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L’administration israélienne prévoit de fournir 40% moins d’eau aux Palestiniens de Cisjordanie qu’aux 900.000 colons juifs prévus dans 30 ans

Le quotidien israélien Haaretz rend compte d’un “plan cadre” élaboré par l’Autorité de l’Eau afin de calculer les quantités d’eau qui devraient être fournies à la population de la Cisjordanie d’ici 2050 [1]. Selon le quotidien, ce plan suscite la controverse au sein même de l’appareil d’État israélien, tant et si bien que le ministre des infrastructures Yuval Steinitz a bloqué sa mise en œuvre.

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Ce plan prévoyait que, entre 2015 et 2030, la société de distribution d’eau Mékorot, contrôlée par l’État israélien, devrait accroître ses fournitures d’eau aux Palestiniens de Cisjordanie de 45 m³ par personne et par an à 60m³ par personne. Pour la période de 2030 à 2050, l’accroissement des volumes distribués aurait été limité à 65 m³ par personne. Ce qui revient à dire que, dans le cadre de l’apartheid de l’eau mis en place par l’occupant, les quantités attribuées aux Palestiniens de Cisjordanie, par tête d’habitant, auraient été, au fil du temps, inférieures de 40% à celles réservées aux colons juifs.

Ce plan aurait été présenté pour la première fois en septembre dernier lors d’une réunion interministérielle, à laquelle participait la soi-disant “administration civile” (en fait la branche de l’armée israélienne qui gère la vie des habitants des territoires occupés), et dès ce moment le Ministre des infrastructures Steinitz aurait fait part de son inquiétude à propos de l’insuffisance des quantités destinées aux Palestiniens. Mais l’Administration de l’eau avait répliqué que les Palestiniens ne consomment pas actuellement la totalité des 45 m³ par personne et par an dont ils disposent théoriquement.

Ceci n’avait pas manqué d’étonner les autres participants, puisque la pénurie d’eau à laquelle les Palestiniens sont confrontés est de notoriété publique. Le représentant de la “COGAT” (Coordination des Activités Gouvernementales dans les Territoires) avait répliqué que le faible niveau de consommation était le résultat de l’insuffisance de l’offre par Israël et non de la faible demande par les Palestiniens.

Selon les informations obtenus par Haaretz, Steinitz aurait alors déclaré le plan inacceptable, en rappelant que le droit international impose que l’eau soit fournies aux habitants de manière non discriminatoire. Il aurait également rejeté l’argument selon lequel ce serait à l’Autorité Palestinienne d’assurer l’approvisionnement en eau de la population dans les parties de la Cisjordanie sous son contrôle (théorique).

L’Autorité de l’eau a donc été priée de revoir son plan en profondeur.

Mais, relève Haaretz, il y a d’autres aspects du plan qui posent problème. Par exemple, ce plan est basé sur l’hypothèse que la population israélienne installée en Cisjordanie passera de 374.000 à 917.000 en 2050. Dans le même temps, la population palestinienne passerait, selon les technocrates de l’Autorité de l’eau, de 2,1 millions à 6,3 millions. Toutefois ils soulignent que les estimations varient énormément, et ils ne veulent pas s’engager sur ces chiffres.

L’Autorité de l’Eau prévoirait par ailleurs que les investissements à réaliser par Israël dans le réseau des principales conduites d’eau en Cisjordanie devraient atteindre au cours des prochaines décennies un montant sept fois supérieur à ce qu’ils seront sur le territoire israélien lui-même. En 2030, par exemple, les dépenses d’investissements devraient représenter 568 millions de Shekels (148 millions de dollars US), contre 82 millions de shekels à l’intérieur d’Israël. Et en 2050, Israël investirait 1,25 milliard de Shekels dans les conduites d’eau principales en Cisjordanie, contre 414 millions de Shekels sur son propre territoire.

On sait que, ainsi que nous l’avons déjà relevé précédemment, Israël prévoit d’acheminer la majeure partie des quantités d’eau supplémentaires destinées à la population palestinienne de Cisjordanie à partir se des usines de désalinisation d’eau de mer, de manière à maintenir la dépendance des Palestiniens, qui dans le même temps sont spoliés par Mekorot de leurs propres ressources en eau, qui sont considérables. Qui plus est, Mekorot fait payer l’eau sensiblement plus cher à la population autochtone qu’à celle des colonies.

L.D.              


[1] un signe supplémentaire, s’il en était besoin, qu’Israël n’a aucune intention de mettre fin à son “occupation” (par nature et en droit supposée temporaire) de la Cisjordanie, dont en 2050 l’occupation durera (par hypothèse) depuis 83 ans

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