Dans l'actu

Le fasciste Lieberman lance une nouvelle offensive pour tenter d’exclure Haneen Zoabi de la Knesset

Le fasciste (du moins serait-il universellement qualifié comme tel s’il sévissait dans n’importe quel autre pays du monde qu’Israël) Avigdor Lieberman a lancé une campagne pour tenter d’expulser définitivement du parlement une représentante des Palestiniens d’Israël, élue à la Knesset sur la «Liste conjointe» [1], Haneen Zoabi. Pour arriver à ses fins, il l’accuse évidemment d’être «un soutien du terrorisme».

Lieberman, qui dirige le parti Yisrael Beytenu, a publié une vidéo sur sa page Facebook, dans lequelle il s’adresse à la population israélienne pour qu’elle fasse pression sur les parlementaires afin qu’ils soutiennent sa nouvelle proposition de loi. Celle-ci vise à exclure Haneen Zoabi et son parti, le Balad (qui fait partie de la «Liste conjointe») de la Knesset.

Ph. Gil Yohanan

Ph. Gil Yohanan

Il y a longtemps que Haneen Zoabi, parlementaire depuis 2009, cristallise sur sa personne l’hostilité d’une bonne partie de l’opinion des juifs israéliens, particulièrement depuis qu’elle avait embarqué à bord du “Mavi Marmara”, un navire turc qui faisait partie d’une flottille déterminée à briser le blocus de Gaza en mai 2010. Celle-ci avait été arraisonnée en haute mer par des commandos israéliens. Cette opération de piraterie d’État avait fait neuf morts, tous de nationalité turque.

Lieberman rappelle que la «Commission électorale centrale» avait, dans le passé, interdit tant à Haneen Zoabi qu’à son parti de participer aux élections législatives, mais que la Cour suprême israélienne avait annulé cette décision. Le but de la nouvelle manœuvre de Lieberman est d’empêcher le pouvoir judiciaire d’interférer dans les décisions prises par la Commission électorale centrale pour ce qui concerne les approbations ou rejet de participation aux élections législatives.

Autant dire que ce sont les formations sionistes qui décideraient à l’avenir de qui a ou n’a pas le droit d’entrer en concurrence avec elles, notamment en ce qui concerne la représentation des 20% arabes de la population d’Israël.

Avigdor Lieberman (à droite) et un de ses chers amis de l’extrême-droite juive en Belgique, Joël Rubinfeld

«La disqualification [de Balad et de H. Zoabi] avait été décidée dans le respect de la loi, qui prévoit que ceux qui soutiennent le terrorisme et la lutte armée contre l’État d’Israël, ou ceux qui rejettent l’existence d’Israël en tant qu’État juif, n’auront pas le droit de siéger dans son parlement», affirme Lieberman. «Il n’est pas douteux que le parti du traitre et espion Azmi Bishara [2] et de son successeur Haneen Zoabi font tout cela publiquement, et il est temps qu’ils en subissent les conséquences».

Lieberman a critiqué le gouvernement Netanyahou qui, selon lui, est opposé à sa proposition. C’est pourquoi il fait appel à l’opinion publique des Juifs d’Israël pour exercer une pression sur tous les partis.

Haneen Zoabi a répliqué dans un communiqué que «Lieberman est un personnage politique dangereux» et «un fasciste». «Lieberman essaie d’obtenir à peu de frais une popularité malsaine en m’attaquant et en incitant à la haine contre moi et la population que je représente», ajoute-t-elle. «Il s’agit d’un conflit classique entre la démocratie et le fascisme. Je représente la justice, la démocratie et les droits humains, et Lieberman représente le fascisme et une politique pleine de haine. Manifestement, mes principe démocratiques irritent un adversaire de la démocratie comme Lieberman».

«Cette campagne ne me dissuadera pas et ne me découragera pas de poursuivre mon combat pour les valeurs auxquelles je crois : la justice, l’égalité, la liberté et la démocratie. Je poursuivrai la lutte pour mon peuple et son juste combat», a-t-elle conclu.

