L'actu

L’avocate de Ahed Tamimi dénonce le harcèlement sexuel dont elle a été l’objet pendant un interrogatoire

Sur les images vidéo d’un interrogatoire, un officier israélien dit à Ahed Tamimi : « Tu as les yeux d’un ange ». L’avocate de l’adolescente dénonce l’absence d’officier femme lorsque sa cliente était interrogée

L’avocate d’Ahed Tamimi accuse un interrogateur israélien d’avoir harcelé sexuellement la jeune Palestinienne de 17 ans, arrêtée en décembre dernier à Nabi Saleh, en Cisjordanie occupée, pour avoir giflé un soldat israélien devant une caméra.

Gaby Lasky a déposé une plainte auprès du procureur général israélien, affirmant que l’un des interrogateurs avait interrogé Ahed Tamimi d’une manière inappropriée, en particulier compte tenu de son statut de mineure, et a émis des remarques sur son apparence physique. Gaby Lasky a décrit le comportement de l’interrogateur, officier de l’unité de renseignement militaire AMAN 1, comme une « violation flagrante de la loi », qualifiable de harcèlement sexuel.

L’avocate s’est plainte à deux reprises au procureur général, mais aucune enquête n’a été ouverte sur le comportement des enquêteurs des services de renseignement israéliens. Un porte-parole de l’armée israélienne a déclaré mercredi au site d’information hébreu Ynet qu’une enquête avait été ouverte sur cette affaire.

Gaby Lasky a dénoncé le fait que, malgré son âge, Ahed Tamimi a été interrogée simultanément par deux hommes, sans la présence d’une femme officier dans la pièce ou d’un professionnel spécialisé dans l’interrogation des mineurs.

Alors que les forces israéliennes doivent assurer la présence d’une femme lors d’un interrogatoire de femme(s), d’anciennes prisonnières palestiniennes ont affirmé à Middle East Eye que les policières n’étaient pas toujours présentes et servaient souvent de couverture pour les abus verbaux et physiques pendant les interrogatoires.

Ahed Tamimi avait 16 ans lorsqu’elle a été arrêtée pour avoir giflé un soldat israélien qui ne voulait pas quitter le domicile de sa famille, le jour même où les forces israéliennes ont tiré une balle en acier recouverte de caoutchouc sur son cousin Mohammed Tamimi, âgé de 15 ans.

Gaby Lasky a ajouté que l’interrogateur en question avait menacé d’arrêter les proches de Ahed Tamimi et de les interroger eux aussi, si elle continuait à garder le silence pendant les interrogatoires. « Cela prouve que le système d’application de la loi [israélien] porte atteinte aux droits des mineurs palestiniens », conclut la plainte.

La séquence d’interrogation a été divulguée

Des images vidéo de l’interrogatoire de Ahed Tamimi ont été divulguées dimanche à The Daily Beast, montrant que l’adolescente aurait subi deux heures d’interrogatoire le 26 décembre.

Selon The Daily Beast, Ahed Tamimi a affirmé qu’elle avait le droit de garder le silence alors que deux interrogateurs masculins essayaient différentes tactiques pour la faire parler. « Tu as les yeux d’un ange », a dit un interrogateur à Ahed Tamimi en arabe, faisant « de sinistres tentatives de flirt » tout en proférant des menaces contre sa famille.

La vidéo était celle de son troisième interrogatoire. Elle y apparaît menottée et assise derrière un bureau, dans un bureau de police, selon The Daily Beast.

Ahed Tamimi purge actuellement une peine de huit mois à la prison militaire d’Ofer après la conclusion d’un accord de “plaider coupable”.  Avant que la cour accepte l’accord de « plaider coupable » conclu entre le procureur et la défense, la jeune fille avait déclaré : « Il n’y a pas de justice sous l’occupation et cette cour est illégitime.»

La mère de Ahed Tamimi, Nariman, a également été détenue et condamnée à huit mois de prison pour avoir filmé et partagé la vidéo.


Source : Middle East Eye en français

Print Friendly, PDF & Email

Notes   [ + ]

1. AMAN est l’acronyme hébreu pour le département du renseignement de l’État-major général de l’armée israélienne, autrement dit le renseignement militaire (les deux autres branches principales du renseignement israélien étant le Shin Bet – pour le renseignement intérieur et le contre-espionnage – et le MOSSAD – pour le renseignement et les “opérations spéciales” extérieures. Le AMAN dispose aussi d’unités agissant hors des frontières israéliennes, comme son “Service 13” qui a dès les années 1950 créé des réseaux d’espionnage et de sabotage composés de Juifs de la diaspora en Égypte et ailleurs (voir Ronen Bergman, “Rise and kill first – The secret history of Israel’s Targeted Assassinations » (Random House Ed. – 2018) – NDLR