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L’actrice Natalie Portman illustre le divorce croissant des Juifs étatsuniens avec Israël en refusant de recevoir le “Prix Genesis”

La “Genesis Prize Foundation”, organisation qui décerne annuellement ce qu’Israël présente comme le “Prix Nobel juif”, a annoncé qu’elle annulait la cérémonie remise des prix 2018 après que l’actrice israélo-étatsunienne oscarisée Natalie Portman l’eut informé que “les événements récents en Israël lui ont été extrêmement pénibles et qu’elle ne se sent pas à l’aise pour participer à des événements publics en Israël”

Une représentante de Natalie Portman a déclaré à la fondation qu ‘«elle ne peut pas, en toute bonne conscience, aller de l’avant avec la cérémonie» au cours de laquelle elle devait recevoir le prix Genesis, d’un montant de 2 millions de dollars (il est de tradition que le ou la lauréat.e en fasse don à une œuvre de son choix).

Aussitôt, la propagande israélienne s’est déchaînée contre celle qui, la veille encore, était brandie comme un étendard pour glorifier le sionisme. Et, chose amusante, c’est la campagne BDS qui a été immédiatement créditée d’avoir dissuadé l’actrice – pourtant connue depuis longtemps pour faire preuve d’une certaine indépendance d’esprit – de se rendre en Israël, en ce moment crucial pour les sionistes où ils célèbrent le 70ème anniversaire de la dépossession des Palestiniens.

Pour ne prendre que quelques exemple, Miri Regev, ministre fasciste de la Culture, a déclaré : “Je suis désolée d’apprendre que Natalie Portman est tombée entre les mains des partisans du BDS”. “Portman, une actrice juive née en Israël, rejoint ceux qui décrivent la fondation réussie et merveilleuse de l’État d’Israël comme un conte de ténèbres et d’obscurité”, a ajouté Regev.

Oren Hazan, un député du Parti Likoud de Netanyahou, qui a des antécédents d’incitation à la violence, de déclarations racistes, et de harcèlement  contre des membres arabes et féminins du parlement israélien, a estimé que Natalie Portman  “est indigne du moindre honneur de la part de l’Etat d’Israël”.  Ce délicat personnage – dont la notoriété internationale doit évidemment faire pâlir d’envie Natalie Portman – a ajouté que l’actrice usurperait sa qualité de ressortissante israélienne à des fins personnelles : «Elle utilise de manière cynique son lieu de naissance pour faire progresser sa carrière.»  Oren Hazan n’a toutefois pas précisé en quoi la nationalité israélienne serait un atout pour réussir dans le cinéma aux Etats-Unis, mais il a exigé que la citoyenneté israélienne de Natalie Portman soit révoquée, faisant valoir qu’elle a quitté Israël quand elle avait quatre ans.

Le prix Genesis est décerné par des comités comprenant des personnalités anti-palestiniennes d’extrême droite telles que les politiciens israéliens Natan Sharansky et Yuli Edelstein; Eli Groner, le chef de cabinet du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu; et Fiamma Nirenstein, une activiste anti-palestinienne judéo-italienne et ancienne députée que Netanyahou a tenté de nommer comme ambassadeur d’Israël à Rome.

Les massacres délibérés de civils désarmés et nullement menaçants commis ces dernières semaines à la lisière de la Bande de Gaza ont un écho considérable dans les communautés juives aux États-Unis.

On a ainsi vu les étudiants du “Barnard College1 de New York, un établissement destiné aux enfants de ce qu’il est convenu d’appeler “l’élite” – et singulièrement l’élite juive (New York étant après Tel Aviv la ville au monde qui compte la plus importante population juive au monde) –  voter pour demander à l’administration de leur université de désinvestir de huit entreprises qui font des affaires en Israël. Le référendum, rédigé par des étudiants de Jewish Voice for Peace et Students for Justice en Palestine, a souligné que des entreprises comme Hyundai, Boeing et le distributeur  d’eau israélien Mekorot violent le droit international et demandent à l’administration de Barnard de se débarrasser de ses actions dans des entreprises qui “tirent profit du traitement des Palestiniens par l’Etat d’Israël”.

Dans ce contexte, le fait qu’une personnalité aussi en vue que Natalie Portman – rendue célèbre par les nombreux rôles qui lui furent confiés par certains des plus prestigieux réalisateurs et par des dizaines de récompenses et de nominations – ne veuille pas associer son nom et son image à Israël actuellement est extrêmement embarrassant pour les extrémistes sionistes au pouvoir à Tel Aviv.

On ne saurait, pour autant, faire d’elle une héroïne antisioniste ou pro-palestinienne. En 2015, Natalie Portman avait publiquement exprimé son opposition au gouvernement de Netanyahou, mais avait déclaré qu’elle n’utiliserait pas sa notoriété pour “vous savez, jeter de la merde sur Israël”. 

Il y a d’ailleurs dans ses déclarations, telles qu’elles ont été rapportées, une légère contradiction : dans un premier temps, elle excluait de “participer à des événements publics en Israël” – et non seulement à la cérémonie de proclamation du prix Genesis, mais par la suite – après que sa décision ait soulevé un tollé énorme en Israël – elle a précisé, selon Haaretz, qu’elle entendait protester contre la politique du gouvernement Netanyahou et ne voulait pas assister à cette cérémonie parce que le Premier Ministre devait y prendre la parole, et paraître ainsi le cautionner. 

D’abord très peu explicite sur les raisons de sa prise de position, Natalie Portman a ensuite regretté que celle-ci ait été “présentée de manière erronée” et a tenu à affirmer qu’elle n’adhère pas à BDS, et ne soutient aucune forme de boycott contre Israël.

Comme beaucoup d’Israéliens et de juifs dans le monde, je peux critiquer le leadership en Israël sans vouloir boycotter la nation entière”, a-t-elle écrit sur son compte Instagram. Mais, ajoute-t-elle “les mauvais traitements que subissent ceux qui souffrent des atrocités actuelles ne sont pas compatibles avec mes valeurs juives”, sans préciser davantage qui sont exactement dans son esprit “ceux qui souffrent des atrocités actuelles”. Natalie Portman conclut en affirmant que c’est parce qu’elle se soucie d’Israël qu’elle se sent obligée de réagir contre “la violence, la corruption, les inégalités et les abus de pouvoir” (ce qui dessine en creux un assez bon portrait du gouvernement israélien, il faut en convenir).

«Après des décennies de violations flagrantes des droits de l’homme contre les Palestiniens, le récent massacre de manifestants pacifiques à Gaza a rendu sa marque si toxique que même des personnalités culturelles israélo-américaines, comme Natalie Portman, refusent maintenant de blanchir les crimes israéliens et les politiques d’apartheid », a déclaré le Comité national palestinien BDS (BNC) dans un communiqué saluant la prise de position de l’actrice.

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Notes   [ + ]

1. Barnard est aux États-Unis le deuxième établissement non-religieux par ordre d’importance de la population juive en son sein, selon le site juif Forward. – NDLR

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