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Le ‘Camp sioniste’ révèle son véritable visage raciste

Gideon Levy

Gideon Levy dans Haaretz à propos de la disqualification de la parlementaire Haneen Zoabi, l’empêchant de se porter candidate à la Knesset.


Haneen Zoabi, la première Palestinienne à avoir été élue à la Knesset, le Parlement israélien, pour le parti national-palestinien Baladi.

Haneen Zoabi, la première Palestinienne à avoir été élue à la Knesset, le Parlement israélien, pour le parti national-palestinien Baladi.

Shimon Peres est de retour, son nom est Isaac Herzog. Le vent mauvais du Mapai est également de retour, il s’appelle le « Camp sioniste ». Endormez, endormez, endormez tout le monde ; tournez vos regards vers la droite, n’ayez d’yeux que pour elle, rivalisez avec elle, gardez-vous bien de toute démarche courageuse. Parfois une décision malheureuse suffit pour se rendre compte comment toute la chose fonctionne. Dans le cas du Camp sioniste, il s’agit de la décision de soutenir la disqualification de la parlementaire Haneen Zoabi (Joint List – Liste unie) l’empêchant de se porter candidate à la Knesset. Avec une gauche de cet acabit, nous n’avons plus du tout besoin du président de Yisrael Beiteinu, Avigdor Lieberman ; Yariv Levin, du Likoud, fera très bien l’affaire.

Le seul espoir que le Camp sioniste soit parvenu à créer, c’était qu’il allait au moins mettre un terme à l’écrasement de la démocratie par la droite. Des gens comme Herzog, les députés Tzipi Livni, Shelly Yacimovich, Merav Michaeli et Stav Shaffir connaissent deux ou trois choses des dangers qui guettent la démocratie ici. Ils savent également que le véritable test de la démocratie se situe dans son attitude envers les Arabes et la gauche radicale. Aujourd’hui, cet espoir a été anéanti.

Si le Camp sioniste disqualifie Zoabi, une candidate courageuse, authentique et légitime qui n’a pas fait de mal à une mouche et qui reflète les opinions de ses électeurs, les Arabes d’Israël et les vrais partisans de la démocratie le sauront : Sur cette question non plus, il n’y a pas de différence entre la droite et cette gauche. Après que Herzog a annoncé que « dans la guerre contre le terrorisme, il n’y a pas de différence », aujourd’hui, il n’y a pas de différence non plus dans la guerre contre les « Zoabi ». Ainsi donc, qu’est-ce que veut tout ce camp ? Et Manuel Trajtenberg [l’économiste identifié aux protestations sociales de 2011 et qui désormais a rallié le Camp sioniste] ?

La première conclusion des Arabes d’Israël et de leurs représentants à la Knesset doit être celle-ci : Pas de coopération avec le Camp sioniste, ni durant les élections, ni après. Ne pas voter pour lui et ne pas recommander au président que Herzog forme le prochain gouvernement. Herzog a signé le décret de divorce lui-même, après avoir déjà annoncé l’exclusion de la Liste unie de son gouvernement. Il doit en payer le prix.

Mais, dans sa décision, le Camp sioniste a prouvé quelque chose de plus profond et de plus significatif : Dans l‘Israël de 2015, le sioniste et la démocratie ne peuvent aller main dans la main ; il y a une contradiction interne, inhérente et inévitable, entre le sioniste contemporain et les droits de la minorité arabe d’Israël et il y a aussi, naturellement, une contradiction profonde entre « juif » et « démocratique ».

De ce point de vue, le Camp sioniste a rendu une grande contribution à la vérité : cela n’existe pas, « juif » et « démocratique ». Dans sa décision, le Camp sioniste a choisi « juif » au détriment de « démocratique » : Le Camp sioniste sait que, derrière la décision de disqualifier Zoabi, se tient le désir transparent d’écarter tous les « Zoabi » de la Knesset. Cela n’existe pas, une démocratie où les responsables élus sont empêchés d’émettre des critiques, comme Zoabi est accusée de le faire, à l’encontre d’un membre de leur propre peuple qui sert dans une force de police tuant d’autres membres de leur peuple.

Mais un parti qui a choisi de s’appeler le « Camp sioniste », en crachant au visage des Arabes dont certains l’ont soutenu dans le passé, ne peut qu’appuyer la disqualification d’un individu qui menace l’ordre sioniste et défie les privilèges juifs au sein d’une démocratie complètement déformée. Zoabi devrait être disqualifiée, selon Herzog et Livni, parce qu’elle met en danger la structure idéologique chancelante sur laquelle leur camp s’appuie, et qui ne propose aucune solution au problème palestinien ni de réponse aux Arabes d’Israël. Ce camp sait seulement comment tricher et tromper, aux mieux de sa tradition. Livni veut en arriver à un arrangement, mais uniquement pour réaliser son rêve d’un État juif, un rêve nationaliste dans tous les sens du terme. Et Herzog ne veut que plus de négociations encore, et ainsi il y aura la paix et la tranquillité.

Conscient des légers dégâts que le Camp sioniste pourrait provoquer, il s’est hâté d’« équilibrer » sa décision : Il soutiendra également la disqualification de Baruch Marzel, de l’ultra-droite. Cet équilibrage complètement absurde, si typique, est même pire encore dans son hypocrisie. Aux yeux du Camp sioniste, le tueur en série, la brute violente et déclarée coupable est comparable à Zoabi, qui n’a jamais été déclarée coupable de quoi que ce soit. Mais ayez confiance dans le Camp sioniste et dans les sycophantes arabes. Assez tôt, nous verrons Herzog et Livni en tournée dans les communautés arabes, en train de manger du knafeh, de se faire prendre en photo avec des gens coiffés de keffiehs et de scander des slogans lapidaires à propos de la démocratie, de la paix et de l’égalité.

Gideon Levy


Publié sur Haaretz le 8 février 2015

gideon_levyGideon Levy est journaliste au quotidien israélien Haaretz.
Il a publié : Gaza, articles pour Haaretz, 2006-2009, La Fabrique, 2009
Vous trouverez de nombreux autres articles de Gideon Levy en français sur ce site

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