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Le combat de Lea Tsemel, l’avocate de Mustapha Awad, contre les services de sécurité israéliens

 

Extrait d’une conférence de Lea Tsemel, l’avocate israélienne de Mustapha Awad à Tournai, dans le cadre des « 8 h pour Mustapha » le samedi 23 mars 2019

(traduction de l’anglais)

Lea Tsemel avec un jeune danseur debke du groupe Raj’een, lors des « 8 h pour Mustapha » à Tournai

On m’a présenté le cas de Mustapha, peu après son arrestation.

Mais lui, comme les autres prisonniers de sécurité, ne peut pas voir un avocat tant que les interrogatoires sont en cours. Le but est de complètement isoler la personne sous interrogatoire.

Nous avons fait tous les efforts pour le voir et, finalement, nous avons appris qu’il avait été interrogé par les services de sécurité et par la police.

Alors vous devez vous demander : Pourquoi était-il sous interrogatoire ? Il s’agit d’une personne qui vit en Belgique et qui vient seulement pour une brève visite ?

Peut-être a-t-il été interrogé parce que, la première fois qu’il est venu, ils ne lui ont pas permis d’entrer. Et puis, parce qu’ils est né au Liban et qu’il est d’origine palestinienne. Donc ils se demandent : « Qu’est-ce qu’il est venu chercher ? »

Mustapha avait une réponse très claire. Il disait : ma famille vient d’Acre, pas loin de Haïfa, et je voulais découvrir mes racines.

Et je dois dire qu’il est vraiment naïf, parce qu’après un refus d’entrée la première fois, il est revenu un an après et, cette fois, il a été arrêté. Parce que les Israéliens se sont dit : « Il est revenu, cela peut cacher quelque chose. » Et c’est ainsi qu’il a été interrogé.

Il a été interrogé durement et ce qui ressortait de l’interrogatoire, c’était : Oui, il a été impliqué dans un groupe palestinien, en dehors du groupe de debke, et là, ils ont parlé de la politique, de l’histoire, et sur ce qui pouvait être fait. Il a participé à quelques manifestations. Donc, une personne normale demanderait : OK, ses actions n’ont pas eu lieu en Israël, pourquoi Israël devrait-il le juger ?

Il est important de savoir qu’Israël a une loi spéciale qui s’applique à tout personne, à n’importe qui, n’importe où dans le monde, qui peut potentiellement avoir fait quelque chose qui mettrait Israël en danger. Israël a le droit, selon cette loi, de condamner cette personne. Et Mustapha est tombé dans cette catégorie. Étant actif, étant dans les manifs, étant dans une organisation, etc. Donc il pouvait être traduit en justice.

Du fait que nous avons fait un « plea bargain », une peine négociée avec le procureur, nous avons obtenu une peine considérée comme très légère, 12 mois d’emprisonnement. Et, en tant qu’avocate travaillant dans ce domaine depuis presque 50 ans, je peux dire que 12 mois est une peine légère. C’était une peine légère parce que ce qui était reproché était vraiment minime, parce que ses activités militantes étaient minimes.

Il a été condamné finalement à 12 mois de prison. Puis il est tombé dans cette catégorie spéciale de « prisonnier de sécurité ».

Il vous le racontera certainement à son retour : Il s’est retrouvé avec d’autres prisonniers de sécurité. Et, en tant que tel, comme vous l’a raconté An, sa mère belge, il n’avait pas le droit de donner des coups de fil.

En ce qui concerne les visites, les prisonniers palestiniens ont le droit de recevoir de courtes visites, par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, mais les prisons se trouvent à l’intérieur d’Israël et, par conséquent, les familles de prisonniers de Gaza ou de la Cisjordanie doivent entrer en Israël avec des bus spéciaux, et leurs visites sont vraiment rares et courtes.

Probablement, Mustapha vous racontera qu’il a appris beaucoup, qu’il a enrichi son expérience, en étant là, avec les autres prisonniers.

Maintenant, chaque prisonnier en Israël a le droit d’obtenir une réduction d’un tiers de la peine, s’il se comporte bien en prison. Normalement il pouvait être libéré après 8 mois. Donc, après 7 mois de détention, j’ai demandé au Comité concerné de le libérer. Mustapha a eu un rapport très positif sur son comportement de la part de l’officier de sécurité de la prison.

