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L’arrestation d’un agent du Mossad à Varsovie déstabilise l’alliance Pologne-Israël

Le gouvernement Netanyahou est-il en train de parvenir à brouiller sérieusement Israël avec un autre de ses alliés inconditionnels ? C’est ce dont une partie de la presse israélienne s’inquiète en voyant monter la tension entre Israël et la Pologne, à la suite de l’arrestation à Varsovie d’un présumé agent du Mossad, qui aurait participé à [la préparation de] l’assassinat de Mahmoud al-Mabhouh à Dubai, en janvier dernier.

L’agent (ex-)secret israélien, un certain Uri Brodsky, était sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par l’Allemagne via Interpol.  L’Allemagne réclame son extradition et pourrait le juger pour “complicité dans l’obtention illégale d’un passeport” allemand lors de l’assassinat de Mahmoud al-Mabhouh, avant de l’extrader éventuellement à son tour vers Dubai (quoique rien ne soit moins sûr).

Deux ministres israéliens ont exigé dimanche de la Pologne qu’elle rapatrie directement Brodsky. “Israël doit s’opposer à l’extradition de tout ressortissant d’Israël vers un pays tiers et tout faire pour le ramener dans son pays”, a plaidé le ministre des Transports Israël Katz, un proche de Netanyahu. Le ministre du Tourisme Stas Miseznikov a, pour sa part, affirmé que “la Pologne doit faire savoir à l’Allemagne qu’elle va rapatrier cet Israélien et que s’il y a une plainte contre lui, nous disposons d’un système judiciaire qui a prouvé sa crédibilité vis-à-vis du droit international”. Défense de rire !

Pour les Israéliens, l’affaire sent plus que le roussi car – comme l’explique Yossi Melman dans Haaretz – il existe traditionnellement des liens de coopération étroits entre les services secrets allemands et les services secrets israéliens. Idem pour la Pologne : « La Pologne est considérée comme l’un des plus grands amis d’Israël dans le monde entier, sans parler de l’Union européenne. Les deux pays ont des liens étroits, y compris des accords économiques, des marchés d’armement, des relations culturelles et le soutien de la Pologne pour Israël dans les forums internationaux, en particulier l’Organisation des Nations Unies. Selon des rapports étrangers, Israël et la Pologne ont également des liens secrets dans leur communauté du renseignement », écrit-il. Le secret observé par les autorités polonaises autour de l’arrestation de Brodsky peut apparaître comme une preuve de ces liens. L’information a été révélée par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel.

Selon Yossi Melman, le seul fait que des pays traditionnellement plus que bienveillants à l’égard d’Israël – comprenez : qui sont en général disposés à fermer les yeux sur ses crimes – aient choisi à l’évidence de ne pas encore “tourner la page” après l’assassinat de Mahmoud al-Mabhouh à Dubai (dont il y a gros à parier que leurs dirigeants se soucient en fait comme d’une guigne, mais qui relève du terrorisme d’État israélien de plus en plus difficile à tolérer), est significatif de l’exaspération croissante que la politique israélienne suscite dans le monde.

« Le coup de Dubaï peut bien avoir été un succès sur le plan opérationnel, il a gravement nui à Israël diplomatiquement. La Grande-Bretagne a expulsé le représentant du Mossad à l’ambassade d’Israël à Londres, suivie de l’expulsion par l’Australie du représentant du Mossad à Canberra. L’Irlande envisage également diverses actions, y compris l’expulsion de l’attaché militaire [israélien à Dublin].
Les dommages politiques subis par Israël se manifestent par une série d’actions – ou l’absence d’actions – qui indiquent que le monde en a marre des actes d’Israël et considère Israël comme le caïd du quartier qui méprise et viole les normes internationales. Les bons amis d’Israël, comme l’Australie, l’Allemagne et la France ont du mal à défendre Israël et à justifier leur soutien à Israël face à leur opinion publique », conclut Yossi Melman.

Mieux vaut tard que jamais.

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