamrabet, une activiste propalestinienne affirmée, signe des pétitions présentant Israël comme un État d’apartheid, appelle au boycott et prend la défense d’une personne qui glorifie des actes de violence, vous comprendrez certainement pourquoi cette personne n’inspire aucune confiance à la communauté juive »,  écrivions-nous entre autres dans ce courriel. »

« Peut-être ne comprenez-vous pas la portée de la façon dont cela se reflète sur vous-même et votre organisation. Et je ne parle pas ici du fait que, par ses actions, elle [Lamrabet] importe le conflit et met ainsi sous pression et compromet les relations mutuelles entre juifs et musulmans chez nous. Nous attendons dès lors un signal clair de la part de votre organisation, sans quoi, nous ne manquerons pas d’informer à ce propos. Ne prenez pas la chose comme une menace, mais bien comme une façon d’attiser le débat public à ce sujet, de façon à pouvoir se rendre compte de ce que les Flamands, les journalistes et les hommes politiques pensent de ces contradictions. »

Ce qui constitue donc une réponse à Saskia Van Nieuwenhove, journaliste d’investigation indépendante, spécialisée dans l’Aide spéciale à la Jeunesse, qui publie sur sa page Facebook, le 5 avril :

J’espère vraiment que le lobby juif (ou dois-je écrire sioniste ?) n’a pas eu d’influence dans le licenciement de Lamrabet.

Saskia raconte ses démêlés personnels avec le lobby sioniste

2009. Je rédige une série en trois parties dans P-Magazine sur les privilèges inouïs du Mossad sur le territoire belge.
Mon rédacteur en chef (entre-temps devenu porte-parole à la N-VA) connaissait toutes les sources, disposait de toutes les données et, à l’impression, naturellement, nous avons laissé ces données anonymes, car ces personnes ne voulaient pas perdre leur emploi.
Il s’en est suivi du coup un contre-interrogatoire à la Chambre. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, De Padt, a nié toutes les imputations. « Madame Van Nieuwenhove ment (littéralement), j’ai tout de suite mis la police fédérale au travail près ces publications ; il n’y a pas de privilèges particuliers pour les agents d’EL AL à Zaventem, etc., etc. »

Aussitôt, concertation avec mon rédacteur en chef. « Le secret des sources est sacré ; sans faire sauter les sources, nous ne pouvons plus réagir, ici. »
Il a toutefois continué à me soutenir à 500 % dans son avant-propos du P-Magazine suivant.

Ce sont de ces moments inoubliables. Le pouvoir se sent plus fort. Quelque chose sur lequel vous avez enquêté pendant des semaines avec tout votre cœur et vos tripes est rejeté comme un vulgaire mensonge par un ministre et ça s’arrête là…

Pensez-vous… Un peu plus tard, je rentre chez moi et il y a une enveloppe brune dans la boîte. Jusqu’à ce jour, je ne sais pas qui a déposé cette enveloppe dans ma boîte privée. Contenu : un rapport de réunion, deux jours après la publication de ma série. Présents lors de cette réunion : deux personnes de la Sûreté de l’État, le cabinet De Padt, des gens de l’ambassade d’Israël, la police fédérale. Le texte, littéralement : « Ce qu’écrit Madame Van Nieuwenhove est exact, mais nous devons le nier sur tous les tons. »

La réunion a eu lieu juste avant le quart d’heure des questions à De Padt.

Avec ce rapport de réunion en main, je me rends auprès du député Dirk Van der Maelen, il y va d’une nouvelle interpellation et, du coup, les propos de De Padt sont tout différents : « Ces privilèges tombent sous des protocoles secrets avec Israël ; ces protocoles ont été décidés sous le ministre Jean Gol. »

Kristof Clerix, LE spécialiste de nos services de renseignement, avait déjà écrit sur la question plus tôt, ç’avait été un moment unique à la Chambre. Pour la toute première fois, ces protocoles secrets avaient été confirmés.

