Dans l'actu

L’armée d’occupation israélienne protège les trafiquants d’armes et de drogue contre la police palestinienne

La journaliste Amira Hass, du quotidien israélien Haaretz, met en évidence la collusion de l’occupant avec les pires criminels de droit commun en Cisjordanie, dans le but de rendre la vie impossible à la population palestinienne.

Un moyen parmi bien d’autre qui s’insère dans une stratégie globale d’expulsion « à bas bruit« , visant à voler toujours plus de territoires palestiniens et à se débarrasser de toujours plus d’habitants arabes.

Le 11 mai dernier, Haaretz avait révélé que l’occupant israélien a clandestinement révoqué le statut de résident de 140.000 Palestiniens de Cisjordanie entre 1967 et 1994, en mettant sournoisement à profit le fait qu’ils voyageaient à l’étranger, sans même prendre la peine d’en informer les intéressés (et évidemment en leur laissant encore moins la possibilité de défendre leurs droits).

La bataille se livre autour de Jérusalem, notamment à Abu Dis, patelin de 12.000 habitants dont il fut un temps question comme d’un ersatz de capitale pour le futur État de Palestine, en lieu et place de Jérusalem-est. En janvier 2004, le « mur de l’apartheid » a coupé Abu Dis en deux et l’a séparé de Jérusalem-est, où ses habitants ne peuvent plus se rendre sans disposer d’un permis de l’occupant.


La division artificielle [de la Cisjordanie occupée] entre « zones A », « zones B » et « zones C » [instaurée par les accords d’Oslo II *] était supposée être effacée des cartes et disparaître du vocabulaire en 1999. Au lieu de cela, Israël l’a érigée en dogme et s’acharne à la perpétuer.

Azzariyeh, à l’est de Jérusalem, est plus que toute autre une localité qui permet d’apprécier le travail des forces de l’ordre palestiniennes dans des villes comme Naplouse ou Ramallah. Dans ces cités, les forces de sécurité palestiniennes sont considérées comme des détentrices d’une autorité qui s’efforce de servir et de protéger les citoyens palestiniens, et pas seulement comme des prolongements du Fatah ou comme des sous-traitants des Forces Armées Israéliennes et des services secrets du Shin Bet.

Mais, contrairement à Ramallah ou Naplouse, qui se trouvent sur des territoires classés en « catégorie A », Azzariyeh et les localités voisines de Sawahra et de Abu Dis sont enfermées dans une enclave de « catégorie B », où l’armée israélienne n’autorise pas la police palestinienne à remplir ses missions.

L’accord intérimaire d’Oslo II a déterminé que l’Autorité Palestinienne est chargée du maintien de l’ordre public dans les « zones B », mais dans le même souffle il limite son autorité et les moyens par lesquels elle est autorisée à agir pour protéger la population contre les troubles à l’ordre public. En fait, pratiquement toute initiative prise par la police palestinienne en « zone B » doit recevoir préalablement l’autorisation de l’armée israélienne.

Le "mur de l'apartheid" coupe Abu Dis en deux. Devinette pour les amateurs : à votre avis, de quel côté se trouvent les bonnes terres agricoles de la localité ? **

Le « mur de l’apartheid » coupe Abu Dis en deux. Devinette pour les amateurs : à votre avis, de quel côté se trouvent les bonnes terres agricoles de la localité ? **

Et Israël, qui ne fait preuve d’aucune inhibition lorsqu’il s’agit de violer des clauses essentielles des accords [avec les Palestiniens], se montre particulièrement méticuleux dans ce cas précis. Le nombre de policiers [palestiniens] est limité, la police [palestinienne] n’obtient pas l’autorisation de déménager un poste de police abrité dans un bâtiment de fortune vers un immeuble à appartements, ils n’ont le droit de porter ni uniformes ni armes, ils n’ont pas le droit de faire appel à des renforts lorsqu’il s’agit de repérer des trafiquants d’armes ou de drogue, et ils n’ont pas le droit de délivrer des convocations.

Faut-il dès lors s’étonner que l’enclave de Azzariyeh-Abu Dis soit devenue un refuge pour les hors-la-loi de la Cisjordanie ?  Non pas que cette enclave n’ait pas connu son lot de troubles. Depuis qu’en 2005 la construction du mur l’a coupée en deux, tous ses liens avec son environnement naturel et le centre urbain voisin, Jérusalem-est, ont été rompus. L’isolement de l’enclave, l’appauvrissement et le désespoir qui en ont résulté, sont douloureux comme une brûlure fraîche.

