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L’armée israélienne pulvérise des herbicides pour détruire des cultures à Gaza

Michael Schaeffer Omer-Man (avec Haggai Matar)

L’armée israélienne a admis pulvériser par voie aérienne des herbicides sur les cultures des agriculteurs de Gaza. Et elle affirme que ces pulvérisation sont destinées à “permettre les opérations de sécurité”. Les cultivateurs palestiniens affirment des des centaines d’acres [1] de cultures vivrières sont détruits ou endommagés.

L’armée israélienne a confirmé avoir utilisé des avions d’épandage pour tuer la végétation – et peut-être “par inadvertance”, des cultures – à l’intérieur de la Bande de Gaza, la semaine passée. Selon des officiels palestiniens, plus de 420 acres [1] de terres agricoles ont été endommagées par la pulvérisation de ces produits toxiques.

Un agriculteur palestinien dans son champ, proche de la frontière est de la Bande de Gaza. On peut distinguer un poste militaire israélien, à l’arrière-plan, à gauche.

Un agriculteur palestinien dans son champ, proche de la frontière est de la Bande de Gaza. On peut distinguer un poste militaire israélien, à l’arrière-plan, à gauche. La frontière est marquée par la zone verte foncée qui traverse l’image de part en part horizontalement. Les organisations de défense de droits humains ont répertorié des douzaines de cas de tirs d’armes à feu visant des personnes ne représentant aucune menace, se trouvant bien au-delà de la zone interdite de 300 mètres appelée ”no-go zone“ imposée par l’armée israélienne à l’intérieur des frontières de Gaza. Très souvent les soldats israéliens ouvrent le feu sans avertissement ni sommations. (photo: Ryan Rodrick Beiler/Activestills.org)

Il y a des années que l’armée israélienne a imposé unilatéralement une “no-go zone” [2]  interdite tout au long de la frontière. Il semble désormais qu’elle ait décrété une “no-grow zone”, dans laquelle la présence de végétation elle-même n’est plus acceptée. “La pulvérisation aérienne d’herbicides et d’inhibiteurs de germination a été réalisée dans la zone frontière la semaine passée afin de permettre des opérations de sécurité dans des conditions optimales et en permanence”, a déclaré dimanche un porte-parole de l’armée israélienne au site +972.

Des officiels du Ministère palestinien de l’Agriculture ont déclaré à l’agence de presse palestinienne Ma’an que des fermiers ont rapporté que des avions israéliens ont aspergé leurs champs adjacents à la frontière pendant plusieurs journées consécutives. Des cultures d’épinards, de petits pois, de persil et de haricots ont été détruites dans la zone de al-Qarrara, à l’est de Khan Younis et dans la zone de Wadi al-Salqa, dans la partie centrale de la Bande de Gaza, selon le rapport établi.

Le porte-parole de l’armée n’a pas répondu aux questions relatives à la destruction de cultures. Les médias israéliens n’ont fait aucune mention de la pulvérisation d’herbicides par l’armée à Gaza.

Un soldat met en joue des civils palestiniens non armés, près de la frontière

Un soldat israélien met en joue des civils palestiniens non armés qui manifestent près de la frontière entre la Bande de Gaza et Israël, près de Nahal Oz (oct. 2015) – (Ezz Zanoun/Activestills.org)

Depuis de nombreuses années, l’armée israélienne a imposé une zone interdite dans laquelle on ne peut s’aventurer sans être abattu. Au cours de derniers mois, l’armée d’occupation a tué au moins 16 Palestiniens et en a blessé au moins 379 autres qui étaient entrés ou s’étaient approchés de la zone interdite. La plupart d’entre eux participaient à des manifestations près de la frontière.

Les cultivateurs et les ouvriers agricoles qui font les récoltes sont régulièrement pris pour cible quand ils approchent de la frontière. Les Palestiniens rapportent de nombreux cas où ceux qui ont été pris pour cible se trouvaient à l’extérieur de la zone interdite. Ceux qui ont été abattus étaient rarement armés.

