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L’armée israélienne n’exécute que 3% des ordres de démolition visant des colonies juives

On sait depuis longtemps que le gouvernement israélien – ou plutôt LES gouvernements israéliens successifs, quelle que soit leur composition – l’armée (si tant est qu’on parvienne encore à faire une distinction entre armée et gouvernement, celle-ci peuplant les rangs de celui-là), une Justice aux ordres (qui donne l’illusion d’un système démocratique en émettant spectaculairement des décisions supposées déplaire au gouvernement mais dont chacun sait qu’elles ne sont majoritairement pas exécutées) et le mouvement des colons se livrent en permanence et en toute complicité à une partie de cache-cache vis-à-vis de la “communauté internationale”.

Le soi-disant “gel” des implantations – temporaire, partiel et en tout état de cause guère appliqué, et qui sert en plus de prétexte pour verser encore plus d’argent aux colons sous prétexte d’indemniser un préjudice imaginaire – faussement concédé par Netanyahu est de ce point de vue un chef d’œuvre.

Dans un récent article de Haaretz, Amos Harel rapporte que « ce mois-ci le Forum des anciens commandants de la brigade d’infanterie Golani (sans le lieutenant-général Gabi Ashkenazi, qui est toujours en service actif) a visité les implantations. Le groupe a été surpris de découvrir que le gel des construction en Cisjordanie a une allure bien différente sur le terrain et dans les média. Sur un site dans un grand bloc de colonies, les officiers à la retraite ont vu des constructions massives. Le chef du conseil local a expliqué que le gel a en effet bloqué de nombreux projets dans les phases de planification, mais que la construction de ceux dont les fondations avaient été construites avant l’entrée en vigueur du moratoire continuent intensément. “Nous n’avons pas eu un tel boom de la construction depuis des années”, a-t-il admis ».

Le mouvement “Peace Now !” (La Paix Maintenant) apporte un élément de confirmation de plus dans un rapport qui met en évidence la complicité active de l’armée avec la colonisation de la Palestine : selon les auteurs de ce rapport, l’armée israélienne n’a réellement mis à exécution que 107 des 3.449 ordres de démolition visant des “implantations illégales” juives qui lui ont été délivrés entre 1997 et 2007. Les démolitions d’habitations palestiniennes, elles, vont bon train comme on le sait.

72% des ordres de démolition concernaient des édifices construits à l’est du mur de l’apartheid (“barrière de séparation” dans le vocabulaire orwellien israélien), lui même en grande partie construit sur le territoire Palestinien situé à l’est de la “ligne verte”.

Rappelons toute l’ambiguïté de la notion d’implantation illégale utilisée par les israéliens : cette expression vise pour eux les colonies ou embryons de colonies établies sans l’aval des autorités israéliennes d’occupation. Pour le reste du monde, TOUTES les implantations juives en Cisjordanie (ou jadis à Gaza), sur le plateau du Golan ou en territoire libanais SONT ILLÉGALES, car contraires au droit international, maintes fois réaffirmé par les instances de l’ONU.h_11_ill_3460779_plantu13082013b

« Parmi les auteurs de violations [des règles israéliennes, elles-mêmes globalement illégales] : des entreprises industrielles, des entreprises de téléphonie cellulaire, des agents publics, et l’armée israélienne elle-même » affirme le rapport, ajoutant que le plus grand nombre de “constructions illégales” ont été effectuée à Ofra et Beit El.

Selon “Peace Now !”, l’Administration civile – c’est-à-dire les organes de l’armée d’occupation qui gèrent les territoires occupés – n’applique tout simplement plus les lois sur les construction à l’intérieur des limites municipales officielles des colonies, en raison d’une directive de 1998 du commandement de central de l’armée. Cela revient à dire que l’armée ne considère plus le territoire de ces “municipalités” créées en violation du droit international comme faisant partie de la Palestine occupée, mais les traite comme si il faisait partie intégrante du territoire israélien, où l’ “administration civile” (militaire) n’intervient pas.

Qui plus est, la droite israélienne exerce une intense pression pour que les constructions – qui n’ont jamais réellement cessé – “reprennent” au plus vite.

Dans l’article déjà cité plus haut, Amos Harel notait que « sous Netanyahou, les pourparlers indirects avec les Palestiniens ne mèneront nulle part. En effet, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman a déclaré mercredi que la construction dans les territoires reprendra dès que le gel arrive à expiration, à la fin de septembre. Face à la pression de Lieberman, les colons et surtout de l’extrême droite du Likoud , le Premier ministre aura du mal à annoncer une extension du moratoire de la construction. D’autre part, mettre fin en lui causer des ennuis avec la Maison Blanche ».

Raison pour laquelle, ajoutait Amos Harel, l’entourage de Netanyahou vit dans l’espoir que « les Républicains [américains] vont réaliser un petit miracle lors des élections à mi-mandat de novembre prochain, et qu’ensuite le président Obama va perdre toute envie d’autres affrontements publics avec Israël ».

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