La division artificielle [de la Cisjordanie occupée] entre « zones A », « zones B » et « zones C » [instaurée par les accords d’Oslo II *] était supposée être effacée des cartes et disparaître du vocabulaire en 1999. Au lieu de cela, Israël l’a érigée en dogme et s’acharne à la perpétuer.

La plus grande part – 60% – est désignée comme « zone C », ce qui signifie qu’Israël y assure entièrement le contrôle des affaires civiles comme de la sécurité. Les raisons pour lesquelles Israël entend que cela ne change pas sont évidentes. Après tout, c’est ce qui laisse à Israël toute latitude pour continuer à vider cette partie du territoire palestinien de sa population et encourager de plus en plus de Juifs à violer la légalité internationale et à s’y installer.

Mais qu’en est-il des « zones B » ?  Pourquoi Israël tient-il à ce que le trafic de drogue et d’armes soit florissant dans des zones qui se trouvent à quelques dizaines de mètres de Ma’aleh Adumim et à quelque trois kilomètres du quartier général de la police [israélienne] des districts de Judée et Samarie [la Cisjordanie – NDLR], qui ont en commun – ce qu’on oublie souvent – de violer le droit international en raison de leur localisation sur les terres de villages palestiniens ?

Il est vrai qu’il y a aussi les transports publics sans licence (clandestins), les constructions sans permis, la pollution de l’environnement… Mais les trafics de drogue et d’armes font paraître tout cela comme négligeable, par comparaison.

Une situation similaire prévaut à A-Ram, une localité hybride située entre Ramallah et Jérusalem, qui est également coupée de son passé, de son environnement et de ses terres par le mur. A un jet de pierre (par-dessus un mur et des clôtures de barbelés) de Jérusalem, quelque 100.000 personnes ont été abandonnées à elles-mêmes pour ce qui est de veiller à leur sécurité personnelle. Une situation qui peut être renversée.

Y a-t-il quelque calcul délibéré derrière l’obstination à s’accrocher de manière pointilleuse à une clause d’un accord qui était supposée ne concerner que le court terme ? C’est la conclusion à laquelle sont arrivés beaucoup de Palestiniens.

Certains disent que les trafiquants de drogue et d’armes sont des collaborateurs [de l’armée d’occupation], ou du moins des collaborateurs potentiels. Et que c’est la raison pour laquelle les Forces Armées d’Israël et le Shin Bet ne permettent pas à la police palestinienne d’agir contre eux, les forces de sécurité israéliennes étant instantanément informées de toute tentative pour les appréhender.

Certains discernent là une stratégie : plus la situation devient insupportable dans ces localités qui sont très proches de Jérusalem – annexée par Israël – plus il y a de chances pour que les habitants déménagent et s’installent dans la « zone A ». En d’autres termes, c’est juste un autre aspect d’une stratégie globale d’expulsion des Palestiniens.

Écoutez les Palestiniens. Les dominés excellent dans l’analyse des implications des actions de ceux qui les gouvernement.

Et s’ils ont tort, qui peut expliquer alors que les Forces Armées Israéliennes ne permettent pas à la police palestinienne d’agir librement [contre la délinquance] ?


* NDLR – « Accords d’Oslo II » aussi dits « Accord de Taba », signés à Washington le 28 septembre 1995. Ils comportent un texte principal, sept annexes et huit cartes. La Cisjordanie (Jérusalem exclue) est divisées en zones dites « A », « B » et « C ».
La zone A a été évacuée par l’armée d’occupation israélienne (ce qui n’exclut nullement qu’elle y fasse des incursions quand bon lui semble) et est passée sous contrôle palestinien. Elle englobe les six villes principales (Jénine, Naplouse, Tulkarem, Kalkiliya, Ramallah et Bethléem), ainsi que Jéricho, soit 3% du territoire où vivent 20% de la population. Le cas de Hébron, où 300 colons juifs se sont installés a été traité séparément et la ville a été divisée, les 120.000 habitants palestiniens étant soumis à un régime d’occupation particulièrement oppressant.
Les « zones B » couvrent 27% du territoire et la grande majorité des villages palestiniens, soit à peu près 70% de la population. Elles sont théoriquement sous contrôle palestinien, mais l’armée israélienne continue à y assurer la responsabilité de la « sécurité » (la sécurité pour Israël et les colons juifs, s’entend, car ils n’y a pas de sécurité pour les autochtones). Enfin, les « zones C », soit 73% de la surface de la Cisjordanie, sont restées sous contrôle exclusif des occupants, qui y multiplie les implantations civiles et militaires, reliées entre elles par des routes interdites aux Palestiniens.
** la photo et sa légende ne font pas partie de l’article repris de Haaretz.

Le titre original de cet article de Amira Hass est : « The truth behind another Israeli expulsion trick« 

Print Friendly, PDF & Email