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Le futur ministre israélien de la Défense traite les Palestiniens de «cancer »

Asa Winstanley

Cet homme s’appelle Moshe Ya’alon. Ce parlementaire du Likud va être nommé ministre de la « Défense » au sein du nouveau gouvernement israélien de coalition de la droite dure qui doit être mis en place au début de la semaine prochaine.

Lors d’une interview de 2002 pour le journal israélien Haaretz, alors qu’il était chef d’état-major de l’armée israélienne (FDI), Ya’alon avait déclaré que la « menace palestinienne » était « comme un cancer » et une « menace existentielle ». Il avait expliqué que sa solution consistait à « appliquer une chimiothérapie ».

Le prochain ministre israélien de la « Défense » pose en compagnie de la blogueuse raciste notoire, l’Israélienne Pamela Geller.

Le prochain ministre israélien de la « Défense » pose en compagnie de la blogueuse raciste notoire, l’Israélienne Pamela Geller.

La « chimiothérapie » s’est traduite par la destruction massive imposée par ses forces à la société palestinienne au cours de la seconde Intifada. Les forces israéliennes avaient honteusement tiré plus d’un million de balles contre les manifestants palestiniens au cours des tout premiers jours de ce soulèvement populaire.

Des pressions allaient forcer Ya’alon à faire marche arrière plus tard et à admettre que ses déclarations avaient été « inopportunes », mais qu’elles avaient été « sorties de leur contexte », a rapporté la version en hébreu du journal financier « Globes ».

Crimes de guerre

En 2005, le Centre pour les droits constitutionnels a intenté un procès contre Ya’alon, en l’accusant de crimes de guerre dans son rôle au sein de l’attaque par l’armée israélienne, en 1996, d’un complexe des Nations unies à Qana, au Liban, attaque qui avait tué plus de 100 civils libanais et en avait blessé un plus grand nombre encore, alors que ces personnes s’étaient réfugiées dans ces bâtiments.

À l’époque du procès, Ya’alon travaillait pour l’Institut pour la Politique au Proche-Orient, fondé par l’AIPAC à Washington, DC.

En 2006, un juge fédéral avait rejeté la plainte, en s’appuyant sur le fait que Ya’alon bénéficiait de l’immunité, conformément au Foreign Sovereigns Immunities Act (loi sur l’immunité des États souverains étrangers). Mais les problèmes juridiques de Ya’alon n’étaient pas terminés pour autant.

En 2009, il avait été invité à une soirée à Londres, une collecte de fonds en faveur des soldats israéliens, mais avait dû annuler son voyage par crainte d’être arrêté sous présomption de crimes de guerre.

Les accusations portées contre lui avaient trait au bombardement choquant, en 2002, d’un bloc d’appartements à Gaza, lequel avait tué 14 civils, dont des enfants. Le chef militaire du Hamas, Salah Shehadeh, avait également été tué lors de cette attaque. C’est le même incident pour lequel le Centre palestinien des droits de l’homme a intenté un procès contre Ya’alon et le commandant des forcés aériennes israéliennes, Dan Halutz, à la Cour nationale espagnole, en 2008. Un appel contre la décision d’un tribunal secondaire de clore l’affaire était toujours en souffrance en 2011 auprès de la Cour constitutionnelle espagnole.

Ya’alon avait été invité à Londres, en 2009, par le Fonds national juif. Selon The Guardian, l’un des avocats qui avaient conseillé à Ya’alon de ne pas faire le voyage était Daniel Taub, actuellement ambassadeur d’Israël à Londres.

Une islamophobe notoire

Ce n’est sans doute pas une surprise si Ya’alon est porté aux nues par Pamela Geller, une islamophobe notoire et une démagogue bien connue parmi les blogueurs racistes.

Geller l’a un jour décrit comme « le meilleur choix d’Israël en tant que dirigeant efficace » et se targue auprès d’autres blogueurs sionistes de l’avoir interviewé.

Dans cette interview, Ya’alon s’est avéré partager nombre d’éléments de l’idéologie dérangeante de Geller, et s’est déclaré d’accord avec Geller sur les points suivants :

« Oui, c’est le principal défi (…) provoquer ce que j’appelle u, réveil de l’Occident. L’Occident dort. À de nombreux égards, cela rappelle la situation avant la Seconde Guerre mondiale. C’est très clair, la menace [de djihad islamique] est très claire. »

Geller
a été l’une des inspiratrices clés du terroriste islamophobe, pro-israélien condamné, Anders Breivik, et il est donc normal – et c’est grave – que, de son côté, elle puise son inspiration chez des tueurs comme Ya’alon.

Mes vifs remerciements à Ali Abunimah pour sa contribution, et à Dena Shunra pour sa traduction de l’hébreu, ses recherches et son analyse.


Publié sur The Electronic Intifada le 15/3/2013.
Traduction pour ce site : JM Flémal.

asa winstanleyAsa Winstanley est un journaliste freelance installé à Londres et qui a vécu en Palestine occupée, où il a réalisé des reportages. Son premier ouvrage : Corporate Complicity in Israel’s Occupation (La complicité des sociétés dans l’occupation israélienne) a été publié chez Pluto Press. Sa rubrique Palestine is Still the Issue (La Palestine constitue toujours la question) est publiée chaque mois. Son site Internet est : www.winstanleys.org

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