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L’Autorité palestinienne emprisonne les gazouis (Amira Hass)

La célèbre journaliste israélienne Amira Hass, qui a vécu de nombreuses années à Gaza (la seule journaliste israélienne juive dans ce cas), dresse un constat amer dans Haaretz :

Amira Hass

Amira Hass

Mensonges et pouvoir vont main dans la main. Mais ce qui est considéré comme scandaleux dans un État souverain constitue une catastrophe pour une société qui lutte pour sa liberté.

Les Palestiniens ont deux variétés de gouvernance, sous l’occupation, et toutes deux sont en concurrence pour le titre douteux de « gouvernement ».

Toutes deux engendrent également des mensonges afin de pouvoir perpétuer leur statut. Le gouvernement du Hamas, qui a remporté la majorité des suffrages lors des élections législatives palestiniennes, n’est pas reconnu par la plupart des pays. Pourtant, ces pays acceptent avec chaleur le gouvernement de l’Autorité palestinienne, qui a été désigné par le président et chef du parti qui a perdu les élections, c’est-à-dire le Fatah.

C’est ce gouvernement même qui a expliqué sa décision de reporter les élections municipales et locales, normalement prévues le 17 juillet de cette année, par son désir d’empêcher la fracture politique entre la Cisjordanie et Gaza de s’aggraver. Des élections parallèles n’auraient pas été possibles dans la bande de Gaza en raison de la scission entre les partis et des conflits à propos de l’autorité et de la légitimité.

On pourrait discuter de la logique de l’entêtement initial à vouloir tenir des élections qui auraient fortifié la réalité du double pouvoir (une expérience politique à Gaza et une autre, différente, en Cisjordanie). C’est pourquoi, en effet, les cercles indépendants de Gaza ont favorablement accueilli la décision de reporter ces élections.

Mais tout le monde sait que la véritable raison de ce report réside dans les disputes internes au sein du Fatah, de même qu’une possible crainte que les opposants ne remportent un succès – en dépit du fait que le Hamas a annoncé qu’il boycotterait ces élections.

Le même gouvernement qui intercale un appel à mettre fin au blocus de Gaza dans chacune de ses déclarations, aide dans la pratique à emprisonner les Gazaouis en empêchant un grand nombre d’entre eux d’avoir un passeport palestinien valide. Non seulement le gouvernement du Fatah refuse d’envoyer des passeports vierges afin qu’ils soient remplis (forçant donc ainsi les Gazaouis à recourir aux services d’agences intermédiaires qui envoient les demandes à Ramallah) mais son service général des renseignements intervient également (comme la chose a été révélée récemment) et s’oppose dans de nombreux cas à l’octroi de passeports à des résidents de Gaza.

Actuellement, avec l’Égypte qui allège les restrictions d’accès à son territoire par sa frontière avec Gaza, cette cruauté arbitraire est devenue plus évidente encore. Le sentiment d’emprisonnement et les mensonges qui emballent la chose engendrent les ressentiments envers le gouvernement de Ramallah – même parmi ceux qui ne sont pas des partisans du Hamas.

Les forces de sécurité en Cisjordanie continuent à arrêter les personnes identifiées au Hamas. Le fait que la grande majorité de ces personnes sont emprisonnées durant de longues périodes, sans jugement ni même sans aucune accusation, fait surgir le soupçon que cette pratique n’a pas pour but de pallier des risques sécuritaires, mais de venger la défaite du Fatah à Gaza et d’opprimer ses opposants politiques.

Prenons le cas de Mouras Amira, par exemple, du village de Na’alin. En tant que bénévole paramédical du Croissant-Rouge, il se rend chaque vendredi aux manifestations organisées dans son village contre le mur de séparation. Il a été arrêté voilà six semaines par les services généraux de la sécurité palestinienne et n’a été relâché qu’hier, sans qu’on ait fourni la moindre explication à lui-même, à sa famille ou à ses amis.

Le gouvernement de Ramallah soutient la lutte populaire dans ses termes mais, dans le même temps, ses services de sécurité harcèlent continuellement les militants de Na’alin proches du Hamas. Ils les arrêtent pendant deux ou trois jours, les relâchent, les arrêtent à nouveau. C’est pourquoi le soutien officiel à la lutte populaire est considéré tout simplement comme un vulgaire mythe. Ce n’est aucunement une surprise si les protestations sont demeurées dans le domaine privé des personnes directement affectées par les expropriations de terres et qu’elles n’ont pas attiré les masses, en tout cas, certainement pas celles qui remplissent les salons de thé, les restaurants et les festivals à Ramallah.

Ce sont les mêmes services de sécurité qui ont reçu les félicitations de l’occupant pour le calme qu’ils sont parvenus à faire régner dans le même temps que l’occupant agit en confisquant des terres, en démolissant des maisons, en expulsant des gens, en appréhendant des enfants, en empêchant toute liberté de mouvement et en tuant. Les mensonges accompagnant ces activités et l’étroite relation de ces mensonges avec le Fatah jettent une ombre sur la crédibilité de la direction du même Fatah aux yeux de ses propres gens.


Traduction : JM Flémal

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