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Le gréviste de la faim Khader Adnan a mis en lumière le mépris d’Israël envers les droits de l’homme

Khader Adnan a arrêté la grève de la faim contre sa détention administrative ce mardi 21 juillet, au 66ème jour de son action. Il a obtenu que sa détention cesse le 17 avril, sans possibilité de prolongation. Khader Adnan a lancé un appel pour que le 17 avril soit une journée d’action internationale en faveur des prisonniers palestiniens.

Dans un article publié dans « The Guardian » ce mercredi 22 février, Randa Musa, parle de la détention préventive, de la lutte de son mari  et de la solidarité qui l’a entourée.

 Ma'al, la fille de Khader, avec la photo de son père

Ma’al, la fille de Khader, avec la photo de son père

Le nom de mon mari, Khadar Adnan, est connu aujourd’hui dans le monde entier. Voici quatre mois, il était inconnu en dehors de notre patrie, la Palestine. Ses 66 jours de grève de la faim ont fait de lui un personnage mondial et un symbole étincelant de la lutte de mon peuple.

Notre existence a basculé le 17 décembre 2011, lorsque des militaire israéliens ont fait irruption dans notre maison, dans le village d’Araba, au sud de Jénine, en Cisjordanie occupée. Il était environ 3 heures du matin quand ils ont défoncé la porte et se sont précipités à l’intérieur. Les destructions auxquelles ils se sont livrés resteront à jamais gravées dans les esprits de nos deux filles, Ma’ali, quatre ans, et Baysan, un an et demi. Je ne serais pas surprise si notre bébé, qui doit encore naître, devait lui aussi en être affecté. Tel a été le traumatisme qui a accompagné le raid israélien.

Khader a été militant estudiantin durant de nombreuses années. C’est un personnage peu voyant mais en même temps un dirigeant local affirmé contre l’occupation israélienne. IL est bien connu à la fois des autorités israéliennes d’occupation et de l’Autorité palestinienne à Ramallah. Les deux l’ont emprisonné à diverses reprises sans la moindre accusation.

Ce harcèlement constant n’a cessé de retarder Khadar dans l’obtention de sa maîtrise en économie. Pourtant, nous sommes restés un couple normal, aspirant à une stabilité dont nous avons grand besoin et à la liberté d’élever nos enfants, de leur donner le bonheur auquel a droit chaque enfant. Avec mon propre diplôme universitaire, je ne doute pas qu’en tant que parents, nous sommes bien armés pour mener à bien nos ambitions. Mais l’existence sous l’occupation militaire israélienne a transformé notre rêne en cauchemar.

Ce n’est pas la première fois que Khadar recourt à la grève de la faim, sa façon forte de pratiquer la protestation pacifique, avec beaucoup d’effet. Quand les forces de l’Autorité palestinienne l’ont incarcéré en 2010, il a entamé une grève de la faim pendant 12 journées consécutives, forçant ainsi les autorités de Ramallah à le relâcher.
De même, il a orchestré plusieurs grèves de la faim dans les camps de détention de l’occupation. La dernière en date datait de 2005, elle avait duré neuf jours en cellule d’isolement.

Qu’est-ce qui pousse mon mari à poursuivre cette forme dangereuse et difficile de résistance ? Je ne doute pas que ce soit la nature injuste de la « détention administrative » et ses méthodes bien connues de torture et d’humiliation. Dès l’instant où il a été embarqué dans le véhicule de l’armée en décembre, les insultes et les menaces voilées n’ont cessé de pleuvoir sur lui. Les militaires ont même tenté de le déstabiliser psychologiquement en prétendant que j’étais infidèle, une calomnie cruelle qu’il a rejetée avec mépris.

Je connais bien mon mari. Je l’aime et lui resterai toujours fidèle. Il le sait et c’est pourquoi il a traité avec dédain les vains propos de ses tortionnaires.
Khader n’a jamais tiré sa motivation de blessures ou de désagréments personnels. À l’instar de milliers d’autres jeunes Palestiniens, il est bien décidé à voir la fin de l’occupation. Il est mû par une logique plus élevée, montrer à la face du monde la détresse des Palestiniens emprisonnés. Depuis 1967, plus de 650.000 Palestiniens sont passés par les prisons israéliennes – certains d’entre eux en détention administrative – soit une moyenne d’une personne sur quatre dans les territoires occupés.

La détention administrative est une mesure nébuleuse et vindicative utilisée par l’occupation contre nos jeunes hommes et femmes. C’est l’un des héritages cruels de l’ancien Mandat britannique en Palestine. Aujourd’hui, en l’absence de toute dissuasion ou condamnation de la part de la communauté internationale, Israël s’en sert de plus en plus fréquemment contre des étudiants et professeurs universitaires, de jeunes travailleurs et même contre des parlementaires élus. Ils sont quelque 300 à être détenus de la sorte. Cela fait partie d’une politique immorale destinée à maintenir les Palestiniens dans un état perpétuel de pauvreté et de sous-développement.

Quand un commandant militaire délivre un ordre de détention administrative, aucune preuve n’est produite. Aucune accusation n’est portée contre les victimes et l’occupation n’est nullement obligée de fournir des raisons à la détention. Ce n’est en aucune façon un mécanisme légal. C’est tout simplement une mesure arbitraire utilisée pour provoquer des dégâts psychologiques et physiques chez les victimes. Quand celles-ci ont suffisamment de chance pour être amenées devant un juge, celui-ci peut les incarcérer pour des périodes de six mois pouvant se répéter à l’infini. Le problème des prisonniers est si répandu de nos jours que les Palestiniens ont dû créer un ministère spécial chargé des affaires des détenus.

Je sais que mon mari n’est pas égoïste. C’est pourquoi je l’ai soutenu dans chaque étape du chemin. Comme c’est le cas de chaque femme dévouée, je suis liée par mon devoir de l’aider à porter le fardeau de notre peuple opprimé. Notre famille proche et notre famille au sens large nous ont soutenus avec une même détermination et un même courage. En effet, je ne mentirai pas en disant que tous les Palestiniens du spectre politique tout entier ainsi que des millions de citoyens du monde entier aimant la liberté se sont également rangés à nos côtés. Sous les pressions, l’occupation a décidé de libérer mon mari en avril, mais des centaines d’autres détenus continueront à languir dans des cellules infectes sous le même système illicite et inhumain. Toutefois, Khadar s’est acquitté de son message : cette longue nuit de tyrannie et d’inhumanité se terminera un jour.

Nous sommes bien conscients que les Israéliens peuvent revenir sur l’accord de cette semaine – comme ils l’ont fait lors du récent échange de prisonniers – en arrêtant à nouveau les prisonniers libérés. Mais, pour chaque cas, il y aura une riposte et je ne doute pas que mon mari n’hésiterait pas à reprendre sa lutte stoïque avec plus de force et de détermination encore.

En ce qui me concerne, la partie la plus difficile de cette épreuve a consisté à savoir qu’à tout moment, je pouvais recevoir un coup de fil annonçant le décès de mon mari. Mais c’est le prix de notre liberté. C’est le sacrifice indispensable auquel il faut consentir afin que nos enfants puissent jouir d’une existence de liberté et de dignité.

Au monde libre, aux millions de personnes qui ont entendu parler de Khadar et l’ont soutenu en réclamant sa libération, j’adresse du fond du cœur tous nos remerciements et notre gratitude.

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