Dans l'actu

Le capitaine israélien qui a vidé le chargeur de son arme sur une écolière palestiniennne : «non coupable» !

Un officier de l’armée israélienne qui a tiré sur une écolière palestinienne de 13 ans, et a vidé le chargeur entier de son arme automatique, puis qui a déclaré qu’il aurait fait la même chose si elle avait eu seulement 3 ans, a été acquitté de toutes les charges pesant contre lui par un tribunal militaire le 15 novembre.

Ce militaire, qui a seulement été idéntifié comme “Capitaine R” n’avait été inculpé que pour des charges relativement mineures après avoir tué Iman al-Hams,  qui avait été frappée de 17 coups de feu alors qu’elle s’aventurait dans les environs d’un poste militaire israélien, près du camp de réfugiés de Rafah, à Gaza, il y a un an.

Les circonstances de la mort de Iman al-Hams, et la révélation d’un enregistrement dans lequel le capitaine était averti qu’il ne s’agissait que d’une enfant “morte de peur”, ont fait de cette exécution l’une des plus controversées depuis le début de l’intifada palestinienne, il y a cinq ans, alors même que des centaines d’autre enfants ont aussi été tués.

Après le verdict,le père de Iman, Samir al-Hams, a déclaré que l’armée n’a jamais eu la moindre intention de tenir le militaire pour responsable se ses actes. “Ils ne l’ont pas accusé de meurtre, alors qu’il a tiré à de nombreuses reprises sur ma fille, mais seulement d’infractions mineures, et maintenant même de cela ils le déclarent innocent”, a-t-il dit. “Cet officier l’a assassinée une première fois, et maintenant le tribunal l’assassine une nouvelle fois. Quel est le message ? Ils disent à leurs militaires de tuer les enfants palestiniens”.

Le tribunal militaire a acquitté l’officier de l’accusation d’usage illégal de son arme, de celle de “conduite inappropriée pour un officier” et d’obstruction à la Justice découlant du fait qu’il avait demandé aux soldats sous ses ordres de faire de fausses déclarations à propos de l’incident.

Les avocats du “Capitaine R” ont fait valoir que la “confirmation de la mort” est une procédure standard de l’armée israélienne après qu’un suspect ait été abattu “afin d’éliminer une menace terroriste”.

A la suite de ce verdict, le “Capitaine R” a éclaté en sanglots, s’est tourné vers les bancs du public et a déclaré : “Je vous avait dit que j’étais innocent”.

Selon la version officielle de l’armée, Iman a été tuée parce qu’elle avait pénétré dans une “zone de sécurité” en portant son cartable d’écolière, dont les soldats israéliens ont craint qu’il contienne une bombe. Les raisons pour lesquelles la fillette s’est aventurée dans cette zone ne sont pas connues, mais les témoignages ont établi qu’elle se trouvait à une centaine de mètres au moins du poste militaire, lequel était en tout état de cause bien protégé.

Un enregistrement des échanges radio entre le “Capitaine R” et ses troupes, obtenu par la télévision israélienne, a révélé que dès le début les militaires israéliens avaient bien identifié Iman comme une enfant. Dans cet enregistrement, un soldat se trouvant dans une tour d’observation du poste militaire, communique avec un de ses collègues se trouvant dans la salle de commandement et il décrit Iman comme “une petite fille” qui était “morte de peur”. Après que les soldats aient ouvert le feu une première fois, elle a laissé tomber son cartable, dans lequel plusieurs balles ont été tirées, ce qui permettait d’établir qu’il ne contenait pas d’explosifs. A partir de ce moment, elle ne portait plus le cartable et, ainsi que l’a révélé l’enregistrement, elle s’éloignait du poste militaire au moment où elle a été abattue.

Quoique les militaires se demandaient si Iman ne constituait pas “un appât” destiné à les faire sortir de leur base afin que des complices puissent les attaquer,  le “Capitaine R” avait décidé de prendre la tête d’un groupe d’hommes pour faire une incursion à l’extérieur. Peu après, on l’entend dans l’enregistrement dire qu’il a abattu la fillette et qu’il la pensait morte. Et ensuite in “confirme la mort”.

Je m’approche un peu, avec un autre soldat,… on avance pour confirmer la mort… Voici un rapport sur la situation : nous avons tiré et nous l’avons tuée. J’ai aussi confirme la mort”, dit-il.

Des témoins palestiniens ont déclaré qu’ils ont vu le capitaine tirer sur Iman à deux reprises dans la tête, s’éloigner, revenir sur ses pas et alors vider son chargeur dans son corps inanimé. Dans l’enregistremenent, on entend le “Capitaine R” qui “clarife” à l’intention des hommes sous son commandement la raison pour laquelle il a tué Iman : “Ici le commandant. Tout ce qui est mobile, qui se déplace dans la zone de sécurité, même si c’est un enfant de trois ans, doit être tué”.

A aucun moment les troupes israéliennes n’ont été soumise à une quelconque attaque.

Le “Capitaine R” avait affirmé qu’il n’avait pas tiré sur la fillette, mais juste à côté d’elle. Pourtant, le Dr al-Hams, qui a inspecté le corps de l’enfant à l’hôpital de Rafah, a constaté de nombreuses blessures. “Elle a au moins 17 balles dans différentes parties du corps, un peu partout dans le buste, les bras et les jambes”, a-t-il déclaré au Guardian peu après les faits. “Il s’agit de balles de fort calibre, tirées à courte distance. Les blessures les plus sérieuses sont à la tête. Elle a été atteinte par trois balles dans la tête. Une balle a été tiré depuis le côté droit du crâne, derrière l’oreille. Elle a eu un très gros impact sur tout le visage”.

L’enquête préliminaire de l’armée avait concu que le capitaine “n’avait pas agi d’une manière contraire à l’éthique”. Mais après que certains soldats qui se trouvaient sous son commandement se soient exprimés dans la presse israélienne pour livrer différentes versions des faits, la police militaire avait entamé une enquête séparée, à l’issue de laquelle il avait été mis en accusation.

Le “Capitaine R” avait déclaré que les témoignages des hommes sous ses ordres étaient irrecevables parce que ils sont Juifs alors que lui-même est Druze.

La transcription

On trouvera ci-dessous la transcription de l’enregistrement de la conversation qui eut lieu entre un soldat, posté dans une tour d’observation (ici : “La tour”), une salle de commandement des opérations (ici : “La salle”) et le “Capitaine R”, qui se trouvait sur le terrain à proximité de la tour et qui a tué la fillette.

La salle :Nous parlons d’une fille de moins de 10 ans ?
La tour :Une fille d’environ 10 ans. Elle est derrière un talus, elle meurt de peur

Quelques instants plus tard, Iman est abattue à partir d’une des positions de l’armée.

La tour :Je crois qu’une des positions l’a éliminée
Capitaine R :Un autre soldat et moi… on va s’approcher un peu, pour confirmer la mort… Voici un rapport de situation. Nous avons tiré l’avons tuée. Terminé.”

Ensuite, le “Capitaine R” tient à clarifier les raisons pour laquelle il l’a tuée.

Capitaine R : “Ici le commandant. Tout ce qui se déplace, tout ce qui bouge dans la zone [de sécurité], même si c’est un enfant de trois ans, doit être tué. Terminé”.


Source : The Guardian

 

Print Friendly, PDF & Email