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L’ambassadeur de l’U.E. à Tel Aviv refuse de condamner les menaces de mort officielles contre les leaders de BDS

Le principal représentant diplomatique de l’Union Européenne à Tel Aviv, l’ambassadeur Lars Faaborg-Andersen, qui avait déjà spectaculairement humilié l’U.E. en participant le 28 mars dernier à la conférence “anti-BDS” organisée par un quotidien, afin d’assurer le gratin de l’establishment sioniste que l’U.E. reste toute dévouée aux intérêts israéliens, vient de refuser de condamner les menaces de mort proférées par certains ministres du gouvernement Netanyahou contre les militants pour la défense des droits humains.

Lars Faaborg-Andersen répondait à des questions à propos des déclarations du ministre compétent pour les services secrets israéliens et d’autres officiels de haut rang. Il a écrit à la rédaction du site “The Electronic Intifada” qu’il “n’entend pas entrer dans une discussion à propos de l’interprétation des commentaires du Ministre Katz ou d’autres orateurs” au cours de la conférence à laquelle il prenait lui-même part, et à laquelle il apportait donc la caution de l’U.E.

Mais de même que Lars Faaborg-Andersen assure les Israéliens qu’ils ne doivent voir aucune signification politique à la décision de l’U.E. d’imposer un étiquetage correct des produits provenant des colonies juives en Cisjordanie, il prétend que sa participation à la conférence “anti-BDS” du 28 mars “ne doit en aucune manière être vue comme une approbation de déclarations – y compris les menaces… – faites par d’autres à cette conférence”. Bref, rien de ce que fait l’ambassadeur de l’U.E. à Tel Aviv n’a donc de signification. D’ailleurs, comme l’a relevé un représentant de l’ONU, il fait si peu de choses

Qu’a dit Katz ?

Les propos du ministre Katz étaient assez ambigus (nous avons d’ailleurs pas mal hésité sur leur sens).

En hébreu, souligne Ali Abunimah, sur Electronic Intifada, Katz a appelé à “sikul ezrachi memukad” contre les leaders de BDS. Selon un traducteur professionnel, Dena Shunra, “sikul memukad” signifie littéralement “prévention ciblée” ou “contrecarrer de manière ciblée”, et c’est exactement l’expression utilisée par les militaires israéliens pour les “exécutions ciblées”, c’est-à-dire les exécutions extrajudiciaires, dont ils se sont depuis longtemps fait une sanglante spécialité.

En ajoutant le mot “ezrachi”, c’es-à-dire “civil”, Katz brouille quelque peu le message, qui peut dès lors se traduire par “prévention civile ciblée”.

Au cours de la même conférence, le ministre israélien de la sécurité publique, des affaires stratégiques et de la diplomatie publique, Gilad Erdan,qui est chargé de diriger les attaques contre le mouvement BDS, a déclaré qu’Israël devra “agir au niveau individuel” contre les activistes au sein des organisations qui soutiennent la campagne BDS.   “Jusqu’à présent – dit-il – les gens qui ont calomnié, qui ont menacé ou qui ont agi contre Israël n’en ont pas payé les conséquences? Je vous assure que cela va changer.”

Et Erdan d’ajouter : “Prochainement, tout militant qui use de son influence pour déligitimiser le seul État juif dans le monde va apprendre qu’il aura à en payer le prix”. Il a nommément désigné Omar Barghouti, co-fondateur palestinien du mouvement BDS, sans toutefois préciser quel traitement il envisage de lui réserver.

Les vidéos montrent que le chef de la mission diplomatique de l’Union Européenne était présent quand ces menaces ont été prononcées à la tribune. On attend toujours qu’il les condamne comme il conviendrait (mais il est vrai que désormais toute prétention de l’U.E. à incarner les valeurs démocratiques appartient, quel que soit le sujet, au domaine de la mauvais plaisanterie).

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