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Le gaz égyptien bradé au profit d’Israël : Moubarak va devoir rendre des comptes… peut-être

La détention de l’ex-président égyptien Hosni Moubarak – emprisonné en raison de forts soupçons de corruption et de détournements – a été prolongée de 15 jours, l’accusation souhaitant  – selon le New York Times – l’interroger à propos des conditions dans lesquelles fut conclu entre l’Égypte et Israël un contrat de fourniture de gaz naturel. L’ancien ministre égyptien de l’énergie, Sameh Fahmy et cinq autres hauts responsables égyptiens déchus font l’objet d’une enquête au même propos.

Dans une déclaration, le Ministère Public égyptien a affirmé que cet accord gazier permet à Israël de bénéficier de prix anormalement bas, non conformes aux conditions du marché, et que cela a représenté pour l’Égypte une perte de l’ordre de 714 millions de dollars US (le contrat porte au total sur environ 20 milliards de dollars US). Les intérêts économiques légitimes de l’Égypte seraient donc lésés par cet accord.

Il y a quelques jours, le premier ministre égyptien actuel, Essam Sharaf, a annoncé que les accords gaziers avec Israël et avec la Jordanie vont être revus, et que le pays entend augmenter ses revenus de 3 à 4 milliards de dollars US par an.

Israël importe 40% de sa consommation de gaz naturel d’Égypte, et ce gaz assure la production de 43% de l’électricité israélienne. L’accord de fourniture, conclu en 1979, est une annexe du traité de paix israélo-égyptien.

En novembre 2009, un tribunal administratif égyptien avait interdit l’exportation de gaz vers Israël, sur base d’une action introduite par un ancien vice-ministre des Affaires étrangères et ex-directeur de l’Institut du droit et des traités internationaux, Ibrahim Yousri, qui estimait que le traité de fourniture est « contraire à la souveraineté nationale et aux intérêts de l’Egypte« . De nombreux citoyens égyptiens s’étaient joints à cette action.

Les plaignants faisaient valoir notamment que ce traité n’avait pas été soumis au « conseil du peuple égyptien » (organe législatif). Selon le plaignant, à l’époque l’Égypte exportait le million d’unités à un 1,5 US $, alors que le cours mondial atteignait 9 US $ et que le prix de revient était de 2,6 US $.

La juridiction d’appel avait annulé le jugement qui allait dans le sens des plaignants.

Pendant la « révolution égyptienne », en février dernier, la fourniture de gaz égyptien à Israël avait été interrompue pendant une dizaine de jours à la suite d’une explosion probablement due à un attentat contre un gazoduc, dans le désert du Sinaï. Israël estime, selon certaines informations, pouvoir se passer totalement du gaz égyptien dans deux ans, en raison de la mise en exploitation de gisements en Méditerranée… dont l’ancien ministre égyptien de l’énergie aujourd’hui poursuivi avait fait savoir que son pays revendiquerait une partie (tout comme probablement le Liban, la Turquie et Chypre).

Le gaz constitue donc à l’évidence une importante source de tensions dans la région (voir par exemple ICI  cet article qui date d’avant le renversement de Moubarak : « L’Egypte en conflit ouvert avec Israël pour le gaz de Tamr et Leviathan« ), la prétention israélienne au contrôle total sur le gaz du sous-sol méditerranéen étant à l’évidence de s’en approprier la totalité.

 

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