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Le gouvernement israélien cherche à exclure les élus de la minorité palestinienne de la Knesset

Benjamin Netanyahou a obtenu l’accord des dirigeants de tous les partis qui forment la coalition gouvernementale pour l’adoption d’une loi qui permettra de “suspendre” les membres de la Knesset ayant “un comportement indigne”.

Est-il utile de préciser qu’un “un comportement indigne”, dans la conception que s’en fait Netanyahou, ne consiste pas à tenir des propos racistes, à dire à haute voix qu’on rêve de voir le drapeau israélien flotter sur le Haram al-Sharif, ou à favoriser le vol de terres palestiniennes en Cisjordanie au moyen de manœuvres frauduleuses,…

Non, bien entendu. Sont uniquement visés les membres du Parlement qui “rendent visite les familles de terroristes” ou qui observent une minute de silence à la mémoire de Palestiniens sommairement exécutés par l’armée ou la police israélienne et qui sont accusés d’avoir commis une “attaque terroriste” (quand bien même, comme ce fut le cas à plusieurs reprises au cours des dernières semaines, l’arme du “crime” supposé a été déposé à côté de leur cadavre après leur mort).

L’accord entre les partis au pouvoir a été atteint dimanche au cours de la réunion hebdomadaire du cabinet. C’est une réplique du gouvernement d’extrême-droite à la visite rendue par Jamal Zakalka, Basel Ghattas et Haneen Zoabi, élus de la “Liste Jointe” BALAD aux familles de Palestiniens accusés d’attaques “terroristes” à Jérusalem et qui ont été abattus.

Cette visite s’inscrivait dans le cadre d’une campagne menée par des groupes de défense des droits humains qui réclament la restitution aux familles des corps des Palestiniens abattus sur place lors d’un attentat. Durant la rencontre, les parlementaires, qui représentent les Palestiniens d’Israël, se sont joints à une minuté de silence des familles.

Le cabinet du Premier ministre a indiqué que la suspension de parlementaires devrait être votée à une majorité qualifiée de 90 voix, conformément au mécanisme juridique déjà en vigueur pour la suspension du Président ou du Vice-Président de la Knesset.

Netanyahou a lancé un appel à l’opposition pour qu’elle soutienne ce projet de loi, ainsi que la plainte qu’il a introduite auprès du “Comité d’éthique” (aussi surprenant que cela puisse être, cela existe) de la Knesset contre les trois parlementaires arabes. Le leader des travaillistes ayant récemment adopté des positions que ne désavouerait pas Avigdor Lieberman, il n’est pas du tout exclu que cet appel soit entendu.

Netanyahou a également demandé au Procureur Général d’examiner la possibilité de poursuites pénales contre les trois parlementaires.

Beaucoup de citoyens israéliens n’ont pas le sentiment que ces membres de la Knesset les représentent”, a déclaré Netanyahou avec son cynisme coutumier. On peut se demander combien de Palestiniens d’Israël ont le sentiment d’être représentés par les parlementaires de la majorité juive.

Nous investissons de gros efforts pour intégrer les citoyens arabes dans la société israélienne, et ils font le contraire, ils construisent des murs de haine”, a encore ajouté le Premier ministre, qui feint d’ignorer que plus de 150 Palestiniens ont été tués depuis le début des troubles en octobre dernier (contre une vingtaine d’Israéliens).

Les trois élus de la minorité palestinienne d'Israël que Netanyahou cherche à exclure de la Knesset

Les trois élus de la minorité palestinienne d’Israël que Netanyahou cherche à exclure de la Knesset

J’essaie d’imaginer ce qui se serait passé au Parlement de Londres ou au Congrès des États-Unis si des membres s’étaient associé à des hommages à la mémoire ce qui ont assassiné des citoyens britanniques ou des États-Unis. Une grande protestation se serait fait entendre, et cela aurait été justifié”, a poursuivi Netanyahou, qui feint aussi d’ignorer aussi que ni la Grande-Bretagne ni les États-Unis ne soumettent actuellement une partie de leur population à un régime d’oppression et d’apartheid comparable à celui auquel Israël soumet les Palestiniens.

Les élus de la liste conjointe arabe BALAD ont accusé Netanyahou de chercher à exploiter politiquement la situation. “Netanyahou sait fort bien que l’objet de la réunion était de réclame la restitution des corps, mais il continue à donner une vision distordue des faits et à se livrer à l’incitation à la haine en portant de fausses accusations« , ont-ils dit dans une déclaration.

On notera que le Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, a participé il y a quelques jours à une réunions similaire à celle dont il est question plus haut. 

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