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Le génocide nazi et les “filles en bikini” ne peuvent faire vendre Israël, disent les experts

Ali Abunimah

Les efforts d’Israël quand il utilise des « filles en bikini » et le génocide nazi pour se vendre à l’étranger sont improductifs, a-t-on fait savoir lors d’une conférence secrète des responsables nationaux de la hasbara – ou propagande.

Une diapositive publiée par NRG et émanant d’une conférence secrète du gouvernement israélien sur la façon de vendre Israël sur les marchés étrangers.

Texte diapositive : Les phrases qui viendront à bout de BDS : « La paix est pavée de diplomatie et de discussion, pas d’isolement. » – « Coopération, et non conflit permanent. » – « Les solutions proviennent de l’engagement, pas du silence. »

La conférence a été organisée à Jérusalem le week-end dernier par Gilad Erdan, le ministre israélien actuellement en charge des efforts gouvernementaux en vue de combattre le mouvement mondial en faveur des droits palestiniens.

Selon le site d’information israélien NRG, 150 « dirigeants juifs » du monde entier ont participé à la réunion, qui « traitait du combat contre BDS » – le mouvement dirigé par les Palestiniens et qui prône boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël.

Les journalistes n’avaient pas été invités et on avait demandé aux participants de garder le secret, a rapporté NRG.

Le cabinet d’Erdan avait sans doute insisté sur le caractère secret de l’affaire, parce que « dévoiler des informations sur les participants à la conférence pouvait être dangereux pour leur vie » – une calomnie à propos du mouvement BDS, qui s’est toujours déclaré ouvertement engagé dans la non-violence.

Les étudiants juifs n’en veulent plus

La conférence a appris de la bouche de Frank Luntz, l’éminent enquêteur républicain américain, que les messages de propagande israéliens n’avaient guère de succès, même pas auprès des étudiants juifs américains.

Selon les conclusions de Luntz, seuls 42 pour 100 des étudiants juifs croient qu‘Israël veut la paix, 39 pour 100 à peine considèrent Israël comme un « pays civilisé et occidental » et pas plus de 31 pour 100 estiment qu’Israël est une démocratie.

Au moins un cinquième des étudiants juifs croient que les États-Unis devraient soutenir le camp palestinien et une proportion similaire d’étudiants juifs perçoivent Israël comme un pays raciste.

L’un des participants à la conférence à déclaré à NRG que le ministère israélien du tourisme « se sortait très mal de cette affaire ».

Le participant a défini le marketing d’Israël en ces termes : «  »Nous avons des filles en bikini, nous avons des plages, nous avons de la bière et des bars – Venez donc chez nous. » Et ça ne marche pas. »

En effet, l’industrie israélienne du tourisme a été en chute libre, suite à l’agression israélienne de l’été 2014 contre Gaza, qui a tué plus de 2 200 Palestiniens, dont 551 enfants, et elle n’a toujours pas connu de reprise depuis lors.

Il a également été communiqué à la conférence que l’instrumentalisation du génocide nazi des Juifs européens – une tactique de prédilection pour détourner les critiques à l’encontre de l’occupation israélienne et de la colonisation violente des Palestiniens – n’est pas non plus une stratégie gagnante.

« Ils ont expliqué qu’au moment où un conférencier israélien parle de l’Holocauste ou des nazis, cela nous blesse, cela ne passe pas bien dans les campus », a rappelé un participant.

Discussion en tous sens

Une autre diapositive publiée par NRG et émanant d’une conférence secrète du gouvernement israélien sur la façon de vendre Israël sur les marchés étrangers.

Texte diapositive : Dites ceci… et non pas cela : « Dialogue » et non pas « Discussion » – « À l’esprit ouvert » et non pas « Équilibré » – « Complexe » et non pas « Difficile » – « Réalisable » et non pas « Réaliste » – « Anti-Israël » et non pas « Antisémite ».

On a également transmis aux participants des idées sur les choix de langage qui sont censés avoir plus de succès afin de discréditer le mouvement BDS.

Par exemple, une diapo présentée à la conférence recommandait aux propagandistes de qualifier les militants BDS d’« anti-Israël » plutôt que d’« antisémites ».

La recommandation de ne pas tenter de calomnier tous les partisans des droits palestiniens en les traitant d’antisémites rappelle les conclusions d’autres organisations anti-palestiniennes importantes, ces dernières années.

En 2012, par exemple, le David Project, un groupe de pression d’Israël qui œuvre afin de réprimer le soutien aux droits palestiniens dans les campus nord-américains, a estimé que les efforts en vue de décrire les universités comme des creusets de l’antisémitisme n’étaient pas payants.

« Le campus n’est très généralement pas un environnement hostile aux les étudiants juifs », a estime le groupe.

« Présenter le problème [de la critique à l’égard d’Israël] comme une hostilité des campus à l’égard des Juifs, par conséquent, ne colle pas à l’expérience vécue de la plupart des étudiants juifs et n’a pas à ce jour modifié de façon significative la dynamique des campus », a déclaré le David Project.

Pourtant, malgré ces conseils et avis, Israël et un grand nombre de ses défenseurs s’obstinent encore à prétendre aujourd’hui que l’opposition à la violence israélienne contre les Palestiniens est motivée par la haine à l’égard des Juifs.

La discussion en tous sens pour trouver un message qui aura de l’effet reflète bien la confusion qui règle parmi les gens qui s’occupent du marketing d‘Israël.

Il s’avère que les responsables de la hasbara sont toujours convaincus que le problème ne réside pas dans le produit – l’occupation imposée de façon brutale, les crimes de guerre et le racisme d’État – mais tout simplement dans l’emballage.

Pourtant, malgré les dizaines de millions de dollars investis en propagande, l’image de marque d’Israël continue à s’en aller à vau-l’eau.

Un participant au moins n’était pas convaincu que les nouveaux buzzwords (slogans) allaient faire la moindre différence.

Le participant, décrit par The Jerusalem Post comme une personne qui a travaillé dans le militantisme et avec des organisations juives, a déclaré que les recommandations à propos d’un langage nouveau ressassaient « les mêmes vieilleries éculées, invariablement ».

« Je ne suis pas optimiste. Nos antécédents et nos résultats sont très faibles. Le franc n’est pas encore tombé, du côté d’Israël », a ajouté le participant.

C’est peut-être dû au fait aussi que l’approche du style « carotte » – essayer d’attirer les jeunes dans le camp d’Israël – échoue si lamentablement que le mouvement anti-palestinien dirigé par Israël compte bien davantage sur le « bâton » : la persécution et la censure dans l’espoir d’intimider les gens et d’ainsi les réduire au silence.


Publié sur le 23 février 2016 sur The Electronic Intifada
Traduction : Jean-Marie Flémal

ali-abunimah-21Ali Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifadaet auteur des livres  One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse et The battle for Justice in Palestine

On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah

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