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L’apartheid, un état d’esprit israélien

Nurit Peled-Elhanan

L’apartheid en Israël et en Palestine, imposé et pratiqué par les forces de sécurité israéliennes, n’est rendu possible que par le plus profond des racismes, expérimenté chaque jour.

Le sang palestinien peut être impunément répandu en Israël et dans les territoires occupés. L’existence de tous les jours est rendue invivable. La cruauté, les humiliations, la faim, la torture et la mort définissent leur relation avec leurs maîtres, leurs occupants, ceux qui les gouvernent.

La question qui m’a préoccupée depuis longtemps est de savoir comment les citoyens israéliens, et parmi eux les enfants qui dès l’âge de 18 ans rejoignent la machine à tortures – les FDI [Forces de Défense d’Israël, càd l’armée d’occupation – NDLR] – surmontent une telle contradiction entre les valeurs dans lesquelles ils sont élevés et les pratiques d’oppression contre leurs voisins.

La réponse à cette question réside dans l’éducation. Car l’apartheid ne réside pas seulement dans une flopée de lois racistes, il s’agit d’un état d’esprit, façonné par l’éducation. 

Les enfants israéliens sont éduqués dès leur plus tendre âge à considérer leurs concitoyens “Arabes”, et “les Arabes” en général comme un problème qu’il faut résoudre, éliminer d’une manière ou d’une autre.

Il peuvent passer leur vie entière sans jamais rencontrer un Palestinien ou parler avec l’un d’eux. Ils ignorent tout de la vie de ces gens qui vivent à cent mètres d’eux, parfois dans la même rue, comme à Abu-Tur (Jérusalem).

L’éducation israélienne parvient à fabriquer des murailles mentales qui sont beaucoup plus épaisses que les murs de béton qui sont construits pour incarcérer la nation palestinienne et masquer leur existence aux yeux [des Israéliens].

C’est pourquoi les Israéliens ne protestent jamais contre le mur de l’apartheid. La plupart des Israéliens, y compris les sionistes de gauche, considèrent le mur comme une solution appropriée au “problème”. Ils ne considèrent pas les Palestiniens comme des êtres humains comme eux-mêmes, mais comme une espèce inférieure, qui mérite beaucoup moins.

Cela explique aussi la préoccupation et l’extase lors de la capture du soldat Gilad Shalit, qui fut désigné comme “un enfant kidnappé”, et la totale indifférence envers les centaines d’enfants palestiniens qui sont littéralement enlevés pendant leurs sommeil par des soldats armés jusqu’aux dents et jetés en prison pour avoir lancé des pierres, s’être trouvé où il ne fallait pas, avoir parlé grossièrement à des soldats, ou tout simplement pour avoir l’audace d’exister.

L’apartheid en Israël et en Palestine, imposé et pratiqué par les forces de sécurité israéliennes, n’est rendu possible que par le plus profond des racismes, expérimenté chaque jour, dans tous les domaines de la vie, dans chaque rencontre et chaque action, dans l’éducation et dans les médias, qui se consacrent entièrement à la production et à la reproduction des peurs et de la phobie de tout de qui nous est étranger.

Nurit Peled-Elhanan           


Cet article est paru sur “The Palestine Report” le 8 octobe 2016. Traduction : Luc Delval

nurit_peled_625x352Nurit Peled-Elhanan, philologue et traductrice, professeur de littérature comparée à l’université hébraïque de Jérusalem, est connue comme militante pacifiste en Israël

D’autres articles qu’elle a signés ou parlant d’elle sont disponibles sur ce site.

 

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