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Le complexe militaro-affairiste israélien, pépinière de trafiquants d’armes internationaux

Israël – et plus précisément son complexe militaro-industriel – est une formidable pépinière de trafiquants d’armes à l’échelle internationale. C’est ce que constate Yosi Melman dans Haaretz, qui écrit que “au moins sept trafiquants d’armes israéliens sont actuellement en prison dans quatre pays – États-Unis, Russie, France et Grande-Bretagne – accusés de trafics d’armes illégaux. Certains d’entre eux sont également soupçonnés de crimes tels que la contrefaçon, la corruption, le blanchiment d’argent et le viol des embargos décidés par le Conseil sécurité de l’ONU”.

Le palmarès, qui ne concerne que ceux qui sont en prison, tandis qu’on peut subodorer que beaucoup d’autres sont toujours en activité, est en effet impressionnant :

  • Shimon Naor-Hershkowitz purge 11 années de prison en France, pour trafic d’armes roumaines à destination des rebelles d’Angola
  • Yair Klein a été arrêté en Russie à la demande de la Colombie qui l’accuse d’avoir organisé l’entraînement de gardes du corps au service des “barons de la drogue” (cet espèce de mercenaire avait déjà séjourné quelque peu dans les prisons de Sierra-Leone),
  • Gidon Sarig a été condamné il y a quelques mois à sept ans de prison en Grande-Bretagne pour trafic d’armes en direction de pays d’Afrique et d’Amérique Latine,
  • Ofer Pazaf a été arrêté par le FBI à Las Vegas en compagnie de Yohanan Cohen et de Haim Gary. Là encore les armes étaient destinées à l’Afrique.
  • Hanoch Miller a été arrêté il y a quelques jours aux États-Unis, où il s’était associé à un colonel en retraite de l’U.S. Air Force pour se procurer quelques milliers de AK-47 (Kalashnikov) qui devaient être expédiés secrètement via le Panama et la Bosnie vers la Somalie. C’est du moins la version officielle de l’affaire, mais elle présente de nombreuses incohérences, et en particulier le fait que le gouvernement du “Somaliland” (soutenu par les États-Unis et l’Éthiopie) pouvait fort bien se procurer ces armes sans avoir recours à un personnage sulfureux comme Hanoch Miller.

Dans les média israéliens – qui pourtant font souvent grand cas de l’arrestation d’Israéliens à l’étranger, comme par exemple récemment celle de Uri Brodsky en Pologne (à propos de qui un ministre israélien proclamait que dès l’instant où un juif israélien est arrêté quelque part dans le monde le devoir des autorités est de “le ramener au pays”) – ces cas n’ont été évoqués que du bout des lèvres et rapidement oubliés.

« Même si il est douteux que ces prisonnier se connaissent mutuellement, ils ont beaucoup de choses en commun. Tous sont des hommes dans la cinquantaine ou la soixantaine. Tous ont une situation matérielle confortable (ou l’ont eue dans le passé), après avoir fait la majeure partie de leur argent dans les commerce d’armes international ou dans l’exportation des services et d’équipements de sécurité en provenance d’Israël. Ils ont servi dans les Forces armées israéliennes et atteint les grades de niveau intermédiaire (de capitaine à lieutenant-colonel), et quand ils ont été arrêtés, ils ont nié les accusations. Leurs amis qui sont venus à leur secours les ont décrits, naturellement, comme “le sel de la terre”.

Tous les sept sont des visages familiers dans les couloirs de l’establishment de la défense, et ont un jour ou l’autre reçu des autorisations du ministère de la Défense pour le commerce d’armes. Tous ont cherché à « accélérer les procédures » en violation des lois locales ou internationales, et ont fait preuve d’avidité à l’état pur. En raison de cette rapacité, ils sont également tombés dans des pièges et peuvent s’attendre à passer de nombreuses années en prison.», écrit Yosi Melman.

L’accumulation d’affaires de trafic d’armes au centre desquelles on trouve des Israéliens tout droit sortis des milieux de “l’industrie de la sécurité” israélienne, dont les frontières avec les milieux politiques sont des plus floues et des plus poreuses, a “un effet très dommageable pour l’image d’Israël ou ce qu’il en reste”, ajoute-t-il.

« La seule consolation pour ceux qui se soucient de la réputation d’Israël, c’est que si dans le passé, la supposée “crème de la crème” * de la société israélienne aurait rapidement fait bénéficier [les trafiquants en question] d’une assistance de haut niveau des représentants du gouvernement, des ministres (comme Ephraïm Sneh, au nom de Naor-Hershkowitz ) et d’anciens compagnons d’armes, cette fois – apparemment en raison de l’engagement d’Israël à adopter les normes de l’OCDE, qui l’a récemment admis en son sein – les marchands d’armes ne suscitent qu’assez peu d’intérêt et ne doivent s’attendre à obtenir de l’aide que de parents et d’amis proches », conclut Yosi Melman.

A quelque chose le scandale que représente l’admission dans l’OCDE  – en violation des règles internes de l’organisation – de l’État-voyou par excellence serait donc bon ?

 


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