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L’American Studies Association soutient le boycott académique d’Israël

La direction de l’American Studies Association (ASA – Association des études américaines) fait la promotion d’un plan prévoyant de boycotter les universités israéliennes. Elle déclare que les étudiants et boursiers palestiniens sont actuellement confrontés à de sévères obstructions à leur droit à l’éducation et ce, « en raison de l’occupation ».

La résolution a été approuvée à l’unanimité des 20 membres du conseil national de l’association, composé de représentants élus de l’ensemble des membres de l’ASA.

Le président de l’ASA, Curtis Marez, a déclaré : « Le boycott est la meilleure façon de protéger et de développer la liberté démocratique et l’accès à l’éducation. »

« La résolution reconnaît qu’en raison de l’occupation, les étudiants et boursiers palestiniens sont actuellement confrontés à de sévères obstructions à leur droit à l’éducation en raison de ‘restrictions de mouvement et de déplacement qui limitent leurs possibilités de suivre les cours et de travailler dans les universités, de se rendre à des conférences et d’étudier à l’étranger’ », a déclaré l’ASA sur son site Internet.

Reprenant un rapport des Nations unies qui soulignait comment « l’occupation israélienne a eu un impact sur les étudiants dont le développement est retardé par des restrictions incessantes affectant leur santé, leur éducation et leur sécurité », l’ASA a choisi « d’honorer l’appel » au boycott des universités israéliennes « en tant que moyen de témoigner sa solidarité avec les Palestiniens ».

Toutefois, le conseil a dit qu’il chercherait l’aval des 5000 membres du groupe par le biais d’un vote électronique. Si une majorité ne vote pas avant le 15 décembre l’appui à la résolution de boycott, le conseil national a déclaré qu’il retirerait sa résolution et qu’il envisagerait des démarches alternatives.

Le boycott ne sera sans doute pas contraignant à l’égard des membres individuels du groupe et il n’affectera par conséquent que les activités de l’ASA en tant qu’organisation.

Instituée en 1951, l’ASA se targue d’avoir 2200 souscripteurs dans des bibliothèques et d’autres institutions, en sus de ses 5000 membres. Le groupe se décrit comme « voué à l’étude interdisciplinaire de la culture et de l’histoire des États-Unis ».

Le vote de l’association ce mercredi suit la confirmation en avril du boycott académique par l’Association for Asian American Studies (AAAS – Association des études américano-asiatiques).

La présidente de l’AAAS, Mary Yu Danico, a déclaré plus tôt cette année que l’association allait « tenter de dissuader les partenariats avec les institutions académiques israéliennes, qu’elles consistent en partenariats de programmes ou en partenariats d’étude à l’étranger, parce que ces partenariats équivaudraient à une complicité dans les pratiques discriminatoires des institutions israéliennes ».

« Nous encouragerions les facultés, leur personnel et les étudiants à nouer des alliances avec les facultés et étudiants palestiniens qui n’ont actuellement pas trop de difficulté à s’engager dans des discussions avec leurs pairs du reste du monde », a-t-elle ajouté.

À l’instar de l’ASA, l’AAAS n’interdira pas la collaboration avec des universitaires israéliens considérés individuellement, puisque le boycott ne vise que des institutions académiques.

Les boycotts respectifs viennent après que le journal de l’Association américaine des professeurs d’université a publié un numéro plus tôt cette année dans lequel la plupart des articles se disaient en faveur d’un boycott académique d’Israël.

Les deux résolutions sont nées en réponse à l’appel de la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) lancée par divers groupements de la société civile palestinienne en 2005. La campagne générale, qui comprend des boycotts académiques contre Israël, vise à utiliser les pressions économiques et politiques afin de mettre un terme à l’occupation israélienne des territoires palestiniens.

Dans l’intervalle, la Campagne américaine pour le boycott académique et culturel d’Israël avait été lancée au début 2009 suite à l’opération israélienne « Plomb durci » à Gaza. Depuis, elle a été approuvée par 963 membres des facultés des diverses parties des États-Unis.

J. Khaulani Kauanui, de la Wesleyan University et membre du conseil national de l’ASA, a déclaré que les partisans d’Israël ne voyaient pas la connexion entre le colonialisme israélien et le colonialisme américain, connexion dont il dit qu’« elle n’est pas simplement analogue, mais constituée à partir de nombreuses forces matérielles et symboliques similaires ».

« La perception américaine selon laquelle Israël est ‘exceptionnel’ est encouragée et financée par la politique et l’aide militaire des États-Unis, tout en étant également entretenue par le mythe tenace de l’exceptionnalisme américain, qui nie la colonisation des peuplades indigènes d’ici », peut-on lire sur le site Internet de Mondoweiss, qui cite ses propos.

Geri Palast, directeur exécutif de l’Israel Action Network, qui organise l’activisme pro-israélien sur les campus américains, a déclaré à l’adresse de la Jewish Telegraphic Agency, durant les préparatifs du vote, qu’on s’attendait à ce que la réunion de l’ASA fût une nouvelle victoire pour la campagne BDS. Palast a ajouté que c’était dû en partie au fait que le domaine des études américaines était dominé par des universitaires d’obédience de gauche qui ont tendance à exprimer de sévères critiques à l’égard de ce qu’ils perçoivent comme un impérialisme facilité par les États-Unis.

Albert Gea / Reuters

Albert Gea / Reuters

« Mon inquiétude à propos de ces associations académiques plus modestes, c’est que leur importance ne soit amplifiée hors proportion », a encore déclaré Palast.

David Lloyd, un professeur d’anglais à l’Université de Californie, a expliqué qu’en dépit des affirmations contraires, ce tels boycotts étaient un moyen de mettre un terme à la censure de fait appliquée par Israël sur les universités américaines.

Lloyd, qui écrit pour The Electronic Intifada, a déclaré que la réunion de l’ASA « était un signe clair que le temps de la crainte et de l’empêchement des débats allait pouvoir être révolu et qu’il y a un nouveau climat dans lequel la remise en question critique de la politique d’Israël à l’égard de la Palestine ne sera plus un tabou ».


Publié par Russian Television rt.com le 5 décembre.
Traduction : JM Flémal.

 

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