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L’armée israélienne forcée aux aveux : il y a bien eu un trafic d’organes prélevés sur des Palestiniens

Il y a quelques mois, Israël a poussé des cris d’orfraie et lancé ses sempiternelles accusations d’antisémitisme quand le journal suédois Aftonbladet a fait état de témoignages à propos d’un trafic d’organes de Palestiniens, auquel l’armée israélienne aurait pris part.

Un porte-parole du ministère israélien des Affaire étrangères avait parlé d’un article “tellement ouvertement raciste et propice à déclencher des crimes racistes que nous pensons que les autorités doivent s’occuper de cette affaire” (Le nouvel Observateur).

Or, Israël a maintenant reconnu que dans les années 1990, ses médecins légistes avaient collectés les organes de corps morts, notamment sur des Palestiniens, sans autorisation des familles.

L’aveu apparaît dans l’interview du Dr Jehuda Hiss, ancien directeur du principal institut médico-légal israélien, Abu Kabir. Il concède que des organes ont été prélevés sur des corps, notamment palestiniens, au cours des années 1990, sans demander l’accord des familles des défunts.

Le Dr Hiss a fait ces déclarations en 2000 à un universitaire américain. Ce dernier a décidé de ne le rendre public que maintenant en raison d’une controverse qui a éclaté l’été dernier à la suite de l’article du Aftonbladet.

Des extraits de l’entretien ont été diffusés ce week-end (20 décembre 2009) sur la 2e chaîne de télévision israélienne. Le Dr Jehuda Hiss précise que des cornées ont été prélevées sur des cadavres “de manière extrêmement informelle. Aucune autorisation n’était demandée à la famille”.

Dans son interview, l’ancien responsable raconte comment les médecins dissimulaient l’ablation. “Nous collions les paupières fermées”. “Nous ne prenions pas de cornées quand nous savions que les familles ouvriraient les yeux”.

De nombreux éléments sont apparus au grand jour quand Hiss a été démis de sa charge à l’institut en 2004, en raison des irrégularités dans l’emploi des organes prélevés. Néanmoins, les poursuites criminelles à son encontre ont été abandonnées, et il travaille toujours à l’institut comme pathologiste en chef.

Hiss a dirigé l’institut à partir de 1988. Mais d’après lui, dès 1987, des chirurgiens militaires avaient utilisé de la peau prélevée sur des corps pour des greffes de brûlés. Hiss affirme qu’il pensait à l’époque que les familles avaient donné leur accord. Les prélèvements auraient cessé en 2000.

L’auteur de l’entretien, Nancy Scheper-Hugues, professeur à Berkeley, a décidé de publier l’interview en réponse à la controverse soulevée par l’article du journal, qui avait créé des tensions diplomatiques. Pour cette anthropologue, la pratique symbolique de prendre la peau de l’ennemi “a été reconsidérée”.

Pour le ministère de la santé israélien, les directives à l’époque n’étaient pas claires. Parce que évidemment il faut des “directives claires” pour savoir qu’on n’a pas le droit de prélever des organes “de manière informelle” et sans l’autorisation de personne…  Par ailleurs le Ministère de la Santé a affirmé que les prélèvements d’organes avaient bien été autorisés par les familles… mais n’explique pas pourquoi dans ce cas le prélèvement des cornées était dissimulé comme décrit plus haut.

On croirait entendre les “justifications” de certains accusés du procès de Nuremberg !

Nancy Scheper-Hugues ne produit pas de preuves qui viendraient appuyer les accusations selon lesquelles des Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne dans le but de leur prélever ensuite des organes, dans le cadre d’un trafic.

Toutefois, en réponse à ce reportage, l’armée israélienne a été obligée de reconnaître que des prélèvements d’organes “sauvages” ont bien eu lieu, ce qu’elle avait toujours démenti. L’activité “a cessé il y a dix ans, et cela n’arrive plus” d’après un communiqué militaire repris par la télévision.

On est donc prié de croire l’armée israélienne sur parole, comme on devait croire – sous peine d’être taxé d’antisé­mitisme pathologique – ses dénégations mensongères d’hier. Placées devant l’évidence de leurs mensonges, les autorités israéliennes font la part du feu en admettant le strict minimum de ce qu’il n’est plus possible de nier.

En attendant, très probablement, de devoir concéder petit à petit d’autres lambeaux de vérité, qui renforceront cette réalité aux multiples visages : la société israélienne, prisonnière de l’idéologie sioniste fondamentalement raciste, ne traite pas les Palestiniens comme des humains.

Tantôt ce sont des indésirables gêneurs dont elle cherche par tous les moyens (notamment en leur rendant la vie insupportable pour qu’ils émigrent) à se débarrasser, tantôt ce sont des “ressources” au même titre que l’eau qu’elle leur vole, que la terre qu’elle leur confisque, que leur travail qu’elle exploite dans des conditions qu’on a peine à imaginer dans un pays industrialisé.

Et qu’on ne raconte pas que “cela a cessé il y a dix ans”, et que “cela n’arrive plus”. De mille manière, cela se produit tous les jours. Leur exploitation post mortem n’est que le prolongement horrifiant de leur exploitation et de leur humiliation de leur vivant.

Une dernière chose : chacun aura été frappé de constater que les grands média occidentaux – radios, télés, journaux, et leurs sites sur le net… – ont tous fait leurs grands titres de cette lamentable affaire. Non ? Cela ne vous a pas frappé ?

Imaginez maintenant, juste un instant, ce que cela aurait donné si on avait découvert un trafic d’organes prélevés sur des Juifs, où que ce soit dans le monde. Pour s’en faire une idée, il suffit de compter le nombre d’articles consacrés au vol d’un morceau de portail, le tristement célèbre “Arbeit macht frei” à Auschwitz.

Ferraille hautement symbolique, mais ferraille quand même, en regard de laquelle la profanation de cadavres arabes ne pèse évidemment rien…

 

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