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Le combat des écoliers de Gaza pour se rendre à l’école

Territoires palestiniens occupés :
Le combat des écoliers de Gaza pour se rendre à l’école

GAZA, 5 février 2010 (IRIN) – Le 1er février, près d’un demi-million d’enfants de Gaza sont retournés dans leurs écoles surpeuplées et délabrées. Nombreux sont ceux à qui s’applique un système de tournante; de plus, les manuels scolaires manquent, de même que le papier et les uniformes scolaires.

« Je n’ai pas d’uniforme scolaire parce que mon papa n’a pas de travail et il a dit qu’il n’avait pas assez d’argent pour m’en acheter un », a déclaré Mohammed al-Khouli, un gamin de neuf ans inscrit à l’école primaire publique al-Mu’tasem, à Gaza même. « Je dois emprunter des stylos et des crayons aux autres enfants de ma classe parce que moi-même, je n’en ai pas. »

L’offensive militaire israélienne, qui a duré 23 jours et s’est terminée le 18 janvier 2009, a « des conséquences dévastatrices sur le système de l’éducation », affirme un rapport du Bureau de l’ONU pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Palestinian school children stand in line next to a tent used as a classroom since the Islamic School was destroyed during January’s Israeli military offensive, in Rafah, southern Gaza Strip, Wednesday, Dec. 30, 2009.

Palestinian school children stand in line next to a tent used as a classroom since the Islamic School was destroyed during January’s Israeli military offensive, in Rafah, southern Gaza Strip, Wednesday, Dec. 30, 2009.

Quelque 440.000 écoliers et étudiants sont inscrits dans 640 écoles, à Gaza; 383 sont des écoles publi­ques, donc gérées par le gouvernement, 221 sont gérées par l’Agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) et 36 sont des écoles privées, selon les chiffres du ministère de l’Éducation et de l’UNRWA.

Le rapport de l’OCHA affirme qu’au moins 280 écoles ont été endommagées par le conflit, y compris 18 qui ont été complètement détruites.

Pas de reconstruction

Le ministère de l’Éducation a déclaré qu’aucune école n’avait été reconstruite ou réparée en raison de l’embargo israélien sur l’entrée à Gaza de matériaux de construction, dont Israël prétend qu’ils pourraient être utilisés à des fins militaires.

Le ministère admet qu’il a besoin de quelque 25.000 tonnes de fers à béton et de 40.000 tonnes de ciment pour construire 105 nouvelles écoles s’il désire répondre à l’augmentation annuelle du nombre d’écoliers.

« La guerre a eu et a toujours un impact dramatiquement négatif sur l’ensemble du système éducatif », affirme Yousef Ibrahim, ministre adjoint de l’Éducation à Gaza, à l’adresse d’IRIN. Et d’ajouter qu’environ 15.000 enfants en provenance des écoles endommagées ont été transférés vers d’autres écoles pour une seconde pause de cours, « réduisant ainsi la durée des classes de façon significative ».  

Ibrahim déclare que bien des écoles utilisées, qui ont subi des dégâts, n’ont même plus de toilettes en état de fonctionnement, qu’elles n’ont plus d’eau ni d’électricité, que les classes sont surpeuplées et qu’il y sévit un manque dramatique de tables, de chaises, de portes et d’encre. Il ajoute que la moitié des écoliers et étudiants des écoles publiques sont privé d’au moins un manuel scolaire pour leurs travaux du présent trimestre.

Le 4 février, l’UNRWA a commencé à distribuer des manuels scolaires à tous les élèves dépendant d’elle, déclare Khalil al-Halabi, responsable à Gaza de l’UNRWA pour l’enseignement. Mais il ajoute qu’en raison du chômage et la pauvreté, de plus en plus d’écoliers et d’étudiants assistent au cours sans avoir mangé du tout.
D’après le ministère de l’Éducation, 164 écoliers et 12 enseignants de ses écoles ont été tués au cours du conflit.

L’UNRWA a déclaré de son côté que 86 enfants et 3 enseignants avaient perdu la vie dans ses écoles.
« Les écoliers, dont des milliers ont perdu des membres de leur famille et/ou leur foyer, souffrent toujours de traumatismes et de crises d’angoisse et ils ont besoin d’une aide psychosociale ainsi que d’activités ludiques et récréatives », ajoute le rapport de l’OCHA.

Khalid Salim, un professeur de sciences de 43ans à l’école préparatoire Abu Ja’far al-Mansour à Gaza Nord, dit que c’est devenu un combat que d’enseigner aux enfants.

« La plupart ne comprennent pas les cours ; ils sont absolument incapables de se concentrer (…). Ils oublient tout ce qu’on leur explique en classe. Quand je leur fais passer leurs examens, 80 pour cent échouent. Avant la guerre, il y avait à peine 3 pour cent d’échecs ! », dit-il. « Quand ils entendent les avions à réaction israéliens, les enfants se mettent à pleurer et à hurler tellement ils ont peur. »


http://www.irinnews.org/Report.aspx?ReportId=88005

Traduction : Jean-Marie Flémal

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