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L’agressivité des colons augmente tandis que l’armée d’occupation protège de moins en moins les civils palestiniens

Lisa Goldman

La semaine dernière, à Hawara, une ville près de Naplouse, quelqu’un a souillé une mosquée à la peinture en aérosol. Le graffiti était écrit en hébreu et était assorti d’une étoile de David. Dans le passé, les habitants d’une colonie juive voisine avaient vandalisé des biens palestiniens à Hawara, de sorte que tant les Forces de défense israéliennes * que les villageois palestiniens ont accusé les colons d’avoir commis ce forfait. La position officielle des autorités  est qu’Israël est, dans un esprit œcuménique, gardien des sites religieux de toutes confessions, et le porte-parole des FDI * a été rapide à prononcer une condamnation et à promettre une enquête.

La dégradation de mosquées en Cisjordanie est relativement rare : «seulement» quatre incidents ont été portés à l’attention de Yesh Din, une ONG israélienne qui surveille l’application des lois en Cisjordanie, au cours des cinq dernières années. Mais la destruction de biens palestiniens et les actes de violence contre les civils palestiniens se produisent fréquemment, souvent plusieurs fois par semaine.

Au cours des derniers mois, elles sont devenues plus fréquentes et plus violentes. Bon nombre de ces incidents sont considérés comme des ripostes des colons, qui s’attaquent à des biens palestiniens… en réponse aux actions de l’armée israélienne lorsque celle-ci a démantelé un “avant-poste”** illégal. Les actions des colons, selon les travailleurs de terrain des ONG en Cisjordanie, sont de plus en plus audacieuses.

Les actes les plus extrêmes de la violence des colons sont rapportés dans les médias israéliens, bien que ceux-ci leur accordent rarement beaucoup d’importance, mais la plupart des incidents ne parviennent pas à retenir l’attention des principaux média, parce qu’ils se produisent si fréquemment qu’elles sont devenues banales, parce que la plupart des Israéliens sont insensibles à ces histoires, et parce que les Palestiniens sont de plus en plus réticents à déposer une plainte à la police.

Pourquoi prendre la peine de solliciter l’aide de la police lorsque, comme Yesh Din l’a démontré, plus de 90% des affaires judiciaires impliquant la violence des colons n’aboutissent pas pour cause de “manque de preuves” ?

Quand juifs, musulmans et chrétiens dégradent mutuellement leurs “lieux saints” et lieux de culte, l’histoire est largement rapportée par les médias occidentaux – en particulier lorsque les coupables sont les membres du groupe soutenu par la puissance militaire et politique, comme c’est le cas des colons juifs en Cisjordanie occupée. Les grands média- y compris le Washington Post et le New York Times – ont dont signalé les déprédations dont la mosquée de Hawara é été la cible et en ont publié des photos.

Mais les chances que les auteurs soient arrêtés sanctionnés sont très faibles. Dans le cas des quatre mosquées déjà vandalisées auparavant, apparemment par des colons, deux enquêtes sont officiellement en cours, et deux ont été classées sans suite pour “manque de preuves”.

Lior Yavne, directeur de recherche de Yesh Din, affirme que les enquêtes sur les plaintes déposées contre des colons par les Palestiniens n’aboutissent pas pour un certain nombre de raisons : les effectifs de la police civile de Judée et Samarie * sont insuffisants et elle est sous-financée. les suspects juifs ne font presque jamais l’objet d’investigations, elle vérifie rarement les alibis des Juifs, et les arrestations sont plus rares encore.

Les enquêtes n’aboutissent pas à des condamnations, même lorsque les témoins oculaires fournissent des descriptions précises des suspects juifs vu à l’ouvre ou  en train fuir la scène, tenant des éléments à charge – comme dans un cas rapporté plus tôt ce mois-ci par le Jerusalem Post Dan Izenberg. Selon l’article du 6 avril, un colon de Kedumim a été capturé par la police l’été dernier, fuyant un verger de combustion palestinienne tout en maintenant un bidon rempli de liquide inflammable, et avec l’odeur du liquide sur les mains. Le suspect a refusé de répondre aux questions de la police lors des interrogatoires, et moins d’un an plus tard, les tribunaux ont rejeté l’affaire pour “manque de preuves.”

Les villages palestiniens sont de moins en moins protégés par les FDI*, qui accorde au contraire une protection renforcées aux colonies juives. Dans le même temps, les Palestiniens ne sont pas autorisés à posséder des armes, l’armée arrête des gens parce qu’ils sont en possession de couteaux, tandis que les colons peuvent se promener avec des armes [à feu].

Dans le même temps, les FDI* ont des ordre de plus en plus draconiens pour réprimer les manifestations non-violentes contre l’occupation qui sont organisées par des organisations palestiniennes “de base”. Les leaders de la résistance non-violente sont arrêtés dans leur sommeils lors de raids de l’armée, et emprisonnés, souvent pour une durée indéterminée. Les villages dans lesquelles des manifestations avaient lieu le vendredi matin ont été classés “zone militaire fermée”, et ceux qui bravent les interdictions de l’armée se font tirer dessus avec des balles enrobées de caoutchouc, son asphyxiés avec des gaz, battus et arrêtés.

Pour les Palestiniens de Cisjordanie, le sentiment d’impuissanc et et la frustration sont énormes. Quand ils sont attaqués, ils n’ont que peu d’espoir de pouvoir obtenir justice dans le cadre de la légalité [israélienne]. Ils ne sont pas davantages autorisés à se défendre eux-mêmes. Ils ne peuvent attendre aucune protection des FDI*. Et quand ils protestent contre ces injustices par des moyens non-violents – en marchant, en chantant et en agitant des drapeaux – ils sont punis par des arrestations et subissent la répression par des moyens déshumanisants comme les gaz asphyxiants et battus.

Comment pourra-t-on s’étonner, dans un pareil contexte où il n’exiiste plus aucun recours contre les injustices par les voies légales, et où les modérés sont systématiquement réprimés, que des gens soient vulnérables aux sollicitations des extrémistes ?

Lisa Goldman         


L’auteur utilise quelques expressions qui font partie de la terminologie israélienne officielle – souvent qualifiée de “orwellienne” par des auteurs comme Gideon Levy – destinée à travestir la réalité :

* autrement dit l’armée d’occupation – NDLR
** un embryon de nouvelle colonie, destiné à s’approprier un peu plus de territoire palestinien. Ils sont théoriquement considérés comme « illégaux » par le gouvernement israélien, ce qui n’empêche pas l’armée d’occupation de souvent leur apporter largement son concours et toujours sa protection, les services publics de les desservir, etc…
** dénomination israélienne pour la Cisjordanie occupée

L’original de cete articiel se trouve là : www.haaretz.com/hasen/spages/1164748.html

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