Ouf !

Je pensais que tout était terminé. Je suis retournée au travail sur d’autres sujets : Justice et Aide spéciale à la Jeunesse.

Jusqu’en 2014. Je suis nominée pour le prix bisannuel des droits de l’enfance du Conseil flamand de la jeunesse. Je reçois une mention honorable et ce sont The Roadies qui remportent le prix. Je n’y voyais aucun problème. Tous ceux qui s’engagent pour améliorer les droits de l’enfance dans notre pays peuvent bien avoir une médaille.
Après la remise du prix, je suis assise à table avec mon copain Geert et un membre du jury vient s’asseoir près de nous : « Tu sais quand même bien, Saskia, que tu devais avoir le prix ? » « Euh ? Non. »

« Tous les membres du jury ont été rappelés d’urgence, chaque membre du jury a été envahi de mails du lobby juif disant que tu étais antisémite. Nous n’avons pas osé prendre de risque. »

Admettons : c’est alors que j’ai pleuré, ce soir-là. Je trouve l’antisémitisme absolument méprisable, punissable à juste titre, mais, une fois de plus, il s’avérait que le lobby juif s’était mis au travail.

Puis c’est 2015. Je fais un speech à Gand, après Charlie Hebdo. Mon speech n’est pas encore terminé que je suis attaquée en public par Siegfried Bracke et Peter Dedecker. Que s’était-il passé ? Une nouvelle fois, divers sites Internet juifs s’étaient plaints de ce que j’avais reçu une invitation à un débat, sur une place, devant des milliers de personnes. Termont et tout le collège échevinal gantois avaient été interpellés par écrit parce qu’ils laissaient parler une antisémite.
Manifestement, Bracke et Dedecker étaient rapidement influençables.

Durant cette période, j’avais également écrit sur Facebook dans quelles écoles je donnais des cours sur l’Aide à la Jeunesse. Je le fais depuis des années. Les directeurs eux aussi ont reçu des mails dans lesquels on les mettait en garde contre le fait que j’étais dangereuse et antisémite.

Heureusement, cela faisait des années que je donnais cours dans ces écoles et, tout en gardant leur anonymat, j’avais également présenté des exemples de familles juives sous le coup de tribunal anversois de la jeunesse. Les profs ont carrément classé ces attaques. « Nous en savons plus que vous. Van Nieuwenhove accompagne au tribunal de la jeunesse tous les enfants là où ça s’avère nécessaire, quels que soient leur statut social, leur contexte, le motif du contrôle, leurs racines ou leur confession. »

Mais admettons : aujourd’hui, je n’écris plus jamais à l’avance sur l’endroit où je vais donner cours ni sur ce que je vais faire, je ne fais plus que des commentaires.
En effet, c’est quand même crispant d’apprendre à tout moment qu’une école supérieure puisse être bombardée de mails à propos de soupçons d’antisémitisme.

Sur Joods actueel, on a même posté une photo d’Abou Jahjah (une arme à la main) avec, comme légende : « Pour Saskia Van Nieuwenhove ».
Aucun argument valable n’a jamais été donné, pour ce genre d’attaque.

Donc, oui, effectivement, je me fais des soucis. J’ai sorti tout cela une fois sur papier. Mais cela ne peut suffire. Nous devons nous tenir sur nos gardes face à la montée de l’antisémitisme et, à ce propos, les groupes d’intérêts ont amplement raison de rester vigilants. La libre expression signifie aussi que les sionistes peuvent exprimer librement ce qu’ils pensent. À chacun ses arguments. Mais nous nous opposons trop peu à ces individus qui rejettent comme antisémitisme toute forme de critique à l’égard d’Israël et qui, de ce fait, continuent à vous harceler dans votre vie professionnelle et en privé. C’est une forme de destruction de la personnalité que nous sous-estimons et qu’un État de droit ne peut en aucun cas tolérer.

SVN


Traduction des textes publiés en néerlandais : Jean-Marie Flémal