Un député du Meretz (“gauche sioniste”), Issawi Frej, a condamné la campagne de Liberman, qui – dit-il «a pollué depuis des années la politique israélienne avec la corruption et le fascisme, et c’est lui qui devrait être jeté dehors du parlement et de la vie publique. La proposition de loi de Lieberman vise à détruire ce qui subsiste de démocratie chez nous, et à nous transformer en une démocratie du même type que celle que dirige son ami Poutine, qui écrase tout opposition et réduit au silence toute opinion qui ne lui plaît pas».

L’an dernier, en juillet, Haneen Zoabi avait été exclue du parlement par un «comité d’éthique» (!) pour six mois après avoir osé affirmer que les meurtriers de trois jeunes colons juifs dans la région de Hébron n’étaient pas des terroristes. La mort de ces colons, que le gouvernement s’était empressé d’imputer au Hamas, avait servi de prétexte au déclenchement d’une offensive sanglante contre la population de la Bande de Gaza en juin 2014. Le Parquet général avait admis que les propos de H. Zoabi ne constituaient pas une violation de la loi israélienne, mais elle n’en avait pas moins été sanctionnée par des “pairs”… et adversaires.

Haneen Zoabi avait encore fait l’objet de poursuites, en octobre dernier, après avoir accusée par des policiers (arabes) de les avoir outragés à Nazareth en juillet 2014. Dans le contexte de l’enlèvement et de l’assassinat atroce d’un jeune Palestinien de 13 ans,  Mohammed Abu Khdeir, les policiers assuraient le service d’ordre lors d’une audience au tribunal à Nazareth, où comparaissaient des jeunes arrêtés lors de manifestations de protestation. Haneen Zoabi les aurait traités de “collaborateurs avec les oppresseurs de leur propre peuple”.  Elle aurait également dit que d’autres Arabes «devraient essuyer le plancher avec eux» et «leur cracher au visage» et leur aurait ajouté qu’ils devraient «avoir peur de la “Chabab” [3]».

La députée avait été poursuivie pour incitation à la violence et d’outrages. Elle a finalement conclu un accord avec l’accusation (selon une procédure courante dans le droit israélien de “plaider coupable” [4] qui permet d’éviter un procès). Elle a admis les outrages verbaux et les accusations d’incitation à la violence ont été abandonnées, alors qu’elles étaient au centre des poursuites.

Haneen Zoabi, à l’occasion de ce marché passé entre ses avocats et l’accusation, avait souligné que «cela prouve la désinvolture avec laquelle un député arabe, ou les Israéliens arabes, peuvent être inculpés pour incitation à la violence».

«En revanche, lorsque Avigdor Lieberman a appelé à couper la tête des Arabes israéliens avec une hache, l’accusation a dit qu’il était difficile d’interpréter cela comme un appel à la violence. De toute évidence, il y a une politique systématique de double standard entre Juifs et arabes et entre députés juifs et arabes», avait-elle déclaré.

L.D.


[1] La «liste conjointe» est une coalition électorale de formations politiques représentant la minorité palestinienne d’Israël (20% de la population), constituée à la suite d’une modification de la législation électorale qui visait à empêcher tous ces partis d’obtenir un seul siège dans un parlement où, pour la majorité de ceux qui y siègent, il est évident que des non-juifs ne devraient pas pouvoir y siéger. En présentant une seule liste de candidats, ces partis sont parvenus à éviter d’être tout simplement exclus du parlement israélien par la manœuvre des partis sionistes.
[2] Amzi Bishara, membre fondateur du parti Balad, et élu à la Knesset, dont il a démissionné en 2007. Quelques jours plus tard, il était accusé de «crime contre la sécurité d’Israël» pour avoir prétendument collaboré avec le Hezbollah libanais pendant la guerre de juillet-août 2006 (alors qu’au même moment Israël menait une agression contre Gaza).
[3] jeunesse militante
[4] relativement semblable à la “comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité” en France, où la peine est négociée avec le Parquet (en anglais : plea bargain) et l’accord ensuite homologué par le juge.

Sources : YnetNews  et Jerusalem Post et Haaretz

Print Friendly, PDF & Email