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Le bannissement vers Gaza de Hana Shalabi est un crime de guerre

Hana Shalabi a été expulsé aujourd’hui vers Gaza,  pour une durée de 3 ans, durant lesquels elle ne pourra plus voir sa famille, ses amis. 3 ans qui l’empêchent de se construire un avenir.

Beaucoup de questions se posent sur le « deal« , l’accord qu’Israël est parvenu à lui imposer. Au 43e jour de sa grève de la faim contre sa détention administrative, Hana Shalabi se trouvait dans un situation d’extrême faiblesse. Elle ne pouvait pas rencontrer ni sa famille, ni ses avocats, ni son médecin.

Ci-dessous la déclaration commune d’Addameer Prisoner Support (Addameer – Soutien aux prisonniers), de Human Rights Association (Assoc. des droits de l’homme) et de Physicians for Human Rights-Israel (Médecins pour les droits de l’homme – Israël).

Hana Shalabi, à son arrivée à Gaza, dans une ambulance

Hana Shalabi, à son arrivée à Gaza, dans une ambulance

En tant qu’organisations vouées à la promotion et à la protection des droits de l’homme, et très intéressées par l’affaire Hana Shalabi, Addameer and Physicians for Human Rights-Israel (PHR-Israel) sont préoccupés par l’annonce de l’expulsion aujourd’hui vers la bande de Gaza de Hana Shalabi, trois jours à peine après avoir prétendument mis un terme à sa grève de la faim.

Addameer et PHR-Israel condamnent les Services carcéraux d’Israël pour avoir refusé aux deux association le droits de visite de Hana Shalabi dans les jours qui ont précédé les modalités de sa libération et de son expulsion vers la bande de Gaza et depuis la finalisation de cet accord, le 29 mars. Addameer et PHR-Israel craignent, étant donné sa situation médicale grave, que les restrictions d’accès imposées au médecin et aux avocats de Hana Shalabi, outre l’interdiction des visites de la famille, n’aient été utilisées comme méthodes de coercition. De plus, vu la rapidité du transfert de Hana Shalabi, de sérieuses inquiétudes existent à propos de la disponibilité et de la mise sur pied de soins médicaux adéquats, à même de répondre à ses besoins urgents.

Hana Shalabi
mérite le plus grand respect pour la détermination dont elle a fait preuve durant sa grève de la faim. Cependant, alors que sa libération de sa détention administrative devrait être bien accueillie, Addameer et PHR-Israel sont obligés de mettre en exergue leurs inquiétudes à propos de ces aspects de la transaction qui sont en contradiction flagrante avec les lois internationales. La libération de Hana Shalabi dépend de son expulsion pour une période de trois ans vers la bande de Gaza qui, bien que faisant partie des Territoires palestiniens occupés (TPO), a été hermétiquement fermée du reste des TPO par Israël. Par conséquent, sans la moindre garantie qu’elle ou sa famille auront la permission de voyager, son expulsion pourrait essentiellement devenir une extension de son isolement précédent vis-à-vis de son foyer et de sa famille, lorsqu’elle était en prison.

Il existe de nombreux exemples d’accords similaires imposés par Israël en ce qui concerne le transfert forcé ou la déportation de prisonniers politiques palestiniens ou de personnes « ciblées ». Très récemment, lors de l’échange de prisonniers d’octobre 2011, 18 prisonniers cisjordaniens, y compris ceux de Jérusalem-Est, ont été expulsés vers la bande de Gaza pour une période de trois ans, pendant que 146 autres y étaient réinstallés sur base permanente, selon les conditions de leur libération. Et 41 autres prisonniers étaient déportés à l’extérieur des TPO. Dans de récents accords, des individus expulsés vers la bande de Gaza pour des périodes courtes n’ont pas nécessairement obtenu l’autorisation de retourner chez eux après avoir bouclé la période stipulée dans l’accord.

Les termes de ces expulsions violent l’article 49 de la Quatrième Convention de Genève, qui interdit les transferts forcés et les déportations de personnes protégées, et cette proscription fait d’ailleurs partie des lois humanitaires et coutumières internationales.

Vu la flagrante asymétrie dans le pouvoir, résultant de l’occupation belligérante, entre les parties palestiniennes et israéliennes impliquées, ni le « consentement » potentiel des prisonniers ni le fait que ces accords ont été négociés par une autorité palestinienne ne peuvent servir de justification aux déportations, puisque la chose va à l’encontre de l’esprit des articles 7, 8 et 47 de la 4ème Convention de Genève concernant l’inviolabilité des protections accordées par ladite Convention.

Dans le cas de Hana Shalabi, d’autres inquiétudes se font jour quand on considère son état médical fragile après une grève de la faim aussi longue. Le transfert de Hana Shalabi de l’hôpital Meir au centre médical des Services carcéraux israéliens de la prison de Ramleh, le 28 mars, permet de douter que la prise en considération de ses soins médicaux ait été celle qui s’imposait. Une grève de la faim de 43 jours constitue une menace évidente pour la vie de la personne en grève et requiert des examens médicaux pointus et professionnels, lesquels ne sont pas fournis par le centre médical de Services carcéraux israéliens. Le suivi attentif d’une  grève de la faim aussi longue est également primordial pour garantir l’état de santé de l’individu.

Le fait que Hana Shalabi a été transférée au centre médical des Services carcéraux israéliens sans qu’on en ait informé son médecin indépendant, et le fait qu’elle a commencé à se nourrir sans être sous la surveillance d’un hôpital soulève d’autres doutes sur le processus décisionnel des Services carcéraux et sur les considérations non médicales qui pourraient avoir influencé la décision de la retirer de l’hôpital. De plus, les Services carcéraux ont créé des obstacles tels qu’il a été quasiment impossible de se plier aux instructions fournies par la Déclaration de Malte concernant les soins médicaux aux grévistes de la faim, principalement en refusant la présence d’un médecin indépendant auprès des grévistes de la faim. Dans les cas, et de Khader Adnan, et de Hana Shalabi, la première visite d’un médecin indépendant n’a été autorisée qu’après l’intervention d’un tribunal.

Le médecin indépendant de Hana Shalabi n’a une fois de plus pas été consulté à propos de l’annonce de l’expulsion de Hana Shalabi vers la bande de Gaza. Addameer et PHR-Israel craignent que la transférer – alors qu’elle est toujours en récupération de sa grève de la faim – vers le système médical de Gaza en pleine déstabilisation pourrait compromettre plus gravement encore son état médical.

Addameer et PHR-Israel répètent que le transfert forcé et la libération sous condition ne sont pas une alternative au renoncement par Israël à sa pratique de la détention arbitraire. Il est impératif de réclamer une résolution permanente de cette pratique israélienne de la détention arbitraire, en conformité avec les lois humanitaires internationales. Addameer et PHR-Israel appellent la communauté internationale à intervenir et à exiger qu’Israël se plie immédiatement à ses obligations légales, qu’il mette un terme à sa politique de la détention administrative et qu’il fournisse des soins de santé adéquats et fiables à tous les prisonniers en grève de la faim

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