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Le gouvernement israélien envisagerait-il de faire breveter la couleur jaune à l’usage exclusif de sa propagande ?

Ali Abunimah

L’utilisation de la couleur jaune est-elle un signe de haine raciale et génocidaire à l’égard des Juifs  ?
Le ministère israélien des Affaires étrangères suggère que oui, après qu’un « activiste pro-israélien » a découvert dans un supermarché de Dublin un autocollant portant les mots « Justice pour la Palestine – Boycottez Israël »

jauneantismite1_399x399Comme on peut le voir sur la photo publiée par Ynet (Israël), l’autocollant a été apposé sur un paquet de dattes produites dans une colonie israélienne illégale en Cisjordanie occupée.
Ynet affirme que l’activiste avait été « choqué » et a cité des « sources » au ministère israélien des Affaires étrangères selon qui : « Ce n’est pas un hasard si les organisations BDS choisissent d’exprimer leurs protestations au moyen d’un autocollant jaune – qui rappelle les jours sombres du racisme et de l’incitation au racisme ».

« BDS » signifie boycott, désinvestissement et sanctions

La déclaration du ministère à propos de la couleur jaune ne peut être perçue que comme évoquant les étoiles jaunes, souvent rehaussées du mot « Juif », dont tout le monde sait que le régime nazi en Allemagne imposait le port au citoyens juifs.  Mais il n’y a absolument aucune ressemblance entre les insignes que les nazis imposaient aux Juifs et l’autocollant incriminé. Sauf, bien sûr, la couleur jaune.

Les autocollants dont il est question ont été distribués par l’Irish Palestine Solidarity Campaign (IPSC – Campagne irlandaise de solidarité avec la Palestine). Un porte-parole de l’organisation m’a expliqué dans un courriel : « Nous les distribuons aux gens, nous n’avons aucun contrôle sur la façon dont ils sont utilisés. Certaines personnes les portent sur elles, d’autres les collent sur leurs cahiers ou leurs PC portables, ou encore sur leurs deux-roues et, apparemment, certaines les collent même sur des produits israéliens. »

En réponse à ce que prétend le ministère israélien des Affaires étrangères, l’IPSC a déclaré : « Nous rejetons catégoriquement toute accusation d’intention antisémite à propos de ces autocollants. Ceux-ci sont jaunes et rouges, avec des inscriptions noires et vertes, le jaune et le rouge étant les couleurs – internationalement reconnues – que l’on associe au risque et au danger ».

Eh bien ! Voilà qui a du sens. Mais cela m’a incité à me demander : et si le ministère israélien des Affaires étrangères avait raison ? Si l’utilisation de la couleur jaune témoignait réellement d’une intention malveillante ? Et, ainsi donc, j’ai décidé de chercher des exemples où les Israéliens utilisaient eux-mêmes la couleur jaune. Voici ce que j’ai trouvé.

La couleur jaune

À l’instar de nombreux pays, Israël dispose d’un guide téléphonique des Pages jaunes. Bien qu’il l’appelle les « Golden Pages » (Pages d’or), le site Internet est richement orné de jaune partout.

Les clients de la chaîne israélienne de magasins de dépannage « Yellow » peuvent obtenir des ristournes s’ils s’inscrivent au « Yellow Club ».

Israël dispose même d’une chaîne de points de vente de gaz domestique appelée « Yellow » (Jaune) flanqués d’un club de shopping de dépannage appelé le « Yellow Club ». Voici même un encart publicitaire repris sur le site de la firme  et révélant un usage sans restriction de la couleur ja

Mais cela ne s’arrête pas là. Le logo du club de football du Beitar Jerusalem, dont les supporters sont particulièrement connus pour leurs débordements racistes contre les Arabes, représente une menorah (candélabre judaïque) disposée sur un écusson jaune (ci-dessous à gauche).

jauneantismite3_150x180Pendant les matches, joueurs et supporters constituent une mer de drapeaux et de t-shirts jaunes.

Puis il y a aussi la Brigade Golani de l’armée israélienne, tristement célèbre pour ses crimes de guerre et ses violations des droits de l’homme contre les Palestiniens. Et quelles sont les couleurs de ses drapeau et logo officiels ? Le vert et le jaune !

Le drapeau du Kach, le très violent et raciste mouvement nationaliste juif, représente une étoile de David noire et un poing disposé sur une surface jaune (à droite).jauneantismite5_532x319

Enfin, la photo ci-dessous est un objet que je possède. Il s’agit d’un panneau placé un jour par l’« Administration foncière israélienne » sur une clôture entourant une parcelle de terrain palestinien confisquée à Jérusalem-Est occupée. Il met en garde contre le danger de pénétrer sur la parcelle sans autorisation de la part des autorités qui ont confisqué cette même parcelle. Le signal peut avoir un effet traumatisant pour les Palestiniens à qui l’on vole en permanence les terres et qu’on écarte ensuite de leur périmètre via ces mesures criminelles, qui n’ont rien à voir avec la couleur utilisée.jauneantismite6_514x399

On peut présumer que l’Administration foncière israélienne a choisi le jaune, le noir et le rouge pour les mêmes raisons, exactement, que l’IPSC : ce sont les couleurs internationalement reconnues que l’on associe au risque et au danger.

« Grossier et cynique »

Désormais, on devrait se rendre compte on ne peut plus clairement – si ce n’était pas encore le cas – de la stupidité pure et simple de la suggestion du ministère israélien des Affaires étrangères à propos d’éléments racistes dans la couleur de l’autocollant invitant au boycott d’Israël.

L’IPSC affirme qu’elle est « catégoriquement opposée à toutes formes de racisme, y compris l’antisémitisme, l’islamophobie et toute idéologie recherchant la domination d’un groupe ethnique et/ou racial sur un autre. En d’autres termes, nous sommes hostiles à l’apartheid. »

Les accusations prétendant que son choix de couleur présente quelque autre intention sont « tout simplement des tentatives grossières et cyniques d’exploiter la mémoire des crimes nazis contre le peuple juif et qui sont révélatrices du mépris affiché à l’égard de ces victimes », a ajouté l’IPSC.

« De telles tentatives révèlent également un mépris des victimes palestiniennes des actuelles injustices israéliennes, et le mouvement BDS est une méthode non violente pour faire respecter les droits de ces mêmes victimes. »

Je ne pourrais d’être davantage d’accord.


L’article original a été publié sur le site « Electronic Intifada »

 

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