Ce Comité discutait son cas, s’il devait être libéré ou pas. D’un côté, ils avaient le rapport positif de l’officier de sécurité de la prison qui disait qu’il ne mettait personne en danger. Et, de l’autre côté, on avait la décision de la Cour de district, lorsqu’il a été jugé. Ce verdict disait que la personne n’avait pas voulu entrer en Israël pour commettre un acte terroriste. C’est ce que le procureur a dit aux juges. Donc, avec ces deux cartes gagnantes, ils ont décidé de le libérer : une libération anticipée.

La mère de Mustapha a vécu une via dolorosa, parce que finalement il n’a pas été libéré après la décision. Je vais vous donner les détails, parce qu’ils vous donnent un tableau réel de ce qu’est d’Israël.

Mustapha a été libéré de la prison de Gilboa en Galilée, il a été amené à la prison de Ramleh, près de l’aéroport de Tel-Aviv (Givon) et il était censé être expulsé d’Israël, parce qu’il n’a pas de visa. Comme les services de sécurité avaient prétendument perdu son passeport, le consul belge, heureusement, s’est avéré très coopérant et lui a délivré un passeport temporaire. Sa mère belge a commandé le ticket d’avion et, alors, tard dans la soirée, juste avant de se rendre à bord de l’avion, une sorte de sonnette a retenti dans les têtes des services de sécurité.

Je n’étais pas là, mais je m’imagine qu’à un moment donné, ils se sont dit : « Quoi, libérer un prisonnier de sécurité !!! Vous êtes fous ??? Et que diront les autres ??? Ce sera un précédent !!! Non, non, il faut arrêter cela tout de suite !!! »

Donc un ordre a été donné, je ne sais pas comment, pour bloquer l’expulsion de Mustapha. Et on l’a renvoyé à la prison à Gilboa. C’était un acte complètement illégal. Mais voilà, ça, ce sont les services de sécurité.

Et nous avons passé de nouveau 20 jours et deux autres audiences à la Cour de Nazareth afin de convaincre la Cour qu’il devait être libéré et que son retour à la prison était complètement illégal.

Les services de sécurité étaient absolument furieux. Les trois juges leur ont dit à plusieurs reprises : « S’il vous plaît, acceptez sa libération, sinon nous allons prendre une décision et ce ne sera pas en votre faveur». Mais ils ont continué à s’obstiner 1 et, ainsi, finalement, la Cour a donné sa décision : Mustapha doit être libéré. On espère que cette décision sera mise en pratique dans les deux jours qui viennent 2

Voilà l’histoire, une histoire simple, une histoire facile, je dois dire.

Si vous voyez le film en janvier 3, vous verrez que j’apparais là comme l’avocate perdante, celle qui perd toujours. Ceci n’est donc pas une histoire typique.

Et je voudrais vous dire que nous avons besoin de vous : vous connaissez la situation, vous connaissez la situation mondiale, la situation en Israël, vous connaissez la détérioration, y compris dans la société israélienne, il y a trop de soutien pour Israël dans le monde, Israël est en train de devenir de plus en plus à droite, raciste, nous vivons clairement dans un État d’apartheid, déjà, et nous avons besoin d’un support du dehors. Et le fait d’être ici à Tournai me donne de l’optimisme et je vous remercie pour votre soutien.

 

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Notes   [ + ]

1. Lea dira dans la discussion avec la salle : Il est important de savoir que les services de sécurité ont donné un rapport expliquant pourquoi Mustapha ne devrait pas être libéré. Je n’ai pas vu ce rapport, bien sûr, il est secret. Mais les juges ont dit qu’ils ne trouvaient rien qui empêcherait la libération de Mustapha.
2. Lea a prononcé ces mots le samedi 23 mars; ce mardi 26 mars Mustapha n’a toujours pas été libéré.
3. Un documentaire intitulé «Lea Tsemel, Avocate» est sorti sur les 50 ans de défense des prisonniers palestiniens par Lea Tsemel. Il sera probablement projeté dans le cadre du festival Ramdan à Tournai, au mois de janvier

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