Pulvériser des herbicides qui détruisent les cultures, tout comme ouvrir le feu sur des hommes et femmes de tous âges dans les abords de la frontière met en danger des vies humaines et leurs moyens de subsistance”, a déclaré Shai Grunberg, porte-parole de l’organisation Gisha (un groupe israélien de défense des droits humains qui travaille pour défendre la liberté de mouvement des Palestiniens à Gaza). “Le droit international impose à Israël, en vertu du contrôle qu’il exerce sur Gaza, de favoriser la vie normale de la population à l’intérieur [du territoire] de la Bande”.

Du point de vue militaire israélien, la zone tampon permet à l’armée d’exercer un contrôle pour éviter la pose d’enfin explosifs improvisés, les embuscades et les franchissements de la frontière. Les forces terrestres israéliennes font régulièrement des incursions à l’intérieur de la Bande de Gaza pour détruire tout ce qui gêne la visibilité pour les soldats postés sur la frontière, y compris l’abattage d’arbres ou la démolition de constructions. On peut supposer que l’usage d’herbicides vise également à assurer une visibilité parfaitement dégagées pour les sentinelles et les tireurs israéliens, afin d’identifier toute menace.

Cependant, on estime que 35% des terres cultivables et 17% du total du territoire de la Bande de Gaza surpeuplée se trouvent le long de la zone frontière, ce qui implique que les restrictions à la circulation et la pulvérisation d’herbicides chimiques ont un impact significatif et nuisible sur les moyens de subsistance de la population de Gaza.

La zone frontière est aussi utilisée par des collecteurs de gravier et de débris de construction [de récupération], ainsi que pour des pâturages et la chasse de volailles.

Au fil du temps, l’armée israélienne a donné des informations contradictoires concernant la zone interdite, notamment en ce qui concerne ses dimensions et les règles que les soldats sont supposés respecter avant de tirer sur des personnes qui y pénètrent pour diverses raisons. D’après les indications données au cours des derniers mois, il apparaît que la zone interdit couvre 300 mètres à partir de la frontière, mais les agriculteurs sont théoriquement autorisés à approcher jusqu’à 100 mètres, à pied. Mais l’étendue de la zone interdite peut varier selon les endroits, selon Gisha.

L’armée ne donne aucune indication quant à la manière dont elle fait la distinction entre les agriculteurs, les autres civils et des combattants, cependant “un principe de base du droit international humanitaire est de distinguer entre combattants et civils”, écrit le groupe israélien de défense des droits humaines B’Tselem dans un rapport sur la “no-go zone” de Gaza. “Quand il y a un doute quant au fait de savoir si des personnes sont des civils ou des combattants, elles doivent être traitées comme des civils”.

A Palestinian herder tends his sheep near the northern border between Gaza and Israel, Beit Hanoun, February 18, 2014. Human rights organizations have documented dozens of cases of Israeli army gunfire at persons who posed no threat and were well outside the 300-meter so-called "no-go zone" imposed by the Israeli military inside Gaza's borders. In many cases, no warning was given before soldiers opened fire.

Un berger palestiniens accompagne son troupeau à proximité de la frontière nord de la Bande de Gaza, aux environs de Beit Hanoun (fév. 2014) .

Pendant la guerre du Vietnam, les États-Unis ont répandu d’énormes quantités d’“Agent Orange”, de napalm et d’herbicides et défoliants afin de détruire de vastes zones de la jungle du Vietnam, à des fins militaires. Après que les effets dramatiques de ces pratiques pour l’environnement et la santé des populations ait été divulgués, la Communauté internationale a mis au point une convention internationale sur la modification de l’environnement, qui limite l’usage militaire d’herbicides, qui est entrée en vigueur en 1978. Israël n’a pas signé cette convention. […]


[1] un acre anglo-saxon = 4.047 m²

L’original de l’article dont ceci est une adaptation est paru sur +972 le 28 décembre 2015, sous la signature de Michael Schaeffer Omer-Man (avec la participation de Haggai Matar).
Traduction et adaptation : Luc Delval.

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