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L’aide des pays arabes et européens à l’A.P. sert surtout à financer l’occupation israélienne

Il est question actuellement d’une « crise financière de l’Autorité Palestinienne », laquelle s’est en effet avérée incapable de payer en totalité les salaires de ses 150.000 fonctionnaires en juillet, ce qui les a conduits à menacer de se mettre en grève. On attribue en général ces difficultés de l’A.P. à la baisse de l’assistance financière dont elle bénéficie de la part des pays arabes.

Selon Amira Hass, dans Haaretz, cette description est bien pratique, mais inadéquate. Elle fait écho à l’analyse de l’économiste Raja Khalidi, pour qui la crise réside dans le statut quo dont Israël bénéficie depuis les Accord d’Oslo : le pays occupant a gardé, pour l’essentiel, le contrôle de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, et c’est la société palestinienne et les pays donateurs qui financent le prix de cette domination.

Les bas salaires pratiqués dans les territoires palestiniens – de l’ordre de 2.000 shekels par mois (env. 400 €) en moyenne * – et d’importantes retenues à la source pratiquées par l’A.P., c’est le prix de l’occupation que les Palestiniens paient eux-mêmes.

Pour Raja Khalidi, spécialiste en développement économique qui travaille avec l’ONU depuis plus de 25 ans, il ne faut pas accorder une importance disproportionnée aux « retards » dans les paiements de l’aide venant des pays arabes, qui peuvent n’être que temporaires.

En revanche, « la source des difficultés budgétaires chroniques de l’Autorité Palestinienne viennent du support qu’elle est obligée d’apporter à l’occupation, à la fois en termes de coût des services de sécurité et de fourniture de services publics, et des efforts qu’elle est obligée de faire pour apparaître au monde comme le gouvernement d’un « état » avec l’espoir de pouvoir maintenir l’équilibre de ses finances et de garder un secteur public actif. Il n’y a pas de véritable crise budgétaire de l’A.P. : c’est une crise de la durabilité [sustainability] de tout le projet de « gouvernance » qui a été mise en place depuis Oslo ».

Autrement dit, ce qui passe de prime abord pour un problème conjoncturel est en fait un problème structurel.

Raja Khalidi rappelle que la masse salariale des fonctionnaires de l’A.P., tourne autour de 1,7 milliard de dollars, soit pratiquement 25% du PIB, soit aussi le double ou le triple de ce qu’on observe dans d’autres pays de la région. Or, le PIB est chroniquement et structurellement déprimé par les effets de l’occupation israélienne, et la part qu’y prend le secteur public s’en trouve d’autant plus exagérée.

C’est une politique délibérée introduite en 2001, rappelle l’économiste, par l’actuel premier ministre Salam Fayyad, qui à cette l’époque représentait le F.M.I. auprès de l’Autorité Palestinienne de Yasser Arafat. il avait alors, avec le financement des pays donateurs (les pays arabes en premier lieu, européens ensuite), mis en place une politique typiquement keynésienne : en période de récession économique, les dépenses publiques devaient stimuler la demande pour opérer une « relance ».

Dix ans plus tard, la même politique de stimulation – qui ne peut normalement être qu’un instrument conjoncturel temporaire – est toujours en place, et sert à compenser les contraintes économiques structurelles que l’occupation israélienne exerce. La raison est simple, explique l’économiste : c’est tout ce dont l’A.P. dispose, et sans cela on serait confronté à une crise majeure dans les territoires palestiniens occupés, tout simplement parce que – dit-il – l’économie palestinienne « a été privée de sa capacité à produire, à commercer, à grandir et à se développer depuis plus de 40 ans« .

Aussi, avant qu’on puisse raisonnablement envisager de mettre fin à la perfusion financière constante de l’extérieur, cette économie doit être dotée d’un appareil productif, des insfrastructures et surtout de la liberté de construire et de grandir, qui lui sont refusés à bien des égards tant en Cisjordanie qu’à Gaza.

« Aussi longtemps qu’Israël s’impose comme intermédiaire dans les échanges commerciaux et s’approprie au passage jusqu’à la moitié des taxes d’importation potentielles qui devraient revenir à l’Autorité Palestinienne pour alimenter son budget anémié, il n’y a pas d’alternative à la poursuite des aides de l’extétieur« , dit-il. « L’A.P. ne doit pas avoir honte de sa dépendance vis-à-vis des donateurs, et ne doit pas chercher à la réduire, mais elle doit chercher comment mieux utiliser cette aide« , ajoute-t-il.

L.D.


* beaucoup moins, très souvent, pour les travailleurs palestiniens qui ont été contraints, faute de mieux, à travailler pour des entreprises installés dans des colonies juives. Les ouvriers saisonniers embauchés dans les immenses plantations de palmiers-dattiers installées sur des terres palestiniennes dans la vallée du Jourdain ne reçoivent le plus souvent que l’équivalent d’environ 1 € de l’heure pour un travail dangereux et éprouvant.

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